‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 164 sur 250 · Cf. Corrrsp. lit t., III, L':)i · texte numérisé non relu

Cf. Corrrsp. lit t., III, L':)i

(li'inic (le peinturo. Parmi los prrands seigneurs, le duc (T Antiii. Il' comte de Caylus, le marquis de Croismare sont des anialcurs i)assionn»''s. vivant au milieu d'ai'tisles, ou même, comme (Caylus. leur demandant leurs leçons. 11 faut se souvenir aussi de tous ces collectionneurs plus oliscurs, riches bourgeois, commerçants ou gens de robe, qui patiemment, avec des ruses et une diplomatie inimaginables, arrivaient à se créer pièce par pièce de véritables musées '.

Mais ce qui distingue vraiment en cela le xviii^ siècle, c'est que l'art ne sort pas seulement des Académies, pour se répandre dans un petit monde d'amateurs : les gens de lettres y viennent de plus en plus. On a fait grand bruit plus tard de la liaison de Hugo et des poètes du Cénacle avec les peinti'es et les sculpteurs romantiques : il y avait longtemps que ce rapproche ment était commencé. Jamais même la communauté didées et de principes n'a été plus étroite qu'au xviii" siècle entre les arts plastiques et la littérature. Dès 1710, l'abbé Dubos. dans ses Béflcvions critiques sur la poésie et sur lapiinturc, s'efforce d'établir cjne l'esthétique du peintre est la même que celle du poète. Plus tard l'abbé Batteux, dans ses Beaux-Arts n'duits à un même principe (17'fOi. re|)rendra cette thèse. Caylus luimême, qui a si fort le dédain des amateurs et qui n'admet d'aidre critique en art que celle qui est faite par les gens du métiei- — Caylus semblera autoriser cette confusion dans ses Souveaux sujets de peinture et de sculpture. C'est grAce à ces idées que la poésie desci-iptive pénétrera si facilement chez nous, que le

1. Le Cousin Pons df Ualzac osl un des derniers spécimens de celle race d'anli(|uaires. — Notez (|ue certains Musées de province, comme par exemide le Musée d'Aix, se sonl conslilnés avec les débris de collections de parlementaires. Cf. Clément de Ris, let Musées de i>yovinne.

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pot'te se croira Irniule du peintre et réciproquement. On ira niriuc si loin vu ce sens que Lessing écrira son Laocoou jtoni' rai)|t('lfM- on pour fixei- les limites respectives de la peint ni'c cl dr la poésie '.

Dans ces conditions, on comprend que les gens de lettres aient abordé la critique dart avec infiniment moins de scrupules. Peinture et sculpture, — ils en étaient pei'suadés. — faisaient i)ai'tie de la grammaire de leur métiei-. ^'oltaire écrit, daprès Plutarque, que t la peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante ». (l'est rélernelle paraphrase du mot d'Horace, ti-aduit à contresens : « l't pictura poesis. » D'autre part Caylus estime qu'un poète est d'autant plus grand qu'il fournit plus de sujets à la peinture 2. — Rien n'était plus simple : La même rhélori(pie pouvait suffire pour juger im tableau d'histoire et un poème épique. Mais ce qui vraisemblablement dut pousser surtout les gens de lettres dans cette voie, ce fut l'institution des Salons : à partir de 17l{7. il y eut une exposition annuelle dans le Grand Salon carré du Louvre, puis à partir de I7;J8, elle n'eut plus lieu que tous les deux ans. 11 ne faut pas oublier non plus (pie l'Académie de Saint-Luc, — la petite Académie, comme on disait, — avait, elle aussi, ses expositions, sans parler de celles de la place Dauphine. le jour de la Fête-Dieu. Le moyen, quand on tenait une plume, de ne pas dire son avis sur des œuvres qui sollicitaient ainsi d'elles-mêmes la curiosité et le jugement du pnl)lic? Ajoutons que si les litti'raleui's. dans

I Lessing attaque en particulier les Tableaux tirés de VlUadc (VUomére, etc., de Caylus {Laocoon, chap. xi). — Kt fepeiKlaril on a pu voir dans cet ouvraf.'e le gcruie du livre même dr Lessing; la distinction de la poésie et île la peinture y est indi(|uée. Cf. Crousié, LessiiKj, ou le (joi'il en AUemiiijuf. p. 441. — S. Rocheblave. op. cit., \\. 2IS.

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