‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 208 sur 250 · Les Mfirli/r.s-, liv. I (liivucatioil · texte numérisé non relu

Les Mfirli/r.s-, liv. I (liivucatioil

•2. Les Martyrs, liv. III.

3. C'est ce que HolTrnan avait dcj.'i rt'iaaii|ilé : " Lex Marti/rs plairont beaucoup aux pliilosojities el aux amateurs de la iii>lliMlof.'ie païenne à ipii .M. dr Chaleaubriaud a donné .sans

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D'autre part, il a ordonné le plan de son poème selon les rè£?les reçjues, et dans son Examen il s'évertue à démontrer qu'il n'a pas manqué aux prescriptions dAristote : récit rétrospectif, épisode amoureux, description des Enfers, bouclier prophétique, on trouve tout cela chez lui : il na manqué à aucune des conventions du genre.

Mais Chateaubriand n'est pas seulement un classique, il est un classique de décadence. Il arrive au terme d'une longue période de culture et il est comme écrasé parla masse des œuvres et des souvenirs; ce que tous ces dilettantes, ces collectionneurs, ces paraphraseurs et ces traducteurs que nous avons passés en revue avaient l'ait en petit, il l'a tenté en grand ; fondre dans un même poème toutes les grandes œuvres antiques: y amalgamer tous les cultes, toutes les traditions, toutes les légendes et toutes les histoires; élever une sorte de musée d'Alexandrie de la double antiquité et donner pour âme à ce grand corps la pensée religieuse moderne, c'est ce qu'il a voulu faire dans ses Martyrs. Voilà le suprême aboutissement de l'idée antiquisante du xviii^ siècle. C'est la théorie d'André Chénier avec toutes ses séductions et tous ses défauts.

Je crois qu'il ne faut pas exagérer l'influence de celui-ci sur Chateaubriand, bien qu'il ait connu de bonne heure et dès le Génie du Christianisme ses principales œuvres. Ils n'avaient pas le même tempérament, et Chateaubriaiiii était assez riche de son propre fonds, il avait une intelligence suffisamment éveillée de la beauté antique, pour se passer d'être averti par un autre. Et cependant l'analogie des procédés est fi'ap|iante.

It; vouloir une si ^'ran<li' siiiiériorilé. • Cité par Saiiile-Renve, 0/;. rit.. II. |i. t,|.

On a prononcé le mot de niosauiue ' dès Tapparition des Martyrs. Rien n'est plus juste. Le commentaire lui-même dont chaque livre est accompagné ne donne cju'une idée très insulfisante des emprunts et des arrangements de l'auteur. Toute la bihliothèque gréco-latine y passe, d'Homère à Ammien Marcellin. Les morceaux lyriques eux-mêmes sont tous plus ou moins des centons ^. Mais ce n"est pas seulement la littérature, c'est l'érudition classique tout entière qu'il a lait entrer dans ses Mnrfi/rs : Montlaucon, Ducange, Pelloutier, Tillemont. Fleury, Peutinger, l'archéologie et l'hisloire sacrée et profane, la linguistique et la géographie. Avec cela, comme chez André Chéiiier, confusion de toutes les' époques : Homère coudoyant Jamlili(jue et Porphyre 8. Ces perpétuelles réminiscences houK'iiipies sont même ce qu'il y a de plus désobligeant : Démodocus l'homéride, avec son perpétuel l)avardagc é[)ico-niythologi(pu3, est le grotesque du poème sans que Chateaubriand l'ait voulu. Enlin, nul souci en somme de la vérité historique ni de la vérité humaine. Le fond ne compte pas, au rebours des vrais classic{ues. C'est ce que Flaubert disait fort justement à Sainte-Beuve quand il soutenait que Chateaubriand avait fait des « martyrs typiques * », c'est-à-dire d'après une idée préconçue. Il a eu beau voyager et feuilleter ([<; gros livres, son siège était fait d'avance. 11 n'a vu que les décors des pays et des ruines, il n'a songé (pi'aux effets à tirer des

i. Voir VE.ramen des Marti/rs (Oli.iiMlimis lilti'raires).

2. Nous voulons parler de morceaux eoiiime VHijmiie n Diane {!" livre), dunl Chaleaultriand a véritahleiuenl abusé.

3. Celle critique lui fui adressée, dés la iiublicalion des Martyrs, ])!xv Henjauiin ConslanI {Mercure du 3! mai Isl"), cilé par Sainlc-Hcuve, op. cil., Il, p. 5.

4. Corre.ipoiulance de Flauberl, 2" série, p. 23 (à propos de Salamnib<i).

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tL'xles. Des notes de voyage, une niasse énorme de fragments ajustés, voilà ce (|u'il y a au fond des Murtyrs. Mais riniagination de Chaleanbriand fait reluire et flamboyer tout cela : c'est un leu d'artifice tiré sur Teau, — le bouquet final de la littérature classique.

Ajoutons cfue non plus (jue Chénier Chateaubriand n'a pu se soustraire à l'inlluence du milieu. Son antiipie porte très fortement la marciue du style empire. 11 Ta même élevé à la perfection. Ce souffle de Renaissance, cette espèce de joie païenne qui animait les pastiches de l'auteur de VAveugle, tout cela est absent de l'œuvre de Chateaubriand. Ses descriptions antiques, comme sa mythologie, ont je ne sais quoi de raide, il'apprèté, de pompeux et de théâtral. Même le goût ossianesque y pénètre : Cymodocée y apparaît enveloppée de clair de lune comme l'Endymion de Girodet.

Et cependaid, malgré tous ces défauts, malgré le vice fondamental de la composition, les ^]artyrs restent une œuvre aussi haute qu'elle est bizarre. Ce n'est pas précisément l'imagination qui éblouit. L'imagination de Chateaubriand est de second ordre. Elle n'est pas créatrice comme celle de Hugo : elle reflète, elle ajuste et elle anq)lifie. Mais c'est la mélodie des phrases qui cai)tive, ou plutôt c'est l'Ame même du poète. On l'entend chanter dans la musique des mots avec cette infinie tristesse qui s'exhale même parmi les glorieux paysages de la Messénie. Il en est de ces phrases comme des proses liturgiques dont le souvenir obsédait Renan : « Tu ne peux t'imaginer le charme que les magiciens barbares ont mis dans ces vers *... » Le grand lyrique se retrouve à travers tout

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