Op. cit., p. -HW
'i. Voir en parliiulior l'unlaiifs, Ode sur les onbellissemenla de Paris, passim.
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— .MalIiciirouscMHciil si Icdrcoriniprrial est bien fragile, 1 aii n'est plus qu'un siniulacro. Les allirniations liau tainos de la ci'itiquc, ses prétentions l'i n'admettre plus ([ue les l'oi'nies sévères du xvii" siècle ressemblent à ces déclarations superbes des monarchit^s i)rètes à sombrer. D'une part une sorte de mascarade? antique des institutions et des mœurs, de la littérature et de l'art, et au service de cette illusion, la décrépitude sénile ou la médiocrité prétentieuse. De l'autre, des aspirations confuses, contradictoires même, — tout ce qui sera demain le romantisme et qui n'attend que l'occasion pour éclater et des talents assez robustes et assez jeunes pour se l'aire valoir.
11 y a pourtant une excuse à cette médiocrité; mais il ne faudrait pas en exagérer la valeur : c'est que jamais écrivains n'ont travaillé sous un maître plus dur et plus susceptible. L'Emi)ereur prétend faire d'eux des instruments de règne. Il a ses idées en littérature. Ecoutez-le dans une conversation avec Fontanes : « Vous aimez Voltaire, vous avez tort; c'est un brouillon, un boute-feu, un esprit moqueur et faux... — Vous vous retranchez sur ses tragédies... Il n'en a fait qu'une bonne, Œdipj... Défendi'czvous son Orcste elson Brutusl Est-ce ainsi qu'on lioit peindre les changements de dynastie et de gouvernement? C'étaient pourtant deux beaux sujets. — Je veux les refaire,... cet été j'aurai du loisir: je ferai la prose et vous les vers '. » Ailleurs il
1. Gilé |iar ïfainlc-lioiive, Notice Inslor'mue sur M. de Fontanes, L-n Ifle de l'cililiuii de ses œuvres. Paris, llaclielle, 183'.).
faut rcntendre juger Tacite avec Wieland • . Une autre fois, il apiircnd (ju'on coinnuMilc ù THcole normale Y Éloge de Marc-Aïu-èle de Thomas et le Dialogue de Si/lla et d'Eucratc de Monlesquieu, et il ne cache pas son mécontentement. Là-dessus, il développe ses idées sur l'enseignement, il indique Corneille et Bossuet comme les grands maîtres de la jeunesse '-. Une autre fois encore il esquisse toute une méthode de l'histoire de France, telle qu'il l'entend ». S'il eût duré davantage c'était la littérature tout entière disciplinée comme un régiment.
Mais si étouHantc qu'ait été la tyrannie imi)érialc, elle eût échoué contre des talents vraiment forts et originaux. Et c'était là justement ce qui manquait le plus. La plupart des écrivains de cette époque sont des survivants de l'ancien légime, — les Delille, les Lebrun, les Chénier, les Fontanes; c"est l'école des vieillards tout entière aux regrets du passé. Ils ont beau écrire le contraire, au fond ils sont convaincus que tout a été dit. Ils sont tous, plus ou moins, comme ce Royer-Collard disant à Alfred de Vigny : « Je ne lis plus, monsieur, je relis ». C'est le misonéisme, dans toute son intransigeance, malgré l'ironie ou les politesses dont il s'enveloppe, l-^n Fontanes. homme de cour et poète, nous apparaît le type tin lettré de ce temps, à l'imagination vaguement calholi(pie, comme Cliateaubriand. mais épicurien dans le fond etclassitpie de la vieille i-oche, comme l(>s plus purs descendnids littéraires du xviii'' siècle. 11 faut se le représeid(>r dans son petit cabinet de Courbevoie : « Tout y était
1. Cf. Mémoires de Talli yrand, Calmann Lcvy, l'aris, 18<il. l. I, p. m.
ii. Cf. Villcmain, Souvt'nirs conlemporains d'/tis/oire cl de littérature (Une visite à l'École Soriinde en ISI^). l. I, ji. 131 el siiiv.
:j. Sainlolk'uve, Sotice liislvri(/ue sur M. <lr l'nnlanes.
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siiiiitlc cl brillant, (lit Saiiito-IÎ(Mive, ([ui avait rinsliiict (le ce iriMirc (réléyancc. — Les murs se décoraient d'un lainl)ris en bois des îles,... une glace sans tain i'aisail iiorle au i>rand cabinet; la fenêtre donnait sur les jardins, et la vue libre allait à l'horizon saisir les flèches élancées de l'abbaye de Saint-Denis. En iacc d'un canapé, seul incnlilc du gracieux réduit, se trouvait un buste de Vénus : elle était là, l'antique et jeune déesse, pour sourire au nonchalant lecteur, quand il liosait son Horace au Douce gratus cram, cjuand il reprenait son Platon entr'ouvert à quelque page du Banquet^, k Et c'est le même Fontanes ciui laissait échapper ce mot : « Je ne sais rien de plus agréable qu'un ballet bien indécent après un bon dîner '^ ». Une pointe de sensualité», — mais surtout quelcjne chose de correct (au sens scolaire du mot), de propre, de soigneusement épousseté, de nu, d'abstrait et de brillant, voilà l'impression cfue donne cette poésie de Fontanes, dont Joubert disait très finement que cétait « une pâte colorée appliquée sur du papier blanc ^ ». C'est le lettré de décadence, à la Pline le Jeune, adorant les commoilitcs de la campagne beaucoup plus que la canq)agne elle-même, passant sa vie entre un Horace et un Virgile, très paresseux, et, à cause de cette paresse même, d'iyi goût de plus en plus étroit et dédaigneux, écrivant quand il le faut son Pancgijrique (le Trnjan, et rimant des vers par passe-tenq)S, comme
1. Cf. Notice de Sainle-IJcnve sur Fontanes, en lùte de l'édition de se» œuvres Celle petite description du cabinet de Fontanes est très haljilenienl l'aile : les flèches de Sainl-Denis raiipellenl sa pièce sur les Tombeaux de Saint-Denis, et le dernier détail, son ode sur un Dusle de Vénus.
2. S'iinlo-Ueuve, Chateaubriand et son r/roupe littéraire, II, p. i:JO (note).
3. Voir en particulier l'ode Où vas-tu, Jeune beauté? I, p. ISo. i. Cf. Sainte-Beuve, op. cit., II, p. 136.
d'autres jouent an trictrac ou aux échecs. Peu de lectures, peu de curiosité, rien de ce qui lait le poète ou l'artiste, la loi ardente, les yrand élans d'enthousiasme, mais une assiette tranquille dans de petites admirations établies et vérifiées une fois pour toutes. La conclusion — et elle est de lui, — c'est qu'il faut se tenir en repos, puisque « tous les vers sont faits » ».
Avec des juges ou des émules comme ceux-là, il est tout naturel que Delille ait passé pour le grand poète de l'école impériale. Il revient grandi par son exil; on salue en lui le dernier représentant d'un grand siècle. Chénier lui-même, qui appartient au parti philosophique, n'a que des éloges pour lui dans son Rapport. Bien qu'il en ait fait depuis longtemps de nombreuses lectures, ses poèmes sont accueillis avec enthousiasme, et consacrent sa réputation. On dirait qu'il n'a jamais été plus fécond : L'Homme des cltnmps paraît en 1800; La Pitié en 1803, la traduction de YÉncide en IBOt, celle du Paradis perdu en I80o, V Imagination en 1806, les Trois Règnes en 180U. la Conversation en 1812. Tout le monde le lit et 1 "atlmire, Napoléon cherche à le gagner. Quand il meurt, on lui fait de magnifiques funérailles. Son corjjs reste exposé plusieurs jours, dans une salle du Collège de France, la tète ceinte du laurier. Plus tard encore, les romanti(iues eux-mêmes, à leurs tlébuts, conqitent avec lui et s'inclinent devant son talent.
Aussi comme les poèmes didactiques et descriptifs abondent à l'imitation des siens! .Mais qu'il s'agisse de la Navigation d'Esménard ou du Génie de l'Iiommc de Chénedollé, des (Jiseaii.v de la f-rme de Lalanc, ou du Printemps du Proscrit de Michaud, on chercherait vainement dans tous ces poèmes, je n<' dis pas un peu
i. Le mol est il<^ l'uiilancs : il a élc dit à iiropus des Méditalions Ac Lamartine. (If. Sainle-Beuvo, op. cit., If, p. 13:5.
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d'originalité (Chèncdollé par exemple a des parties de vrai poète), mais quelque chose de vraiment neuf et qui prépare la poésie de l'avenir. C'est toujours la raison oratoire qui domine, avec un placage de tirades philosophiques, d'imitations de l'antique et d'épisodes de sentiment (voir en particulier l'épisode du Jeicne Léon au iiF chant du Gànie de Vhomme de Chènedollé). Si l'on veut avoir une idée de la platitude et du prosaïsme du genre, il faut «lescendi'c jusqu'à ces petits poèmes moraux ou philosophiques qui s'y rattachent, et dont le xviije siècle avait légué le goût à la poésie de l'Empire : Chénier discourt sur La calomnie ou V intérêt personnel, Legouvé sur Les avantages de la mémoire, Millevoye sur L'Indépendance de l'homme de lettres. Encore en 1815, l'Académie mettra au concours pour le prix de poésie, ce beau sujet qui inspira ses premiers vers à Victor Hugo : Du bonheur que procure Véliide dans toutes les situations de la vie^. Ce qu'il y a d'effrayant, c'est que, majgré le ridicule de ces titres, personne n'y entendait raillerie et qu'on cherchait de bonne foi de la poésie dans ces rapsodies de collège.
Mais les traductions de Delille ont été non moins imitées et admirées que ses poèmes didactiques. Son Enéide met de plus en plus Virgile à la mode, au point qu'il restera encore quelque chose de cet engouement chez les jeunes romantiques (Michelet, Hugo ^).
Comme nous l'avons fait voir ailleurs, la poésie didactique, qui est par excellence la poésie de la difficulté vaincue, conduisait tout droit à la traduction en