Knri/rloijddie (arl. ScuIpUiro
2. Hëfterions sur la sculpture lues dans l'Acndémii' de peinture et de sculpture. 177(1,111-8. •
,^. Loc. cit.
4. Elope <lo l'iKalli.'. |)ar Suard, Mélan;/c.,- littt'r(tiirs,l\\.p.:U)'i.
tendance, c'est celle des plus originaux de nos maîtres classiques, depuis Jean Goujon jusqu'à Clodion, et c'est celle de la jeune école moderne, qui s'eiîorce d'égaler les autres arts plastiques et même les arts littéraires pour l'énergie, Texaclitude et la complexité de l'expression '.
Parmi tous ces artistes, et en laissant de côté le mérite intrinsèque des œuvres, celui qui doit nous arrêter de i)rélerence ici, c'est Clodion, parce qu'avec la libre imitation de l'antique, c'est chez lui qu'on rencontre au plus haut degré tous les caractères du Louis X\'l, tel qu'il clierchait à se définir : la grâce, le sentiment de la ciiair et de la volupté, l'intelligence spirituelle et la passion des visages. On peut dire qu'il a t'ait pour la mythologie ce que faisait vers le même temps André Chénier dans sa poésie : il l'a renouvelée et rajeunie. Il a ramené d'Italie tout un cortège de Nymphes, de Faunes et de Bacchantes. c[ui, si elles rappellent ce qu'il y a de plus aimable dans la sculpture antique, ont cependant des physionomies toutes frani^aises. Il y a tel morceau de lui, comme par exemple le Baiser du Sati/rc -, qui n'est qu'une illustration plastique de la poésie contemporaine : cette nymphe qui s'élance vers les lèvres du Satyre avec ce désir éperdu et cet abandon de tout son corps, c'est une nymphe de la Seine : on la reconnaît à l'élégance nullement académique et à la coquetterie de son prndl. ;'i l;i gracilité douillette de son petit corps, à ses petits pieds et à ses petites nuiins. Mais le plus Tra})pant, c'est l'intensité de volujjté que l'artiste a su y mettre, ce.? yeux égarés de la nymphe, ce pied de bouc
1. Cf. Mercure de France, iiiar» iS'Jo, art. de V.. Sainle-Croix sur Medardo "Hosso.
2. Cf. Les Addinel Clodion, Paris, QiiaïUiii, 1«8..;, par 11. Tliiriun. p. 2i() (planche).
20K FIN l»l CLASSICISME ET HETOUH A L ANTIQUE.
du satyre qui remonte et qui se crispe. Ailleurs il s'attaque aux plus dilTiciles problèmes de la plastique : dans une scène marine, il essaie de traduire non seulement 1 "écume et les volutes de la vague, mais la souplesse des cheveux des Néréides et jusqu'à l'humidité luisante de leur corps et l'élasticité des vapeurs qui montent de la mer.
C'est par là que Clodion rejoint Fragonard dans toute une partie de son œuvre : lun a modelé comme l'autre a peint, dessiné ou gravé ce « poème du Désir » dont parlent les Goncourf. 11 a beau avoir été l'élève de Boucher, on sent chez lui l'ancien pensionnaire de lécole de Bf)m<' . le compagnon de voyage de l'abbé de Saint-Non, dont le crayon et la pointe ont fixé les ruines et les bas-reliefs antiques. Les planclies (piil a rapportées d'Italie, certaines de ses compositions mythologiques ou allégoriques révèlent tout niilic chose que le [leintre libertin qu'on est accoutumé de voir en lui : le gi-and souffle de l'antifiuité est passé par là. Par exemple, dans son fameux tableau de la Fontaine cVamour ', quelle différence avec Boucher! Il y a (luelqiu^ chose de profondément sérieux et de presque tragique dans les ténèbres mystérieuses du paysage, dans lélan furieux de la course qui emporte les deux amants, dans l'avidité des lèvres béantes qui se tendent vers la coupe extatique puisée à la l'ontaine d'amour : ce n'est plus la galanterie romanes(|U(', c'est le Désir dans tout son emportement. I/idéc de la composition, tout en restant gracieuse et jolie, est cependant assez forte poui- faire songera Luci'ècc cl à N'irgile.
d. Les Concourt en ont donné une très jolie description dans \'Arl du XII II' siècle, l. 111, p. 20S. On en trouvera des reprodiiclions ilans (^li. Blanc, Ecole f m niaise; P. Naqinl, Fratjonard (eollection liuanlin), etc.
ÉCOLK DE lUVlD HT IMITATION DE L ANTIQUE, 299
A cMi' do Fragoiiaril se placo tout iiatm-clleinonl son camarade il't'colo. Hubert Robert, dont le talent lacile est encore un des plus curieux échantillons de Tart de celte rpoque. II a eu un étonnant succès ^ ot il a cerlainenient <M)ntrii>ué pour lieaucoup à mettre les ruines à la mode. En 1708. un an après sa première exposition, lAcadémie française accordait une mention honorable h une épître en vers, intitulée les Ruines, par un M. (le ('.(l'uillié -. et Ton sait si plus tard labbé Delille (exploitera la matière. Sans parler ici des mérites de son œuvre, ce qu'il importe de noter c'est qu'il ne vise nullement à des restitutions archéologiques, comme on fera bient(>t dans l'école de David. Il se borne à rendre ce qu'il y a de pittoresque et surtout de décoratif dans les ruines, et encore il leur prèle une gaieté toute française '. D'ailleurs les ruines modernes se mêlent constamment chez lui aux ruines antiques. Comme dans son Pont du Gard, ce sont les costumes, ce sont les hommes, c'est la vie d'aujourd'hui qui anime ses paysages. Dans tous les cas, et si pénétrée du goût contemporain que soit son œuvre, elle n'en atteste pas moins une mode toute nouvelle, un goût de plus en plus vif du public pour tous les nioiiumenls de lantitpiité. (pt'il s'agisse darl ou de littéi-titure.
Il faudrait joindre à Hubert Robert les nombreux auteurs de publications illustrées sur Tltalie, dont <iuelques-unes se recommandaient par des ({ualités artistiques de premier ordre, coiume par exemple le livre de labbé de Saint-.Xon ', auquel Fragonard et Hubert Robert lui-même avaient collaboré.
I. Voir Hubert lîoôert et son temps, par E. fiabillot, p. 105; Saton.i (io Diderot, passhu.
■-'. r.r. Corrfsp. lut., Vlll, llo.
3. Cf. E. et J. (le (Joncourt, op. cit., p. 252. '». Voi/afje pittoresque des royitumes de Naples et de Sicile
300 FIN DU CLASSICISME ET RETOUH A LA.NTlQUt:.
En somme, si l'on veut avoir de cet art Louis XVI une iilée plus complète et en mémo temps plus une, qu'en suivant strictement riiistoire, il faut grouper artificiellement les principales œuvres qui en ont le mieux exprimé resi)rif . Nous ne saurions trop le redire, nous ne sommes point ici en présence d^'une école qui développe régulièrement ses principes : trop de tendances contradictoires ou différentes s'affirmaient au même moment. Il faut se représenter une sorte de musée idéal construit par Gabriel ou Pierre Louis, un Petit-Trianon ou un chAteau Borély, dont les appartements auraient été décorés, comme à Fontainebleau, avec de très discrètes réminiscences du style pompéien : dans le vestibule, sous la lanterne ronde surmontée d'attributs astronomiques ', se dresserait la silhouette élégante de la /)tVj«f de Houdon; on verrait aux murs des appli(iues de Gouthière, sur les meubles des ciselures deCaffieri, sur les cheminées des terres cuites de Clodion. Fragonard aurait peint les plafonds et les dessus de porte de quelque allégorie mythologique, comme à l'hôtel de la Guimard. Et pour compléter le décor, il y aurait dans le salon tout un groupe de jeunes femmes en robes d'indienne et en fichus croisés, avec des écharpes bleues flottantes; près du clavecin. Tune d'elles, les doigts posés sur une grande harpe dorée, accompagnerait un air de Gluck et on attendrait, pour couronner la soirée, un épisode des Jardins de l'abbé Dclille.
Par mallieur, il y a quelque dislance de ce salon l'évé au salon de la réalité. Dans celui-ci le gros mobi- J lier Empire s'étale à côté des plus délicates inventions '
(ilSG). Sur l'abbé de Sainl-Non el ses autres inililicalions illuslrées, rf. Gabillol, o/i. cit., p. "7, 138 et siiiv.
L Se rappeler jiar exemple la lanterne qni est ilans le vestibule du l'elil-Trianon.
des ébénistes LouisXVI. On y ('Coule, avec des lectures de Paul et Virginie, les lourdes harancrues de Thomas ou les odes pédantes de Lelmin. David commence à y introduire sa peinture austère et républicaine ', et bientôt la révolution va déti'uire ou disperser dans les ventes les restes de ce joli art (|ui aura eu tout juste le temps lie naître et de mourii-.
On a dit que Caylus avait formé Vien et que Vien avait formé David -. La formule est peut-être juste pour le premier, elle ne l'est plus pour le second. L'antique tel que David l'a conçu est très différent des timides imitations pompéiennes de Vien et il n'y a presque rien dans la manière de celui-ci qui rappelle celle de David. Tout au plus lui a t-il appris à dessiner correctement et, en Tassujettissant au modèle, a-t-il favorisé en lui cet instinct de réaliste auquel il devra presque toute son originalité.
En réalité, David s'est formé tout seul : il ne relève que de lui, même lorsqu'il semble vouloir continuer en France la prétendue réforme de Raphaël Mengs ^ C'est qu'au fond il est un tempérament très original et cela uniquement pour avoir porté à un degré extraordinaire certaines qualités techniques et spéciales. Je ne connais pas d'artiste dans toute l'école française qui ait été plus entièrement l'homme de son métier, — i)eintre
1. C'est le comte d'.Vrlois qui commanda à David son tal)leau de Paris et ih-lène: el c'est le comte d'Angivillier, au nom de Louis XVI, qui lui connnanda son laljleau de Brutus. Delécluze, op. cit., p. 122.