Élégies, p. 169, v. 24 et suiv
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raine, ils ont fondé la science moderne depuis la mécanique jusqu'à la socioloirie, et ils ont sur la nature morale de liiomme les idées les plus enfantines et les plus anti-scientifiques. 11 y a là un véritable recul par rapport au .wii^ siècle. Prenez-les tous, depuis Voltaire jusqu'à Cliénier, c"est toujours la môme conception simpliste de lliomme abruti par la superstition et qui n'attend que les lumières lie la raison i)Our devenir un sage.
Ou'on étudie d'un pou près son Jeune mahulc ^ le
I.Ce poème ne résiste pas à une ainilyse un peu approfondie : d'abord une Invocalion où des épillièlcs homériques se mêlent à des détails pris de rAnlliolo)j;ie. l'nis une réminiscence de Virgile, IX'' livre de VÈnéide, où l'on retrouve ([uelqur chose des plaintes de la mère d'Euryale, mais sans rien de la mélancolie profonde du « tela curas solabar aniles •■. ni surtout lie l'emportement final de l'amour maternel (Figile me, ô Uutuli...). Ensuite les plaintes du fils, qui sont un mélange d'Euripide, de Sophocle et de Racine (voir les notes de Becci de Fou(iuiéres). La r<'ponse de la mère, où Théocrile coudoie de nouveau Homère et Racine. Un joli passage imité de Virgile, qui se termine malheureusement par une note sentimentale dans le goût wiii» siècle :
Je la vis, à jias lents, en longs cheveux épars, Seule, sur lui toinheau, pensive, inanimée, S'arrêter et pleurer sa mère bien-uimèe.
ce qui détonne singulièrement au milieu de toute cette phraséologie antique.
La mère répond :
Ali I mon fils, ('"est l'amour, c'est l'amour insens(^
Qui t'a jusqu'à ce point cruellement blcss(5.
Ahl mon malheureux lilsl oui, t'aihles que nous sommes,
C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes,
S'ils pleurent en secret, qui lira tlans leur cœur
Verra que cet amour est toujours leur vainqueur.
11 me paraît impossible de ne pas trouver ce couplet extrêmement banal. Après cela, l'aveu, imité encore <le la P/irdre de Racine, et les petits détails mignards empruntés de l'Anthologie :
Preiiils notre amour d'ivoire, honneur Je ces hameaux,
l'reiiils la coupe d'onyx...
El encore ceci: « tombe au pied i\[\ vieillard ». Ce vieillard
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plus vanté de tous ses poômes, on y trouvera un véritable pot-pourri de souvenirs classiques; on verra (lue Chénier y est préoccupé uniquement du souci de placer des réminiscences et des expressions. D'idée intéressante, il n'y en a pas. Et pourtant le sujet était beau : c'est l'amour dans ce qu'il a de plus violent et de plus terril)le. Il suffit de songer à Mrgile et à Racine, les deux modèles de Chénier, pour sentir la banalité de son développement. 11 en est exactement de même dans les autres pièces, l'Aveugle ou le Mendiant: Chénier s'y montre précisément le contraire d'un classique. Rien n'égale l'ingéniosité et la grâce mièvre et un peu tourmentée de la forme, si ce n'est le vide absolu du fond.
Peut-on dire au moins" que Chénier ait mieux compris la beauté antique que Ronsard? Cela est certain. Il en a un sens plus juste sinon plus vif; mais il ne faut pas aller plus loin : Chénier ignore l'art grec classique et archaïque. Pour lui comme pour Winckelmann, l'idéal plastique, c'est toujours l'xVpollon du Belvédère ou le Laocoon. On ne connaît encore ni la Vénus de Milo, ni les frises du Parthénon, ni la sculpture d'Égine. Qu'on songe combien nos idées sur l'art antique se sont modifiées depuis la première mission de Morée jusqu'aux fouilles d'Olympie, de Myrrhina et de Tanagra '. Chénier en est resté à l'art alexandrin et romain d'IIerculanum et de Pompéi. — aux danseuses et aux marchandes d'amours.
fait soiu-ire « qui n'a pas dit son nom ■-. Enfin le dénouement prodigieux, invraisemblahle: la jeune fille arrive tout de suite, suivie du « vieillard ••, et nous tombons dans le Greuze de V Accordée de village :
Viens et formons ensemble une seule famille : Que mon père ait un fils et ta mère une fille !
1. Cf. Perrol et Oliipiez. Hi;ttoire de Varl dans l'antiquilé. 1, Introduction,
Si encore c'était le pur alexniuirinisnic! Mais nous avons déjà signalé le mélange du goût antique el du goût XVIII'' siècle chez André C-hénicr. C'est d'ailleurs une tendance à laquelle il est très difficile d'échap[)er, même dans la gravure. c{ui vise à la traduction littérale : les marbres antiques dans Montlaucon ont un air théâtral qui rappelle le Bernin.
Pour ce cjui est des mœurs, c'est-à-dire de la vraie couleur locale, nous avons vu que Chénier ne s'en préoccupe guère. Son antiquité rappelle à la l'ois Florian, Fénelon el Jean-Jacques. C'est la diflerence qu'il y a entre cette poésie anti(|uisante qui vit de réminiscences classiques mal digérées et celle de Leconte de Liste, qui repose sur l'histoire et la philologie. On peut en dire autant de l'antique de Flaubeil dans So/rt/nm6(J et dans Hérodiade. Peu nous importent chez eux les inexactitudes et les intrusions du goùl moderne; il reste quelque chose de solide, c'est l'idée historique élaborée par la critique et l'animée par la poésie. Dans les épithètes où Chénier ne voit que des effets euphoniques, Leconte de Lisle retrouve la trace des cultes naturalistes i)riniiti(s. A travers les descriptions fastueuses, les phrases éclatantes et sonores de Flaubert, on découvre la rapacité punique, la mobilité et la perfidie du Numide, et par-dessus tout la grande force aveugle et la stupidité du monde liarbare.
Si l'on étudiait par le menu n\\ poème d'André (Chénier, on sentirait tout de suite la mes(iuiiierie du procédé. Les mauvaises langues disaier.t (jue l'ablté Barthélémy, dans son Jntne Anncharsii^, avait uns l'antiquité en petits carrés ilc i)apier. Chénier a fait la même chose et avec beaucf)up moins de crilicjue. Il ne dislingue |)as enli-eles miu-ui-s et les usages de l'époque homérique et ceux de l'époque virgilienne, ou alexandrine : c'est la confusion qu'on a tant reprochée à nos
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vci's hitiiis modcnirs. 11 i)ieii(l ck- toutes mains; il aiiialiranie 1rs éléments les plus disparates, pourvu ((uils soient antiques, et sur tout cela il répand la même élégance un peu fade qu'on va voir bientôt dans la si'ulpturc de Thorwaldscn et de Canova. Si bien (ju'au milieu de tous ces anachronismes entrelacés et enguirlandés, de tout ce tohu-bohu de souvenirs classiques depuis Homère jusqu'à Claudien, on songe à ces églises hybrides, commencées au xi^ siècle et à peine achevées au \vi^\ où l'on trouve des traces de tous les styles, depuis le roman jusqu'au pseudoantique de Vignole, en passant par le gothique pur et le gothique llamlioyant. et que finalement les Jésuites ont peuplées de leurs tètes d'anges, de leurs triangles et de leurs gloires en bois doré.
Nous essaierons plus loin de déterminer la nature et l'étendue do rinllueiieo qu'André Chénier a exercée sur lécole romantique. Nous voudrions maintenant dégager de tout ce qui précède les principaux traits de sa j)hysiononue littéraire et résumer le sens de son fpuvre.
André Chénier est un dilettante à qui le don de linveulion a manqué. C'est un érudit et un humaniste opprimé par ses souvenirs classiques et gêné par une théorie étroite et fausse. C'est un homme du xviii'^ siècle, qui en a partagé tous les i^réjugés, toutes les erreurs et tous les ridicules, mais il en a gardé aussi toutes les grûces et il reste un amateur délicat et fervent, dont il subsistera quelques fragments très purSj parce qu'il les a fidèlement copiés de l'antique. Par définition <nn œuvre ne pouvait être que fragmentaire;
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et une vie plus longue ne lui aurait pas conlV-ré l'achèvement suprême.
Pour toutes ces raisons donc, on ne saurait l'aire d'André Chénier un novateur et un chef d'école. Le poème de Vlwention n'est pas un manifeste gros d'avenir. C'est comme le testament de la poésie classique tout entière, en remontant jusqu'à Honsard. Comme les régimes et les religions qui meurent, le classicisme avec lui a encore exagéré l'étroitesse de son principe, qui est le principe d'autorité. En préchant l'imitalion exacte des anciens, plus exacte que celle des grands classiques et plus exclusive, il a creusé davantage l'abîme qui sépare la réalité moderne de la forme antique. C'était contraindre cette réalité à un travestissement qui ne peut se réali.ser qu'aux dépens de la vérité. Enfin, comme une forme antique appelait logiquement un fond égalemenl antique, c'était s exposer à démentir soi-même son principe et à en venir, comme Gœthe. à une poésie antique par le fond comme par la forme. C'était isoler l'artiste de son siècle et en faii-e un sinqtlc dilettante. Pour tout cela donc, parce (|iril est p;iili du princip»' d'autorit»'. parce que le grand moyen de 1 art est pour lui l'imitation. André Chénier se condamnait à une œuvre stérile. Au fond, il ne renouvelle pas le classicisme, il laflirme une dernièie fois et avec plus d'intransigeance avant de mourii'. Le mol d'ordre de l'avenir ne sera d«»iiné que bien plus lard. C'est la Préface de Cromiii'll «pii le druincia. en j'aisaid juslcnicnl le contraire de ce qu'a fait .Vndn'' Chénier, en effaçant le principe d'autorité du code poétique et en le remplaçant par la liberti'- absolue de la foi'nie et du fond.
ghaphrk vu
l'école de 11 a VI d et limitation de l antique
1. Kngoiieiiienl du xviii'' siècle pour les arts plastiques. — Les amateurs. — Rapprochement des peintres et des gens de lettres. - La peinture tend à se confondre avec la poésie. — Les salons et les expositions de peinture. — La critique d'art. — Le mouvement anliquisant surtout propagé par les gens de lettres. — Influence de Diderot. — Les fouilles dHerculanum et de Pompéi. — Les voyages en Italie. — Raphaël .Mengs. les pensionnaires de l'École de Rome. — Influenrc
• de Caylus, ses ouvrages théoriques. — Que vraisemblablement Cayhis n'aurait ])«» conçu ranliijue comme David. — Originalité de l'art Louis XVI : c'est la première forme de l'art anti(]uisant.
IL Retour à l'antique dans les modes pendant les dernières années du règne de Louis XV. — O sont les arts somptuaire? qui en ont le plus profité. — L'ameublement, les imitations pompéiennes. — La décoration dos appartements. Versailles. Trianon. Fonlainebleau. — Le goût <• Empire ■> -annonce déjà. — L'architecturi-. réaction contre le style •• rocaille ». — Le livre <lo Laugier. — Le slyle français, la place de la Cnnconic. le Panlliéon. le (irand-Tliéàlre de Rordcaux, le château Borély à Marseille, le l'etit-Tiianon. — Le <■ style sévère », la coupole du Panthéon, l'Odéon, les Barrières de Ledoux. les imitations de l'architecture de Paîslum. — La sculpture, les ligurines de Clodion, les tendances de l'école française, en quoi elle se sépare de l'antique. — La peinture, Fragonard et Hubeit Robert, les ftiiines. — Ce qu'il faut entendre par le Louis XVI dans les arts plastiques. — Combien la durée en a élé éphémère.
111. La peinture de David, son originalité, son tempérament. — Dest'qiiililire de son génie, de là les incohérences de sa
CDiuluilr el de ses lenlalives en art. — Le vrai fond de David, c'est un réalisme robuste: ses sympathies, son goût ponr la natnre et la vérité. — Originalité des dessins de David. — Le portraitiste, le jioète lyrique, le peintre décoraleur. — Ce qui a ])erdu David, c'est la chimère de l'imilalidude l'antique. — Comparaison avec André Chénier. — Que David n"esl venu qu'assez tard à l'antique. — Il faut distinguer des époques dans l'histoire de ses théories antiquisantes. — Leur incohérence, le llecueil de dessins de David. — Ses lacunes, comme peintre d'histoire el comme imitateur île l'antiipie. stérilité d'invention, prosaïsme. — .\bsence de conqiosition. la mosaïque. — 11 conçoit la peinture comme une transposition de la sculpture anli(]ue, la « grisaille •-. — Ce qu'il y a de lyrique et de nmianlique, nuMuc dans l'cruvre anliijuisanle de David.
IV. Ses émules et ses élèves. — La secte des l'i-'imilifs. — Influence de David sur l'ameublement, les modes et la décoration.
Le xvii'' 8ièclc avait ou ses collectionneuis et ses amateurs à la tète desquels il faut placer Colbert. Mais cest seulement au xviii<= siècle que le goût el rintelligencc des choses d'art commencent à se répandre dans le grand public. Chez les linanciers surtout, c'est plus qu'une mode : quelques-uns sont de très lins connaisseurs. D'ailleurs c"est avant tout poiu- eux que les oi'lisles IravaiMeiil, puiscprils soiil à pi'ii pi-ès les seuls (pii puisseid les soutenir ou les payer. .Non seulement Crozat doiuie le vivre et le couvert à Watteau, mais il réunit une colleelion de dix-neuf mille dessins originaux et en pai-liculier des maîtres italiens. D'Holbach achète une des premières reuvres de Hapiiat'l Mengs qu'on ait vues à Paris '. Grimo<l ^\v l:i Heynière le pèi'e el Wnli'hl sont inendtres liuiioraires di- r.\ca-