Correspondance rie I.rimarlinc, I, \>. 2i
vers erotiques, qui ont fait les délices de toute une génération, nous paraissent le plus insupportable bavardage. On y cherche Tibulle et la poésie antique et Ton n'y trouve, avec une polissonnerie niaise, que les oripeaux mythologiques les plus démodés.
Pai-mi ces petits poètes, il en est un dont la critique a toujours parlé avec une certaine indulgence affectueuse': c'est Millevoye, le poète poitrinaire, l'auteur de la Chute des feuilles, et ainsi le peu de talent qu'il aviut eu a été singulièrement exagéré. A i)art une sentimentalité pleui'nicheuse qui s'épanche dans ses élégies, il est impossible de lui découvrir une originalité quel<:onque. Comme tous les autres, c'est un versificate ir et un traducteur. Ce fut un nourrisson académique composant religieusement pour tous les concours, avec Victorin Fabre, un autre poète lauréat, et remportant toujours au moins un accessit '. Il fait des vers sur tous les sujets : dans le genre troubadour, il écrit Emma et Eginhard, Charlemagne à Pavie et un certain nombre de romances; il ne néglige pas non plus le genre ossianesque et il rime la ballade d'Egill « royal espoir de la Scandinavie - ». Mais il semble s'être fait une spécialité du genre antiquisant. On a de lui un livre entier où il pille effrontément André Chénier, dont il avait en main les manuscrits : le Combat d'Homère et d'Hésiode, La jeune épouse, où Ton trouve des refrains comme ceux-ci, pastiches de La jeune Tarcntine :
Vierr-'cs, filles des mers, jeunes océanides, Écarlez le soleil de vos grottes humides.
Puis c'est Stésichore, Homère mndiant (imité de V Aveugle <i' André Chénier),les Adieux d'Hélène, le Départ d'Eschyle, la Néréide, les Derniers moments de Virjile.
1. Voir la notice de Pongerville, en tèle des Poésies de Millevo^e, édit. Ciiarpenlier.