‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 206 sur 250 · Voir \'E.Tamen des Martyrs · texte numérisé non relu

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^. Il traite le poème di- Dante de •• production bizarre • {Génie du clirislianisme) tl, détail si|.'nilicalif, dans sa descrip-

LA LlTTKlîATLHE DU DIRF.CTOIHE ET DE L EMPIRE. 381

y a en littérature des principes immuables et d'autres (pii n'ont pas la même certitude : la règle des trois unités, par exemple, est de tous les temps et de tous les pays, parce qu'elle est fondée sur la nature et qu'elle produit la i)lus grande perfection possible ' ». - C'est le credo littéraire de La Harpe et de Geoffroy, ni plus ni moins.

11 l'aut d'aillcuri ajouter (jue Chateaubriand, soit parti pris, soit préjugé de caste, est un conservateur en littérature comme en politique /il y va de l'honneur de la monarchie de ne pas toucher à l'héritage intellectuel du siècle de Louis XIN': mais surtout, et c'est ce qui explique peut-être cju'il ait subi si facilement la discipline classic[ue. — il n'est pas un artiste de race, c'est un grand seigneur égaré dans la littérature. De même que Lamartine toujours, il aimera à se représenter comme un simple amateur qui a daigné écrire quelques belles phrases par plaisir. Dans ces conditions, il ne s'embarrasse pas des ciuerelles d'école, il accepte les forines l'egues : c|ue lui importe? Cela a-t-il un intérêt, sinon pour les pédants? Le goût est classique sous l'Kmpire, soyons donc classique pour la forme, quitte à nous moquer des règles. Il ne faut pas creuser bien profondément Chateaubriand pour s'apercevoir qu'il n'a jamais pris au sérieux son métier d'écrivain. Avec cela une pointe de charlatanisme et de rhétorique un peu vaine. Il a toujours l'air de vous dire, comme Fénelon, même lorsqu'il paraît vouloir convaincre sur des sujets essentiels : € Croyez-moi si vous voulez, mais avouez que cela est bien joliment dit ».

Au fond. Chateaubriiuul. (juand il est lui-même,

lion (le l'Enfer, il n'a trouvé (|uc pende chose à lui emprunter (cf. Martyrs, liv. 111).

i. Examen des Marli/m.

3oâ I-IN DU CLASSICISMI': ET RETOUR A l'aNTIQUE.

n'obéil qu'à son sentiment : c'est ce qui lait la supériorité et aussi linsuriisance de sa critique*. Chaque fois que son jugement n'est pas faussé par l'esprit de système, il sent bien plus vivement la beauté antique que n'importe lequel de ses contenq^orains. Ce quil y a de bon dans son iameux parallèle de Virgile et de Racine vient île là; mais ce ne sont que des impressions très courtes, des rencontrer de lettré qui lit sans approfondir. Quand il tombe juste, il est excellent; sinon, il trouve, par exemple, de ces rapprociiements étranges comme la comparaison d'Eslher et de la seconde églogue de Virgile.

Dans les Marfi/rf^, le sentiment, ou le démon intérieur ne suffisait pas. 11 voulait construire une grande machine éi»ique qui servît en quelque sorte de jjreuve à l'appui pour son (icnie du Christianisme. Ici le classique reparait, un classique très arriéré, comme on l'était de son teni|)s. après la réaction de La Harjie et de Geoffroy contre les innovations du xviii'' siècle. El ainsi il a composé le dernier p(»ème épique suivant la loiiinilc (lu P. Le Bossut. — la dernière récidive du Tt'léma'iiie. Sa seule témérité, — et elle n'était qu'apparente, comme il l'a bien fait voir, — c'était cette prél('ntif)n d'écrire un poème épique en prose. Il se justilie par un passage d'Arislote qu'il interprète à sa l'aron : il se réclame de Fénelon, il allègue le jugemcid de Boileau. ilnlin il avait eu de nondjreux précur-^eurs, comme Marmonlel dans ses Incis, liilanbé dans son Joseph, ou plus récemment M'"'' Cottin dans sa Prise de Jéricho.

11 le (lisait encore, faire une épopée chrétienne nélait ni une hardiesse ni une nouveauté, et il citait les

1. Voir à ce sujet un arliclti il(.' ScIktit, Hindou sur la lillcralure conleinpuraine, I, |>. I3J.

exemplos classiques du Tasse et de Millon. Sou cnthousiasuie pour la HiMc cl rÉvangile n'avait rien non plus (jui dût surprendre. La Mort (V Ahel de Gessner, la Mcaniade de Klo[)stock avaient dei)uis lon<ileuips fait oublier les inepties de Voltaire sur l'Ancien et le Nouveau Testament. La IIai'i)C avait écrit « sur Tcsjjrit des livres saiuls et le style des pro[)liètes j. On avait lu le livre de LoA\tli : De sacra poesi Hehneonim ' et nous avons vu les primitifs s'éprendre de la Bible et de la l)ersonne de Jésus. La seule nouveauté qu'il y eût dans les Murtym, c'était la prétention de l'auteur d'humilier en quelque sorte la poésie profane devant la poésie sacrée, ce qui donnait à son livre un faux air de pamphlet. Il devenait une œuvre de coterie, et c'était dommage en vérité, car l'idée était belle et féconde.

Mais, à part cela, Chateaubriand restait strictement dans les limites de la tradition et acceptait le joug de toutes les poétiques. Il voulait donc faire une épopée, — cette fameuse épopée qui manquait toujours à la France. Il voulait « peindre les mœurs homériques et les scènes tranquilles de VOdijsséc au milieu des scènes sanglantes des persécutions -, unir et comparer les deux anti(iuités, car « il n'est que deux belles sortes de noms et de souvenirs dans l'histoire, ceux des Israélites et des Pélasges ^ ». Pour cela, il s'est donné inlîniment de peine : il a dépouillé des piles d'in-folio'; il a consulté des gens spéciaux, Fontanes pour le style. Boissonade pour ses imitations des poètes grecs ': il a entrepris un long voyage en Grèce et en Orient. Et, malgré cela, il n'a pas

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