Iliid., V
ANDRÉ CHEMKH. 233
Ainsi donc, renthousiasnic tel ((uc le conçoit André Chénier n'a rien de commun avec l'enthousiasme romantique tel que léchante Lamartine '. Ce nest pas la tyrannie dune passion ou d'un sentiment abolissant toutes les autres facultés, c'est l'allégresse du génie se déployant on pleine conscience et en toute liberté.
Mais voici qui est encore plus classique : il ne sul'Iît pas que le poète invente avec une claire vision et une entière maîtrise de lui-même : la matière de son invention n'est pas indifférente. Si séduisantes que soient les aventures de la fantaisie, il ne doit pas oublier (|u'il y a une règle suprême, la Raison, et il se gardera donc de trop abonder dans le sens individuel :
Inventer, ce n'ej-t pas, dans un brusque abandon, Blesser la vérité, le bon sens, la raison -;
ce fjui est presque du Boileau •; surtout lorsque Chénier conclut :
Ainsi donc, dans les arts, l'inventeur est celui Qui peint ce que chacun peut sentir comme lui '*.
1. Malgré l'impropriété ou la faiblesse de l'expression, il est aisé de voir que dans son Ode sur Venthousiasme, Lamartine développe une idée contraire à celle il'.Vndré Chénier :
Et la lave de mon g-énic Dcboi'de en torrent d'harmonie Et me consume en s'éehappant . >
Non jamais un sein pacifique N'enfanta ces divins élans Ni ce (li'-sordre synii)athique Qui soumet le monde à nos chants.
Les classiques n'admettraient ni ce désoriire, ni ces elTels foudroyants de l'inspiration. ■2. LInvention, v. 25-27.