J.-L. Jules David, op. cit., p
'2. Sur rorifiinalilé de David et son indépendance de Uaphaél Mengs, cf. notre thèse latine.
3J0 FIN nu CLASSICISME ET IIKTOI'H A LANTIOUE.
et sur lesquels il rurditait sans cosse '. C'était là sa Bible et ses prophètes. Mais si nous ne savons pas très bien ce qu'il a voulu, nous avons son œuvre et nous pouvons essayer de voir ce (|u'il a fait.
Tout (l'abord David, connue j)resquc tous ses contemporains, est entièrement dénué dinvention. .Nous avons vu que c'était le vice le plus grave du classicisme finissant. Le défaut est d'autant plus choquant dans les sujets antiques, que la matière était plus usée et qu'il aurait fallu pour la rajeunir une imagination toute fraîche. Le sens poétique des sujets. David ne l'a eu que par accident, et dans des circonstances particulières. En général, c'est le plus prosaïque, ou, si l'on aime mieu.x, le plus oratoire des peintres. Lui-même d'ailleurs se reconnaissait impuissant à comprendre la poésie des mythes, e Je n'aime ni sens le merveilleux, ^ disait-il ; je ne puis marcJier ù l'aise fjuatec le secours (Vun ' fait réel ^. » Nouvelle raison d'infériorité, David est platement utilitaire. Il professe comme tous les hommes du wiir siècle que l'art a une mission sociale et que son premier objet est d'instruire et de moraliser ■'. Comme ses idées et sa morale se réduisent aux lieux communs vulgaires du catéchisme révolutionnaire, on ne s'explicfue que trop tout ce qu'il a mis de froidement déclamatoire et de banal dans ses toiles antiquisantes. Ajoutons enfin que cette perpétuelle affectation d'austéi-ité était bien le sentiment le plus hostile à l'art dont il ])ù[ s'inspirer.
Ainsi que chez les petits poètes île son temps et chez André Chénier lui-même, cette stérilité d'invention produit chez David rin((ih(''rence île la composition,
1. Cf. Delécliizc, op. cit., p. 111..!.-!,. .Iules D.iviil iidiis par!»-. (If (iotize voliMiios, cf. op. cit.. \k 11.
2 Deliicliizc, op. cil., \>. 33,s.
3 Ifjid.. p. !:i.X.
KCOLE nr: DAVin et imitation \)k l antique. 3H
(|iii nost plus qu'un arrangement tout extérieur el voulu. Même dans ses grandes toiles modernes, on sent (|uil iia ité soutenu pour la composition que par le souvenir tout récent des scènes réelles; et encore chaque personnage, pour peu qu'on létudie. a-t-il l'air de poser tout seul. Cette absence de composition, quoi qu'en aient pu dire les contempoi-ains ', n'est pas trop choipiante dans ses premières œuvres, parce qu'il a choisi des sujets extrêmement sim|)lrs oi'i les personnages peu nombreux se groupent en quelque sorte d'eux-mêmes -. Mais tlaiis les Sabines et le Léonidas ce défaut éclate avec une évidence (jui valut à David les critiques les plus vives. Lui aussi, il fait des mosaïques V de figures. Dans le Léonidas, par exemple, voici d'abord , % la pose du héros qui a été copiée dans les Monuments , inédits de Winckelmann ^ ; le jeune homme qui est assis c\ sa gauche n'est pas autre chose que le portrait d'un de ses élèves '• : c'est une tète méridionale toute moderne, tandis qu'au contraire le guerrier qui lui fait pendant à droite est strictement antique. Au second plan, l'homme qui tient un arc est une réminiscence mal déguisée de l'Apollon du Belvédère, mais ces figurants à tète vulgaire qui le suivent ont l'air de sortir des coulisses de l'Opéra. 11 est vrai que parmi ces figurants, il y en a un qui a une tête de Fleuve antique. Ce ipi'il y a de plus désagréable, c'est l'éparpillement et l'iiisigniliance de toutes ces figures, sauf
1. Voir p. ex. les critiques «le Pierre à propos de Brutus. J.-L. Jules David, of^. cil., \u 57. •
2. Ce|>endanl il n'y a guère que la Mort de Sacrale qui soit vérilablement composée.
;!. Deiéciu/.e. op. cit., p. .3:J7.
t. Dejéiluze raconte (]uc David, pour certaines figures du Léoiiidas, s'inspira <le (|uelques-uns de ses élèves « remarquablement beaux et agiles •• (cf p. 2:>9). La figure en question nie parait être sûrement du nombre.
:^l:> FIN DU CLASSICISME ET HETOUH A L ANTIQUE.
le groupe des trois jeunes gens qui tendent des couronnes. Pas la moindre cohésion dans toute celte scène. David se réclamait, |)Our justilier ce décousu de la composition, de certaines (euvres de TAniielico ou du Pérugin, où les diiïérents personnages existent jiour ainsi dire isolément ': mais tandis (\ue chez ces maîtres le sujet est si exclusivement plastique (piil se réduit à peu près à un arrangement harmonieux des lignes, David a choisi le sien si théâtral qu'il requiert absolument les qualités oi'dinaii'es de com[)osition de nos peintres d'histoire. Kn admettant même ((u'il ait voulu rompre avec ce c{u"il y a d'artificiel dans une scène ainsi conçue, il faut avouer encore tpi'il ne donne à aucun degré le sentiment de la vie des Ibules, de leur pèle-méle. des explosions contradictoii-es do leurs fureurs ou de leurs enthousiasmes : ses personnages ne sont que des stîitues juxtaposées.
Telle était d'ailleurs l'intention de David. Si luimême ne l'avait pas dit, on pourrait le deviner, rien qu'à regarder attentivement ses toiles. Transposer dans la peinture la sculptiye antique, voilà en somme à quoi il aboutit. Quand il parlait de remettre en honneur ce qu'il appelait « le grec pur » -, il ne voulait pas dire autre chose : de là ces personnages complètement nus comme dans la statuaire des anciens, et ces chevaux sans bride qui prélèient tant à rire lors de l'exposition des Salines •' : « .le me noui-ris les yeux, disait-il, de statues antiques, j'ai niUention même d'en imiter ijuehjues-unes : les Grecs ne se taisaient nullement scriq)nle de rejji-oduire une composilion. un mouvement, un type déjà reçus et enqiloyés '• «. V.w c(»nsé-
\. IJelécluze, o/>. cil.. \>. lil'.i.