‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 205 sur 250 · Cf. Poésies de Miilevoye, p · texte numérisé non relu

Cf. Poésies de Miilevoye, p

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Bocq (1(> Fdnquirres a (Irjà fait voir lont cr que Millevoye a dû à (".liônier alors inconnu '. Il lui prend di'S expressions et des vei's presque entiers, mais comme le procédé est tiilïérent ! Bien cpiil ait traduit les Dui'uliques de Virgile et mis en vers quclcpu^s odelettes d"Anacréon, il n'a pas, comm(> son modèle, la ramiliarilé et la connaissance approlondic des poètes anciens: il n'en a pas surtout l'inlnition : son antifpiité n'est qu'un placage deChénier apj)liqué sur des sujets antiques.

Et voilà à quoi aboutit l'effort le jjlus considc-rahle de toute cette liltéiature : d'une part, chez les plus sérieux et les mieux doués, des ])araphrases ou des traductions ; chez les autres, — descriptifs ou poètes légei'S, — une sorte de retour atavique au bavardage, et au itrosaïsme de nos faiseurs d'épopées du moyen âge, avec un assaisonnement de grivoiserie, de sensiblerie ridicule ou de mythologie surannée.

Un pourlanl est parvenu à lixei" ce mirage antique c|ui tlottait alors devant les imaginations; mais celui-là est très grand, d'autant plus grand qu'il était seul de son esi^èce et de sa taille : les Martyrs de Chateaubriand peuvent étr(> considérés comme la plus iiai'faite expr(>ssion de ce qu'on a ajipelé depuis le sti/le Empire. C'est le dernier fruit d'une lilléralure épuisé<', c'est la fin d'une tradition, et il faut avouer (pu'. grâce aux Martijr!>, la tradition classique s'est fermée glorieuse-

Ilielil.

I. Hccq de Foii(|iiiori'S, Poésies (l'.Uidié Ciu-iiicr, ûiiil. de 1872 (Iiiljliogra|)liie de ses œuvres, LVJI).

LA LITTÉRAtLHE DU DIRECTOIfiE ET DE L EMPIRE. 349

Je sais l)i(Mi (lue Von y clierclic. et que Ton y voit grnéraliMiHMit tout antre choso. Cela vient de ce que fou néi,'lige les intentions et les doctrines de l'auteur lui même pour n«* retenir que ce qu'il y a de plus ou moins l'omanlique dans son livre : cela tient surtout à la couq)le\ité du caractère de Chateaubriand, laquelle est très propre à induire rn ei'rcur sur sa véritable physionomie littéraire.

Chateaubriand, comme Lamartine, est dans son fond un lyrique, cest-à-dire un génie absolument spontané et indépendant, ni classique, ni romantique : il est hors cadre, il n'api)artient à aucune école. Ce lyrisme, il est fait de toutes les aspirations puissantes et vagues, de tous les emportements du Barbare, et il a trouvé tout naturellement sa forme dans la poésie ossianesque. .Ua/a et les .Yak/jc; ont exprimé tout cela : c'est ce qu'il y a, dans l'œuvre de Chateaubriand, de plus primitif et de plus personnel. S'il n'eût jamais écrit que pour lui, s'il ne s'était pas cru obligé de conquérir une place dans le monde par son talent d'écrivain, il n'aurait sans doute jamais connu d'autre note que celle là. Mais il a voulu être un homme de lettres, et il a pris la livrée littéraire de son temps.

Tout jeune il vit ilans la société des Parny, des Chamfort. des Fonlanes. Il visite le vieux poète Leijrun et n'aspire qu'à se faire imprimer dans le Mercure ou r.4/»irt/iac/j des Mmcs : ses vers sont dans le goût classiipuj décadent le plus pur' et, comme dit Sainte-Beuve, ils auraient pu être signés Berquin ou Léonard. Plus tard à Londres son amitié se resserre avec Fontanes. Il ne faut pas sans doute exagérer l'influence de ces liaisons, mais toujours est-il que Cha-

\. Il a inséré uneidyllt'. VAinour des champ-, dans VAhnanaih des Muses de 1790.

3oO FIN r»U CLASSICISME ET RETOUR A L ANTIQUE.

toauliriaad s'est ressenti toute sa vie d"avoir eu pour contemporains les admirateurs de Delillc et de Thomas. Il pourra bien parler d'eux très légèrement dans ses Mémoires (V outre-tombe, le dcl)utant de 1802 n'en usait pas ainsi avec « M. Delille ' » ou « M. de La Harpe-». — En dehors des contemporains, ses admirations vont aux œuvres les plus classiques : il estime la Hewiade, dont il invoque encore Icxemple h propos des M<irfyrs^. Il est entendu qu' Athalie est le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Parmi les élrajiirers, il ne connaît pas Shakespeare, ou tout au moins il n'en dit rien : ceux qu'il vante, c'est le Tasse, c'est Milton, c'est Klopstock, toutes réputations faites depuis lonijtenips et consacrées par le goût classique du xvni° siècle. 11 parle de Dante, mais après lîivaiol, <•! l'on sent i)ien qu'il trouve Milton très supérieur *.

Ceci serait encore peu de chose : il faut voir les déclarations de ses préfaces : o Je ne veux rien changer ni rien innover en littérature; j'adore les anciens, je les regarde comme nos maîtres; f adopte cnlih'cmcnl les principes jiosés par Aristote, Horace et Boilcau ; YlliaiJe me semble être le plus grand ouvrage de l'imagination des liommes. rOf///.ss<r me paraît attachante par les mœurs, YÉnèide inimitable i)ar le style, mais je dis que le Paradis perdu est aussi une œuvre sublime, que la Jérusalem est un poème enchanteur, et la Uenriade un modèle de narration cl d'élégance, i Plus loin : « Il

1. Voir l'éloge (lu'ii fait, dans le dénie du clirixliani.wie. de « la poésie descriptive où M. Didille a exeelié », relui de La Harpe dans la Préface des Marli/rs. Il en parle même en ternies fort honorables, malf;ré les restrictions, encore dans les Mémoire d'oiilie-tombe, t. II, p. 299.

2. Voir Cirnin du clirislianisme, 2'' partie, liv. I, cli. v.

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