Cf. Yautliicr, up. cit
\. Voir Nolictî sur LcinriTiLM" dans les Chefs'(l'a'uvrc trar/tijups (le Ducis, CItéinev, l^cjourr. Litcc de Lnnctval. l.emerrier, Paris, Didol, I8"if..
5. Ernest Legouvé, cité par Vanillier, op. cil., [i. Il, note.
crt'iucnt réussi. GVst rétcniello tragôdio classi(|uc, avec péripéties, soiii^os, coiifi<i('iils. héros déiyiiisés. — l'^gisllio, sous le nom de Plcxippo, « cru prince d'Illyrio ». ce qui amène une reconnaissance. Mais, comme les meilleures pièces des di-amalurges du xviu" siècle, il faut avouer qu'tdle est lort bien laite, et c'est ce qui en e\pli(]ue sans doute le succès. Suivant la foruude. rinli'-rèt croît de scène en scène, les personnages ne sont ni tout à l'ait bons, ni tout à fait mauvais, la « scène à faire » arrive à point nommé. Au fond rien n"est plus lamentable cjue de voir Lemcrcier compliquer et mouvementer le drame si simple d'Eschyle, d'une immobilité presque hiératicjue, pour arriver à remplir ses cincf actes et donnera son public la pâture d'émotions banales qu'il réclamait. Voilà à quoi vous amenait cette merveilleuse forme dramatique dont \'oltaire était si fier : accumuler de petites ruses de métier pour exciter une curiosité vulgaire et produire un pathétique de mélodrame.
Il ne reste presque plus rien d'Eschyle dans VAgameinnon moderne : Clytemnestre a perdu sa férocité. On ne la voit pas apparaître la hache à la main, et les bras ensanglantés après le meurtre accompli. Au lieu de se gloriliiM' de son crime, elle le déteste : c'est Egisthequi a tout fait. Agamemnon et Cassandre ellemême sont encore adoucis : plus rien de ces brutales et terribles images '■ du vieux poète grec dans la scène du délii-e prophéti({U(\ La Cassandre de Lemercier est en i)roie à un d(''lirc très sage et très académique :
Oui, je sons siu" mon froni iiu-s cheveux se ch-esser... Mon eorps transit et lirùlc et mon âme obsédée Ne contient plus le dieu dont elle est possédée 2...
I. Par exempif : 'xiiv/-. Ta; ^oô; — tôv TaOpov, v. ll2o-lI2G. :J. Agamei'inoii, acte IV, se. v.
342 FIN DU CLASSICISME Eï RETOUR A l'aNTIQUE.
Nous ^oilà l)ieii loin des exclamations haletantes, des ononialoprcs énergiques, dt^s 'E/,, Tianar, TiaTtat, des "Ax, tôo-j, îooj, qui dans Esrliyle l'cndaient si l)ien la fièvre et rangoiss(> de la pi'oi)li(''tcsse. Kt cependant, malgré cela, mali^i-é des i-éininiscences trop noml)reuses de Racine', malgré l'étiquette classique conservée par endroits, la pièce dut paraître singulièrement antique aux contemporains -. Lemercier avait conservé d'Eschyle tout ce qu'il avait pu : la scène de l'arrivée d'Agamemnon :
Salut, Il iiuir;i (l'Argos, ô palais, ô pairie! 0 terre oii de PélojjS la race fui nourrie •' !
Il avait gardé aussi la scène des pi'ophéties de Cassandre et dans la scène finale telle qu'il l'avait ari'angée, il restait encore suffisamment de l'original, — le roi Agameninon IVappé à mort et l'apparition de Clytemnestre sortant de la chambre nuptiale, non plus avec une hache, mais avec un poignard. Nous ne savons rim de la décoration ni de la couleur locale que l'auteur avait i)u y mettre. Peut-être en retrouvet-on queh[uc chose dans le tableau de Prud'hon. ciui prouve tout au moins combien la tragédie de Lemercier avait mis le sujet à la mode.