‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 177 sur 250 · JhiU., p. ll · texte numérisé non relu

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ÉCOLE DE DAVID ET IMITATION DE LANTlOUt). WOo

(le ses ((ualités. Encore à la fin de sa carrière, alors «|uii s"enron(^;ul de plus en plus dans une manière anliquisanle aussi fade que conventionnelle, ce respect du vrai lui était resté, comme une dernière illusion de vieillesse. Il écrivait à Gros, en lui recommandant un jeune peintre : « \'ous lui ferez sentir qu'il faut être bien rcspeclueux devant hi nature et ne pas prétendre la réduire à nos caprices ' ».

Ouand on feuillette ses dessins, on saperçoit rpie le premier crayon, chez lia. es! toujours étoimant de. vérité et de franchise. MallKnireusement David réllécliit, il son^'c à ses théories, il veut les a|)pli(pier quand même et lorsipfil arrive à la forme définitive, il se trouve tpie de correction en correction il ne reste plus rien de l'idée |)remière. Il n'académise jamais (il a horreur de la « manière » académique): mais il fait raide et pompeu.v -. Un des exemples les plus frappants (|u'on trouve de cette tendance, c'est une esquisse de la figure de Napoléon pour le tableau du Couronnement. Certainement il y a bien de la noblesse dans le geste et dans latlitude à laquelle il s'est arrêté en dernier lieu; on peut même direquelle s'harmonise davantage avec l'expression oflicielle des autres personnages et la tonalité majestueuse de l'ensemble; mais le premier crayon est autremeid vivant et autrement vrai. Ce Napoléon à la figure brutale de soudard, qui se couronne lui-même, le poing sur la garde de son épée, dans un mouvemeid superbe de défi, je ne sais s'il est plus historique que l'autre, mais il est à coup sûr d'une vérité idéale plus profonde.

1. Lettre à Gros (2.j décembre 1820). Cil. p.ir J.-L. Jules David, op. cil., p. WT.u

■2. Voir par exemple le pivmier crayon de la Douleur cl'Aii- (Iroiiutqiie; celui du Léonidax aux Thennopi/les, qui est certain nemi-nt plus animé et même mieux composé que le tableau di-finilif.

:{0G l'IN DU CLASSICISME KT HliîOUR A l'aNTIIJLE.

(Test ce i)erpôtuol souci (^\c la véiilc qui a l'ail de David uu si grand peintre de porirails. i!n i(>i.'^ai(ianl siniplenient les lignes, ce David, tout à l'ait déi)Oui'vu de culture littéraire et qui devait, coiuiue ses coideniporains. avoir sur llioiuiiie les idres les plus (^'-raisonnables, — ce peintre vraiment peintre est arrivé à donner rinii)ression dans ses toiles de la plus jiénétranle intuition psychologique. Kvidenmient il ne va pas, connue uu Vélasqucz, juscpi'à récréer l'aliuosphère où baign.enl ses personnages et, en révélant dans leurs yeux le secret méiue de la Vie. jusqu'à les couronner d'une poésie qu'ils neurent point dans l'iiis toire. Mais il est bien dans la tradition IVanc^aise qui s'intéresse davantage au mécanisme psychologique et au conflit tragique des passions qu'au mystère intime des êtres. David pénètre jusqu'à la physionomie morale en étudiant les corps et les visages, en analysant la couleur et le grain de l'épiderme. en suivant les contractions des nuiscles c^t h's sinuosités d(>s l'idcs. A cet égaril je ne connais pas de plus parlait chel'-d'ceuvre. — de plus révélateur surtout, — que son Portrait de M'"'' Mord de Tewjnj ri de ses deux filles, qui est une merveille de conscieiu'e et d'exactitude et où il a poussé, je crois, à ses dernières limites le sentinuMd de la chair '. Toute la société de l'Empire revit dans ses toiles avec une illusion de vie. (pii est bien |)roclu' de la réalité -, Est-ce même forcer les mots que de voir dans ses grandes machines oflicielles tout luiiiuent des collcc-

1. V.iir aussi le ))orlr.iit dr M. cl de M'"" l'rroul. «le M. cl M'"" Moiif/rz: \vs i)orlr.'iils (le l'ahhé (Iri'goire, de Pricor <lc la Manu'. qu'il avait faits \uiuv son latilcaii du Jeu de l'ainuc (Plaiifiics du livre de J.-L. Jules David, op. cil.)

2. Rien neddiiru- mieux l'inipression <lc cette sctciidé à demi boiu'geoisc el à demi militaire que les portraits de la famille tie David. (Voir celui de ses deux filles, de ses gendres, de son tlls el de sa luu. op. cil.}

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lions (le portraits? Kii tout cas son taldcaii inachevé du Serment du Jeu de Paume n'annonce guère autre chose.

Et cependant cet artiste laborieux, si esclave de son œil et de son modèle, (juand une grande émotion échautTe sa tète, il s'élève jusqu'au lyrisme et jusqu'au pathétique le plus poignant. Son dessin de la tète de Marat est peut-être encore plus beau que cette toile si tragique où il l'a représenté poignardé dans sa baignoire. Soulevé par l'émotion patriotique, il a su donner à ce visage sinistre une expression de douceur et de résignation ineffables. Le j)ar(lon sublime semble couler de ses lèvres, ('e n'est plus le pourvoyeur de la guillotine, c'est la pure victime offerte en holocauste pour le salut du i)euple. Otte exaltation poétique, ce sursaut de l'imagination, il l'a éprouvé plus d'une fois pendant cette ardente péi'iode révolutionnaire. Son Lepctlelicr de Suhit-Partjcuu, son Jeune Buru, son Boiutparte au Mont Saint-Bernard, avec des qualités diverses, attestent la même émotion chez ce peintre d'ordinaire si calme. Un souflle de Marseillaise a passé dans ces toiles.

En même temps, il a eu un sentiment très vif de la grandeur et de l'héi'oTsme de cette époque. Sous l'Empire, il a aimé la magnificence de la représentation officielle, il a deviné le rêve du maître à l'imagination hantée par le souvenir des triomphateurs et des Césars de l'ancienne Home, et il a essayé d'y égaler sa peinture. Lorsqu'il eut terminé son tableau du Couronnement. rKm|)ereur ai-compagné de rimpératricc vint lui rendre visite dans son atelier et. après avoir examiné la toile : « C'est très bien, très bien, David. Vous avez deviné ma pensée. \ous m'arez fait chevalier français '. »

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