‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 24 sur 250 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1. L'érudition fraticjaisc ljéné(icic de ce reloiir à i'anli(Hic. — Poiir(|uoi son influence sur la liltéralure et l'art a été presque nulle. — L'esprit classique lue l'érudition. — Les Bénédictins, l'Académie des Inscriiilions et médailles : esprit de son institution. — Veine de mondanité persistante : les vers latins. — Les premiers mémoires. — Les traductions. — Relèvement dans la seconde moitié du xvui'" siècle. — Travaux et découvertes de Yilloison. — Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. — L'Iiistoire grecque et l'histoire romaine. — Là mythologie. — Développement et progrès de l'archéologie. — La numismatique, l'nblié Bartliélcmy et ses émules. — Influence des fouilles d'Ilerculanum et de Pompéi. — Caylus, Le Roy, (Ihoiseul-Gouflier. — Le Vni/nr/e du jeune Auacharsis en Grèce bilan de l'érudilion classi(iuo.

IL Uapiiorls de l'Académie des Inscriptions avec le gi'and public. — Travaux sur Homère, Pindarc, Théocrile. — llardion cl l'abbé Massieu. — Traduction de Pindarc par (Ihabanon. — Essai, sur Pindarc de Vauvilliers. — La question homérique : Homère excite un véritable enthousiasme.

— Mémoires de Rochefort. — Traduction de Rilaulté, son succès. — Traductions en vers de VlUnde mises au concours par l'Académie française. — Discours de l'abbé Arnauld, séance du 2't août I7"6. — Trailuctions du théâtre des Grecs. — Caylus et la iieinturc à l'encausliiiue, le Recueil rt'anlii/uités. — Publica'ions relatives aux fouilles d'Ilerculanum cl de Pompéi. — Succès mondain du Voyage du jeune Anarcharsis. Son influence sur larl.

m. Tous CCS travaux (wil clé à peu près perdus pour le public.

— Mc[)i'is des gens de lellres pour les érudils. — Les ridi-

Cilles de l'ériidilion. — Influence funeste de l'esprit classique. — L'abus de la petite érudition. — Rôle de l'Académie des Inscriptions au xviiic sièik'.

Ce n'était pas assez de la piiilosoplue et des mœurs pour soutenir ce mouvement de retour à l'antique. Il y aurait fallu comme au xv^" siècle l'apport et la collaboration de lérudition contemporaine. Il n'en fut pas ainsi : Tinfluence des érudits fut insignifiante et leurs travaux, à peu près inapei'çus. Ce sont presque tous de modestes travailleurs n'ayant plus rien de la jactance et de l'ardeur belliqueuse de leurs émules de la Renaissance. Ainsi ils ont fait peu de bruit dans le monde, (pii d'ailleurs était préoccupé à ce momentlà de problèmes autrement graves que ceux de la philologie, de l'esthétique ou de l'histoire.

Au fond, la grande raison de l'espèce de défaveur ([iii les a frappés, c'est le triomphe de l'idéal rationaliste du XVII'' siècle avec ses tendances modernisantes', c'est peut-être le caractère de la plupart de ses représentants qui se recrutaient en général dans le clergé et qui, pour cette raison, excitaient le mépris des encyclopédistes. Mais, cpioi qu'il en soit, il ne faut pas oublier qu'ils ont beaucoup travaillé: qu'ils ont bénéficié comme les autres de ce retour à l'antique et que l'inlluence en est très sensible dans l'orientation nouvelle de leurs travaux.

1. Voir la façon dont, au début même de l'âge classique, Descartes s'exprime sur les lanirues anciennes : « Il n'est pas jilus du devoir d'un honnèle homme de savoir le latin et le f:rec, que le suisse et bas-breton et l'histoire de l'Empire (.'ermain ou romanique. que celle du plus petit état qui se trouve en Europe. » lidit. Cousin, XI, 3il.

Il convient (l'aillrni's d'ajontcM' <(ne réfniiifion est en baisse, chez nous, dcpnis la seconde moitié du xvii" siècle. Les attaques de .Malherbe contre la Pléiade avaient atteiid. la philologie et l'antiquité ellemême. Molière et Boileau en attaquant les pédants et les savants en »s. Port Royal même, en partant de ce principe que léducalion n"a i»our but ipie de former des honnêtes gens '. vont achever de discréditer Térudition. La querelle des Anciens et des Modernes, la pratique et l'abus de la traduction considérée comme un geni'e littéraire-, le triomphe île Ihumanisme superficiel des Jésuites. b)ut cela nexplique que trop la décadence de la i)liilolooie IVanraise '.

Pendant cel\o période d'éclipsé et pendant tout le XVIII''' siècle, deux corps ont ronlriijué à mainlenir l'érudition : c'est la C.ongrégalion des Hénédictins et r.Vcadémie des Inscri|)lions et Ik'lles-Lcttres. On travaillait beaucoup aussi en prf>vince, dans les Académies locales, où il s'est (lt''peiisé une ai'deur vraiment surprenante: et nous ne parlons pas seulement d<'s grandes villes, comme Bordeaux. Nîmes, l>ijon, Nancy ou Strasbourg*, mais de villes de scN-ond ou de troisième ordre connue La nocliellc. ou Moiilauban.

I. Cf. Saiiilc-l'.oiivi'. l'nil-I'wjnl. I. 111. liv. IV (le rliapilrc des Pelitcs Ecoles).

■2. A propos de l'élection à l'.Vcadémio des Inscriptions de Dacier, Irndiictenr des Ilisloires diverses crKlien. Grinuii écrivait : « A mesure (pic le goùl des bonnes études et la connaissance de la liltéralure ancienne diminnenl en France, les traduclions des monuments de l'anlitjuité se inulliplienl et annoncent la c/iule prochaine et totale des langues (jrecque et latine ». Corrcsp. lilL, IX, p. iG2.

3. Voir sur cette décadence le Rapport adressé à >'. M. VEinpereur et Uoi par la troisième classe de rinslilut, ISIO. L'auteur est le baron Daciei", celui-là même doni parle (îrimm. Sylvestre de Sacy en a donni* iinv réi-dition sons le lilre de : Tableau historique de l'érudition franraise. 1X112, iii-S.

i. Strasbourg est un veritalde cenlre d'énidils : (lu'il nous

L(»s Ri'iiédiclins, conloiintMiiont à la règlo de leur institut, se sont surtout occupés d'liistoir(' rt de littérature sacrée. Mais il serait tout à lait injuste d'oublier quan inoiiuMit mrm(> où les modernes ti'ionipliaicMd, (loin Mal)illon puldiait son De re diploinalica (IC>SC)i qui aujourdlnii encore <>st considéré comme un rUri'dieuvrc: C|ue dom Bernard de Monffaucou. doid Téi-udition et le labeur ont été prodig-ieux. donnait sa PaLroijyii pilla grœca (1708), son Diarium U(dkum\ qui contient des notices sur les bibliothèques et les .Musées d'Italie, enfin et surtout son grand ouvrage en quinze volumes in-folio, dont tous les antiquaires du xviii<' siècle ont profité : L'anliqititc expliqude et 7'epr<'- Aentée en figures ( 1710-17:i'f)- ^ 'ic faut pas oublier non plus qu'ils ont réédité et publié le fameux glossaire de Du Gange ^, qu'ils ont véritablement fondé notre histoire nationale, sans parler de leurs travaux sur notre histoire littéraire. Ils formaient « comme une autre Académie des Inscriptions plus modeste et non moins savante^ ». Mabillon et Montfaucon furent au nombre des premiers académiciens et c'étaient cerlainenient les deux membres les plus actifs et les iilus érudits de la compagnie à ses débuts.

suffise de citer Schœpflin, l'auleiir de VAlsiitia illuslrata (I7"il) et de VAlsutia diplomalica (1707), l'helléniste Brunck, — Jean Sciiweif-'haiiser et son fils Gotlfried. — L'Uni versilé de Slrastjourg est très supérieure par son enseignement aux autres universités de France et cette supériorité se maintient jus(|n'à la veille de la révolution. (Cf. Liard, L'Eiiseignetnent .'supérieur en France. I, p. 65.)

1. Diurium italkiim, site monumenlontm veteriun, bibliotltecarum. museoruin. etc. notiliae sinf/iilaî'es, in Hinerario ilaliro colleclae, addilis schemallbus ac fif/uris a H. P. D. llernardo de Muntfaucon, monacho benedictlno, congrer/adonis Sancli Matirl. Porisiis apud Joannem Ruisson, tijpof/raphiae regiae praefeclian, 1702. in-4.

■2. Glossarium mediaeet infimae lalin'Untis, Paris. 107.'^, in-fol. Kilit. des bénédictins.

\^. k. Maury, L'ancienne Académie des Inscriptions, p. 16.t.

Parmi les laïques, il faut placer à côté de Du Gange le jaiiséiiiste Le Nain de Tilleniont avec son Histoire des Empereurs et ses Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles de l'Église '. Mais les laïques sont en minorité parmi les érudits. Au xviii° siècle, presque tous les aradémici(Mis des Inscriptions seront des gens d'Église et d'Université; c'est ce qui explique en partie que Térudilion se soit maintenue : les gens de collège avaient généralement pende contact avec le monde et, par métier comme par tradition, ils étaient intéressés à étudier et à délcndre les deux antiquités. L'abbé Massieu et Vauvilliers, qui s'occupèrent de Pindare, étaient professeurs de grec au Collège Royal. Larcher, le traducteur d'Hérodote, était répétiteur au collège Mazarin; Fourmont l'épigraphiste, Barthélémy le numismate étaient dÉglise.

Peut-être, pour bien comprendre la dn-ection qua suivie l'Académie des Inscriptions au xviii" siècle, fautil insister sur l'esprit de son institution : une chose qui frappe surtout dans le règlement de 1706, c'est la paît considérable qui y est faite aux études archéologiques -. De là. peut-être, en tenant conqde de la faiblesse de la philologie proi>rement dite, la prépondé-

1 . Histoire des empereurs et des autres princes qui ont réf/né pendant les sir prentiers siècles de l'Église, Paris, KVJO-nOi, 0 vol. in-4. — Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles de l'Ér/lisc, Paris, 1603-1112, 16 vol. in-4.

2. Le l'éslemenl disait : <- Elle (l'académie) travaillera encore sans délay à l'explication de tontes les médailles, médaillons, pierres et autres rarelez antiques cl modernes du cabinet de Sa Majesté, comme aussi à la description de tontes les anliqnitcz et monuments de France ». El le réj^lement ajoutait : « Comme la connaissance de ranli(|uité ^irecque et latine et des auteurs de ces deux lan}.'ues est ce qui dispose le mieux à réussir dans ce genre de travaux, les académiciens se proposeront tout ce que renferme cette esi)èce d'érudition, comme un des objets les |(lus dignes de leur application ••. Histoire de l'Académie des Inscriptions, t. 1 (Introduction).

rance, dans les mémoires et les comptes rendus, de l'arcnéologie et de Thistoire sous toutes leurs formes et en même temps la décadence croissante de la philologie classique. 11 ne faut pas oublier non plus que TAcadémie, à l'origine, n'a été qu'un dédoublement de l'Académie française : de là encore un souci du bien dire, une préoccupation du monde, un désir de briller, qui ne s'accordaient pas toujours avec les méthodes sévères d'une bonne érudition. Les premiers éditeurs lie l'Histoire de l'Académie nous avertissent qu'ils ont été obligés d'exclure de leur recueil « quantité de poésies latines et françaises «, qui avaient « agréablement rempli quehiues séances ' *. Cette veine de frivolité subsistera jusqu'à la fin de l'ancien régime et c'est peut-être ce qui nuira le plus à l'Académie, même aux yeux des gens du monde et des littérateurs. Elle se montrera aussi trop empressée à accueillir de simples gens de lettres comme Fontenelle ou Duclos. ou bien des savants un peu minces comme Chabanon ou Daciert qui n'avaient d'autre recommandation qu'un ])etit talen, littéraire et leurs relations mondaines.

Cependant on croirait plutôt le contraire, au moins dans les premiers temps, quand on parcourt les comptes rendus de ses séances : le pédantisme s'y étale, grâce aux recrues abondantes que fournissait l'Université. Il y a trop de dissertations qui sentent la classe et qui n'en dépassent guère le niveau : Querelle entre les partisans d'Homère et ceux de Viryilc, par Boivin le cadet, — Parallèle d'Homère et de Platon, par l'abbé Massieu, — Dissertation sur Vessence de la poésie, par Racine le fils, — Dissertation où l'on examine s'il est nécessaire qu'une tragédie soit en cinq actes, par l'abbé Vatry -. — A côté de cela,

1. Histoire de r Académie des Inscriptions, t. I, InlroiUiclion.

2. Op. cit., 1. p. 176. — II, p. 136. — VI, p. 245. — VIII, p. 188.

tics travaux solides que gà\o un piulaiilisnie naïf, comme dans cclfo plu'ase de Boiviu le cadet, déhul d'une dissertation sur deux vers dHoraee : « 11 s'agit de savoir si celui qui beuvoit ternoslercf/athoa heuvoit neuf coups, ou s'il n'en Ijeuvoit quun ». Ou bien des titres comme celui-ci. annonçant une ('rudition vrlilleuse ou ridicule : » lN)un|uoi les cygnes qui chanlaicnt aulrelbis si bien chantent aujourd'hui si mal ' ». — On encore : » Pour- ((uoi on l'ait ses souhaits en faveur d(> ceux <|ui élernuent - ».

11 va sans dire cju'en général cette lourdeur dans la forme n'enlevait rien au sérieux du fond. D'ailleurs on travaillait beaucou)) à l'Académie des Inscriptions. Hoivin l'aîné, un des plus robustes et un des plus infatigables, s'emportait contre les vacances •' et déclarait qu'il les choisirait pour mourir parce qu'alors il n'avait plus rien à faire. Cependant on ne voit pas qu'au début ce labeur ait été bien fécond. En cequi concerne l'antitjuité classicjue, la critique des textes n'existe pour ainsi dire plus. A peine, de loin en loin, une restitution ou une correction d'après les manuscrits de la bibliothèque du Roi. Mais en revanche beaucoup de traductions : Hardion traduit la quati'ième idylle de Théocrite et la fait suivre d'un discours sur les différentes classes de bergers siciliens '. L'abbé Massieu traduit plusieurs odes triomphales de Pindare ■'. F*lus tard encore Dupuy donnera quelques fragments traduits de Soj)hocle et d'Kuripide avec des remarques critiques ". Mais ce serait tout un travail que dénumérer les li-adiiclioiis dues aux académiciens, depuis celle de Ijibiié (i(-d(»yu

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