‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 161 sur 250 · Ibid., p. 191, V · texte numérisé non relu

Ibid., p. 191, V

'■>. Ronsard recommande expressément l'emploi de la périphrase comme ornemenl poétique : il montre le bon artisan

fréquent de la ix-iiplirasc, l)ien que Cliéiiier s'efforce de réintroduii'e dans le vocal)ulaire poétique un certain nctmbre de mots familiers. Il y a chez lui des périphrases tout à fait divertissantes. Voici par exemple comment il désigne le beurre et le fromage de Gruyère :

Le lail, enfant des sels de ma prairie' humide, Tantôt breiivape pur cl t;uitôl mets solide, En un globe fondant sous ses mains épaissi, En disque savoureux à la longue durci '...

Le vice le plus choquant du style de Cbénier comme de celui des classiques, c'est la métaphore incohércnle, qui dérive de la même erreur sur la langue et sur le style. Pour lui le mot n'est qu'un signe, alors qu'il doit être pour le poète une chose vivante. C'est l'éternel honneur de Hugo d'avoir découvert la puissance du mot et de Théophile Gautier d'avoir senti qu'il n'y a que les métaiihoro^ qui se aiùvent qui soient poétiques, ce ([iiil ne faut jtas confondre avec les métaphores qui se coDtinucnt, lesquelles sont un simple jeu desprit et la marque même de la préciosité. Chez André Chénier, les métaphores incohérentes sont d'un emploi perpétuel. Quelquefois même, — chose plus grave, — elles sont voulues. Elles se rencontrent si souvent qu'elles finissent par rendre injuste pour les parties vraiment saines de son style. Il éci-it couramment :

en vers « les onuiul cl les enrichissant de ligures, sclièmos, Iropes, métaphores, phrases cl périphrases cslongnées presque du loulou pour le moins séi)arées de la prose triviale el vulgaire (car le style prosaïque est cnncmy capital de rélo(]ucnce poétique) cl les illustrant de comparaisons bien adaptées, de descriptions llorides, c'est-à-dire enrichies de passements, broderies, tapisseries cl entrelassemenls de fleurs poéli(|ues •>. (Préface de la Fraitciade.) Rien ne prouve mieux combien le style était pour lui chose exlérieure, alfaire de placage. 1. Élégies, p. 280, v. 39 cl suiv.

ANDHi: CUÉNIER. 267

Daijrne ilii haut dos oieiix goûter le lihre encens D'ujie lyre au cœur chaste, aux transports innocents •... Une lioiiclie où la rose, où le l)aisei' respire Peut cacher un serpent à V ombre d'un sourire '-.

Ailleurs ce sont dos « beautés » laborieusement cherchées, à riuiilation du i^rec :

La patrie allume mu voix^.

Il y a bien à dire encore sur la versification dont Sainte-Beuve a singulièrement exagéré l'originalité. Très frappé de la grande liberté des coupes dans rhexaniétre grec, Chénier a Tair de s'imaginer qu'on peut couper le vers comme on veut, suivant les nécessités du sens''. La question est sans doute extrêmement délicate et il faut se garder, en matière de métri- ((ue.de toute affirmation trop absolue. Cependant nous croyons pouvoir avancer qu'en français toute coupe qui ne coïncide pas avec le rythme du vers est fausse. \o\c\ par exemple un vers de Hugo dont la coupe n'est point classique, mais n'en est pas moins très correcte parce ciu'elle tombe juste sous le temps marqué :

Ailes au venl, |j l'essaim des vicloires chantantes...

Au coidraire, les vers suivants de Chénier donnent deux lignes de prose pour la raison inverse :

Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines Serpen || tent; là des flancs invaincus aux travaux «...

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