‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 23 sur 250 · Préface «le V Imagina/ ion · texte numérisé non relu

Préface «le V Imagina/ ion

avec élégance ». suivant le procédé de Boucher et de son école.

C'est ainsi que nous allons voir dans toutes les branches de la littérature et de l'art , au théâtre comme dons la poésie, chez de simples ornemanistes comme chez nos peintres dhisloire et nos sculpteurs, s'affirmer cette idée d'un retour à l'imitation de l'anticjue. comme unique moyen d'ai-rèter la décadence".

Malgré tout, ce niouvenient antiquisanl ne pouvait ni ne devait aboutir : c'a été le suprême effort du classicisme pom- se rajeunir; mais la persistance de la forme et de la discipline classiques allait le stériliser.

C'est une chose étrange et à peu près inexplicable que cette forme se soit maintenue pendant tout le wiii'' siècle et au delà. Si Ton examine en effet les idées et les sentiments dont s'est nourri l'art de cette époque, on vei-ra qu'il n'en reste de classique que l'enveloppe et même qu'il y a contradiction entre la forme et la matière. On veut maintenant que l'art soit utile, qu'il agisse sur les mœurs et les institutions, et l'ai t du xvii^ siècle se contentait d'être un noble jeu de la pensée. Un de ses jjrincipes essentiels, c'était la sévère distinction des genres, — et voici (pie maintenant, sous iirélexte de vérité jtlus grande, on tend à les confondre dans le drame ou la coméilie larmoyante. Autrefois on ne voulait donner de la passion qu'une image idéale, — et les llK-oi-icicns du xviu'' siècle réclament la j)assion dans toute sa violence et lians toute sa crudité. Par un sentiment très délicat et très juste de la haute \al(Mir inlrllcctuelle de l'arl. pour le préserver dun contarl lidji inini<'(lial et toujours un peu

LA RENAISSANCE DE L IDKR l'AÏENNE. 39

avilissant avec la plate réalité, les classi(iiu's lui avaient assigné pour domaine une antiquité lointaine et fabuleuse, — aujourd'hui on veut y faire entrer Thistoire nationale et les mœurs contemporaines. 11 y a même certains sentiments, comme cette mélancolie mise à la mode par Young et par Jean- Jacques, qui répugnent absolument aussi bien à l'esprit tout optimiste qu'à la forme de l'art classique. La conclusion, c'est qu'il faut se débarrasser de cette forme très pure d'ailleurs, mais devenue trop étroite et conventionnelle. Mais on n'osera, ou même on ne pourra pas le faire. Elle est liée à tout un état social et ne disparaîtra qu'avec lui. Tant qu'il y aura une cour, des salons, une sociabilité française, la foi-me classicfue subsistera, comme la mieux appropriée aux mœurs: et quand les mœurs évolueront elles-mêmes à la fin du siècle, une sorte de vanité nationale ou de timidité de goût empêchera d'y porter la main.

En ce qui concerne l'antique, il est trop évident que l'idéalisme de l'art français classique, avec son mélange de rationalisme chrétien et d'habitudes courtoises ou mondaines, y répugnait naturellement. Mais ce qu'il y avait de plus rebelle en lui, ce qui devait étoulTer toute renaissance de l'idée païenne, c'est la discipline à laquelle il avait plié les esprits. En les haljituant à considérer l'imitation comme le grand moyen de l'art, il les avait amenés à n'envisager les œuvres antiques que par l'extérieur, à ne tenir compte que des règles des genres, ou de la rhétorique des styles'. Dans ces conditions, on arrivera bien à faire

I. Noter que Chénier lui-même n'a eu qu'un sentiment très restreint de l'àmc antique. Il n'imite et ne compreml guère ((ue les petits poètes, ceux qui, comme les alexandrins, avaient déjà bien des affinités avec notre xvui° siècle. Dans Homère, il ne voit (pie Vidtflle ou la mythologie et encore, à travers Ovide et les alexandrins.

des pnsHclies. mais l'essence de larf antique écliappera. Le grand cidtede la Heaulé cl de la Divinité des choses ne sera point restauré.

De là l'échec final du niouveiueul aidiquisanl et limpression d'impuissance et de médiocrité qu'il laisse. Pourtant il y a eu un moment où, cfrAce à des concessions réciproques, une sorte d'harmonie éphémère semble sèlre élal)lie entre la vieille l'orme classique et l'idéal nouveau. Mais ce ne lut qu un instant : c'a été les premières années du règne de Louis XM. De même qu'il y a eu un style, il y a eu aussi un homme « Louis XVI ». — le jeune homme de cette génération qui. rornié(> par les (Micyclopédisles et partageant toutes leurs idées, a pu avoir un ntoment l'illusion d'une esiièee de renaissance, ou même de la vérité toute prochaine de 1 Age d'or céléltré par ses philosoi)hes. Il est piiilosophe lui aussi, il est savant. Il s'occupe de chimie avec Lavoisier, d'astronomie avec liailly. d'iiisloir*^ iialurclle avec Hufl'on. Il a la haine ilu lanatisme. le culte ties grands hommes et des sages. Il est i)atriote. l)on citoyen, bon père de famille. Il veut être utile', renoncer à l'existence frivole du courtisan parasite, il encourage l'agriculture, se passionne pour une charrue ou la question des grains. Avec cela, il est sensible autant qu'on peut l'être; il aime la jialure, la campagne, la solitude; il a le goût des arts et les célèbre volontiers : c'est pour lui qucDelille écrit ses Jardins, son Homme des cluuaps et son lma(jination. Malheureusement la politique et les clubs vont bientôt le gâter. Bien avant 89, l'emphase

I. An concours ponr les prix de poésie en 1708, l'Académie française couronna une é[»ilre de l"alj|»é de Lan^'eac : •• Lellre d'un lils parvenu à son pore labourein* ». — Un accessil fut attribué à un M. Le l'rieur pour un poème sur la nécessilé d'clre tililc. VJ. Curresp. litl., Vill. p. lOS.

et le mauvais goût révolutionnaires semblent conjurés pour donner un air de parodie et de mascarade à ces réminisccnres et à ces imitations de l'antique. De sorte qu'il ne restera guère de ces quelques années qu'un aimal)le souvenir et quelques œuvres très légères : des pastorales comme VEstelle et Ncmorin. ou le iV«m« Pompilius de Florian, une idylle comme Paul et Virginie, les poésies d'André Chénier, quelques figurines de Clodion, des panneaux, des vases, des consoles et tout un stvlc dameuMement.

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