‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 197 sur 250 · Achille à Scyros, cli. i · texte numérisé non relu

Achille à Scyros, cli. i

LA LITTEHATL'RE Df DIRECTOIRE ET DE L EMTIRE. 337

Tari purril des versilicalciirs de collège. Luce de i.aiicival le possède. Et rien n'égale reuiiui qui se dégage de ces élucubrations : c'est je ne sais quoi de morne et de gris, traversé tout à coup par un grotesque d'autant plus irrésistible qu'il est involontaire. La Mort d'Hector finit par donner la même inqiression : la fausseté, la platitude et surtout la décence continue du style se tournent à la longue en un grotesque formidable, comme celui que cherchait T'iaubert dans Bouvard et Pécuchet 1 .

La Grèce sauvée de Fontanes mérite plus d'égards. Et cependant, s'il y a quelque nouveauté, elle n'est que dans le détail. Rien de plus classique pour l'inspiration.

Il est juste de se souvenir d'ailleurs que l'ouvrage nous est parvenu inachevé et que les fragments que nous en avons n'ont paru qu'après la mort de l'auteur. Mais toutes les circonstances atténuantes ne le rendraient pas beaucoup meilleur. C'est toujours l'épopée suivant la formule consacrée — avec récit rétrospectif, épisode amoureux, courses de chars et descente aux enfers. Où Fontanes est vraiment neuf, c'est en général dans ses descriptions dont la couleur, encore conventiomielle. est plus exacte que celle de ses devanciers. On sent ({ue labbé Barthélémy et peut-être André Chénier ont passé par là -. Xolri des vers ([ue celui-ci n'aurait pas désavoués :

1. Pour faire scnlir le jrrotcsqiie (hi jicrsoiinai-'c, il siiflil de donner la liste du <|uel(iues-unes de ses œuvres : llonni^das, Iraj-'édie en 3 actes, 17'Jl. — Ode à S. Eve. M. N. J. Schwimelpenninck, i-Taiid pensionnaire de la Ilêpublique Balavc, iSO-ï. — Êiiilre à Clarisse sur les dangers de la coquetterie, suivie de VÉpilre à Vombre de Caroline, 1S02. — Ode sui- le Rof> antisiipliililifiue du citoyen 15. Lafeclcur, IS02. - De pace carmeu, Parisiis, HSl. ^Cf. Quérard.j

2. On sait que les manuscrits d'.Vndré Ctiénier furent conimuniqués à Fontanes et à Joubert. Cf. Becq de Fouquières, Poésies d'André Chénier, cdil. de I8'i2, appendice, bibliographie de ses œuvres, LVI.

On dil que Jasion tout couvert de poussière, Premier des laboureurs, avec loi fut heureux : La hauteur des épis vous déroba tous deux. Et IMutus. qui se ]ilail dans les cités supcrijes, Na([uil de vos amours sur un trône de ^'crhes '.

Il recherche la comparaison homérique; il a un sentiment déjà vif de la beauté des mythes religieux de l'aneicnnc Grèce-. Surtout il y a chez lui une veine de lyrisme ^ qui ne se rencontre ni dans l'épopée antique, ni dans l'épopée classique, et qui annonce la littérature nouvelle.

Mais ce qui manque le plus. < omme chez Delille et tous ces derniers classiques, c'est l'unité de composition. On sent que l'œuvre de Fontanes eût été faite de pièces et de morceaux. A ce titre elle est extrêmement signiticative et c'est pourquoi nous y insistons. La maladie dont est alteinle toute cette littérature de décadence s'y trahit pur les ménK^s symi)tomes que chez tous les contempoi-ains, aussi bien .Vntli'é Chénier que Delille. Et c'est le vice du classicisme finissant : la manie du ijastiche, du cenlon, el linalement la traduction. Virgile est mis à contribution pour la description des jeux. Virgile et Dante * pour la descente aux enfers; l'abbé Barthélémy suivi pas à pas pour la description des mystères d'Kleusis. On sent même des réminiscences des Martyrs : Elpinice semide annoncer une copie de \'elléda. Mais par-dessus tout, ce qu'il doit à Chateaubriand, c'est la manie de grouper. de former une sorte de musée de tous les souvenirs

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