‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 37 sur 250 · LA C R I T I O U E ET L A N T I O U I T E · texte numérisé non relu

LA C R I T I O U E ET L A N T I O U I T E

I. IncertiUulcs el contradictions de lacriliqiie : il faut remonter jusqu'à André Ciiénicr pour trouver une vcritaltle théorie (le l'imitation de l'antique. — Voltaire et l'antiquité : les nuinirs, les descriptions homériques. — Ses idées sur la Iraf-'édie grecque : la pompe scéni(iue. les épisodes amoureux. — Le Cours de Uttcrature de La Harpe. — Éloge d'.\ristotc et de Longin. — Définition aristotélicienne de la tragédie. — Sa conception du style. — Ses jugements sur les auteurs anciens. — L'ahlié Barthélémy et le Voijar/e du jeune Anarcharsis : critique Ijeaucoup plus pénétrante. — Jugements sur Homère, Pindare, Aristophane, Eschyle. — Résumé des idées de la critique conservatrice.

n. Originalité de Diderot comme critique : il réintègre le ■■ sens individuel •■, c'est un novateur. U sait passablement le grec et le latin. — Les jugements sur Homère, sur Virgile, sur Eschyle. — W admire les anciens pour de tout autres raisons (lue ses contemporains et il en aime surtout les qualités d'imagination et de pittoresque. — Dans sa théorie du drame, réminiscences du théâtre grec : la simplicité, le pathétique, la décoration, l'ordonnance plastique. — Pourquoi les idées de Diderot n'ont eu presque aucune influence : son respect du préjugé national dans la pratique.

IIL Influence plus grande des historiens. — Goût héréditaire des Français pour l'histoire romaine. — L'histoire à l'Académie des Inscriptions. — Mahly. — Rollin et son Histoire ancienne : son idéal républicain d'austérité et de pauvreté. — Montesquieu, ce qu'il a compris de l'antiquité. — Les grandes scènes de l'histoire romaine. — Rousseau, ce qu'il pense <les anciens. — La simplicité homéri(|iie. — Son culte

piiiir l'iiil irqiie. — InniiLMice de la rhétoricpie de Uoiisscau ■^iir les Draleiirs révoliilioiinaires. — Thoinas el ses FAo(jes. — Ridicules du l)crs()nna^'c. — lUiéloriqni' de collège, son aiiliquité (W. convention.

IV. Ce sont les idées de Thomas el de Honsseau qui s'imposeront. — Le civisme antique. — Pour le reste, le travail cl les idées de la critique seront à |)eu prés perdus.

Il ne s'agit ici que des chefs de file, — de ceux qui, par le prestige de leur talent ou de leurs œuvres, ont pu e.vercer une action quelconque sur l'opinion. Ce qui Trappe tout de suite en eux, c'est l'absence de programme, d'idée arrêtée : on ne sait pas ti'cs bien ce que l'on veut. On accueille avec empressement toutes les nouveautés anglaises ou allemandes , mais en même tem))s la conscience nationale proteste contre cette intrusion d'idées el de sentiments rebelles au génie de la race. Il faut desciMidre juscju'à André Cliénier pour trouver une véritable tliéoi-ie de riniilalion de raiiti([ue. Si l'on se rapi)elle (jue la littérature d'alors est avant tout un instrument de propagande philosophique, on s'explique nueux par cctl<' dis[)arition du sens esthétique proprement dit et par celle incertitude des tentatives litlérain^s. lavortement du mouvement anticpiisant et la faiblesse de la liltératiire en général.

Cependant toute la culture du siècle inclinait à r;inli(pie aussi bien l'art que la pensée et les institutions. Ainsi s'explique cet incroyable attachement à la vieille forme classique du xvii'' siècle, qui en procédait, sans parler de la vanité nationale intéressée à la maintenir. Comme on la sent dégénérée, les uns essaient de la rétablir dans toute sa rigueur et dans

toute sa pcrf<>ction, en la rajeunissant par de discrets emprunts aux anciens. D'aulros — plus radicaux — veulent la supprimer, pour rcmoMler rrancluMuent à ranli(pie. sans nul niclang^e, sans luilic concession au préjugé Tranchais. De là deux courants dans la critique, ceux qui comme X'oltaire, La Harpe, Barthélémy, se bornent ;\ revenir à lioileau en accordant quelques innovations de détail: et ceux qui à l'exemple de Diderot voudra ient bouleverser toute l'esthétique classique et faire entrer dans fart toutes les idées modernes, quelle qu"en soit la provenance, en leur imposant la forme antique, ou en sinspirant d'elle pour autoriser une liberté plus grande. A côté de ces deux groupes, il convient d'en distinguer un troisième, celui des écrivains qui sans èti'c critiques de profession, ou même sans soccuper spécialement de littérature — comme Montesquieu ou Rousseau, — ont créé néanmoins une sorte d'atmosphère favorable au mouvement antiquisant, en exaltant les mœurs et les institutions des anciens.

Li- plus grand tort de Voltaire — critique et littérateur — ç"a été dètre un classique de décadence ', d'être arrivé à Fàge d'homme avec l'épanouissement de la littérature facile et d'en avoir eu lui-même le génie. De là un ton de frivolité et de persiflage insu|)portable. chaque fois qu'il parle de l'antiquité, et avec cela une médiocrité de goût, une inintelligence des grandes œuvres qui diminuent singulièrement son autoi'ilé. Ajoutons enfin (jne pas plus sur la question des anciens que sur les autres il n'est arrivé à fixer ses idées, qu'il s'est fréquemment contredit selon son humeur ou les besoins de la i)olémi(pie, et qu'ainsi on

1. Cf. Faguet, Le dix-huit iême siècle, p. 239; Let idées littéraires de Voltaire.

ne peut tirer aucune doctrine définitive ni de son Essai sur la poésie épique, ni de sa Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne. Cependant, au milieu de toute cette confusion, se détaclient quelques idées auxquelles il semble avoir particulièrement tenu, qui reviennent avec persistance dans ses préfaces ou ailleurs et qui ont eu leur part d'inlluence sur sa littérature et sur celle des contenqjorains.

Il y a un point sur lequel il iia jamais varié, c'est qu'Homère est aussi incomplet et barbare que Shakespeare; que Corneille et Racine « remportent autant sur Sophocle et Euripide que ces deux Grecs l'emportent sur Thespis ' ». Cette réserve faite, il en explique et en comprend Jjien des choses qui échappaient aux modernes, (-'est en cela que ^'oltaire dépasse son siècle. Il vaut d'autant i)lus la i)eine d'y insister qu'on ne relève irénéralcmcnt chez lui que ce qu'on appelle ses « blasphèmes » contre les anciens.

D'abord il justifie Homère des prétendues grossièretés que les Perrault et les Lamotte y trouvaient. Il comprend très bien qu'en un siècle encore Itarbare, c'est la foi'ce physique qui (h'vait exciter l'admiration des hommes '^. Les fortes épaules d'Ag-amemnon ou les pieds légers d'Achille ne le surprennent i)oint. De même il ne s'étonne pas de ce que Nausicaa lave le linge avec ses servantes, ou que les héros de l'Iliade démembrentun bœuf et le fassent cuire : « Charles XII a bien fait la cuisine pendant six mois à Demir-Tocca, sans rien perdre de son héro'isme ' ». Mais tout cela est assez connu, nous n'y insisterons pas. Notons

I. Sur Iloinère, Essai sur la poésie Piii(jiiP. X, '«.jI — Sur Soiiliocle ol Euripide. Dictionnaire p/iilosopltif/iie, I, 420 (édit Tliicssc).

•2. iMuntesquieu fait la niènu' remariiue, Grandeur et Décadence, II.

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