I. l'ivfa.T, I. 1. |.. III
-. Luc. cit., \>. 111. — L"iiilri)(liuliiMi ('>l non iiKiiiis siLrnilicaliM'. Kn voici lu lilre : ■• Nulioiis géiiciaics sur r.irl (['écrire, bur la réalilé et la nccesnilé de cet art, sur la nature des préceptes, sur l'alliance de la philosophie et des arts d'imagination, sur lacccplion des mots de fjoùl et de qénie •>.
classiques, une sorte d'absolu, en dehors de l'espace et du temps. Oue resle-t-il donc, sinon que le Cours de iUtcratxirc soit une sorte de commentaire de Y Art poétique de Boileau. à propos des piinriprdes nnivres de littérature?
L'esthétique classique reposait sur limitation rnisonnéc des anciens et elle s'était constituée sous l'inllence d'.Vristote. La Harpe ouvre son cours par un chapitre sur Arislole et par un cliapilre sur Longin — qui sont de véritables panéiryriques, — comme s'il avait voulu placer son livre sous l'invocation des deux plus grandes autorités critiques des anciens. Il dit d'Aristote : • Aujourdliui même que les |>rogrèsde la raison ont comme anéanti une partie de ses ouvrages, ce qui reste sul'tit encore pour en faii-e un homme prodigieux. Ce l'ut certainement une des tètes les |)lus fortes et les plus pensantes que la nature ait organisées '. » Il rattache en quelque sorte son Cours de litd'rnlure à la Poétique d'Aristote; « ce sera peut-être un fait assez remarquable dans l'histoire de l'esprit humain. qu<'. plus de deux mille ans après (ju'Arislofe eut ouvert le Lycée d'.\thènes. son éloge et ses ouvrages aient et»'lus à l'ouverlure du Lycée français - ».
Il passe ensuite à l'analyse de la Poétirpie. en faisant de constants rap|)ro(hements avec le théâtre et la littérature français-. Sauf sur quelques points, très particuliers, où La Har|)e est forcé de se séparer d'.\ristole à cause de la dilïérence des nueurs et des institutions, il ne fait que conlirmer les leçons du philosophe grec. La conclusion comme chez les classiipies du xvii'' siècle, c'est qu'en sommr le vrai goût moderne doit se trouver conforme;! relui d'.Vtlièncs. .\ristote a
i. Cours de litléraliirp. 1, vol. I. p. 'n 2; Lor. cil.
LA CRITIQUE ET l' ANTIQUITÉ. 8b
raison : « Tout rola est aussi vrai aujounrimi, <[ne du temps où lauleur érrivait ' ».
N'oilà donc les principes do rcsllK'liipic classi(jue repris à leur source et ibrniulés avec autant de rigueur qu'au siècle précédent. \'oyons maintenant les idées l)ersonnellcs de La Harpe, qui n'en sont dailleurs que les conséquences plus ou moins lointaines.
Comme Aristote, comme Boileau. il professe que lart est une imitation de la nature: mais cette imitati«)n, il l'entend exactement comme eux, avec les mêmes restrictions. C'est l'éternel développement de cette grande platitude de Vart jwétique :
Il n'est point de serpent ni de monstres odieu.v Qni par l'art imité ne puisse plaire aux yeux.
Aussi lorsqu'il parle du théâtre moderne, condamnet-il les spectacles violents que l'on commençait à admettre sur la scène française : i Nous commençons à revenir depuis (pielques aimées aux horreurs révoltantes ou dégoûtantes, qui appartiennent à l'enfance de l'art. Les exemples en sont nomijreux et si connus, qu'il serait inutile de les citer ici -. » Mais il y insiste à plusieurs reprises et il est clair qu'il vise les traducteurs ou les imitateurs de Shakespeare, — les Mercier et les Letourneur.
Pour ce qui est de la tragédie — qui le préoccupe surtout, — il reprend comme il fallait s'y attendre la délînitiiui aristotélicienne. Elle a toujours pour but de produire la terreur ou la pitié. Parmi les passions qui peuvent les exciter, il n'ajoute que Vamour malheureux à celles indiquées par Aristote. C'est là une source de pathétique inconime des anciens. « Quel trésor qu'une
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passion à (jiii nous ilovons V.oire. Tnw'nih\ Iws, Avinur cl (|ni'l(|nos autres eiiroi'i" consncivos par ce niérilc parlii'ulicr qui m supplro lanl daulrcs c\ lail par- (lonniM- lanl de l'aulcs. le nuM-ili' «le l'aire répandi'e des laiMues '. « \ (lilà un niêrile Iden banal: mais il est évideni cpie. pour La Harpe eoinnie pour tous les dramaturges i\o Iccole de \'()llaire. e"esl le suprême elïort de larl rpie de faire pleurer.
Pourtant ces passions touelianles devroni (Mre }niryées, atin de ne poini blesser lànie comme ferait le S])eetacle tout eiu de la réalité. La Harpe propose une interprétation, très juste, à ce qu'il semble, de la KiOatpT'.;, et qu'il déclare avoir trouvée dans la poétique de labbé Hatteux : le seul fait de transposer dans l'art les sentiments les plus douloureux de la réalité en ôle l'amertume. Mais La Harpe ne s'y tient pas. I^tanl donnée l'idée un peu étroite que les classiques se font de larl. le caractère aristocratique des passions qu'ils admettent sur la scène, leur défiance à l'égard de toute émotion violenle. on peut dire que La Harpe conserve à la tragédie son optimisme, l'allé est toujours un jeu (ce que Diderot appelle un escamotage de poignarils) destiné à exciter une « pitié charmante » ou une * douce terreur ».
Knfin et surtout il maintient Ja règle des li-ois unités, sans le dire; expressémenl, il est vrai, .\ussi bien elle n'est pas formulée dans .\rislole. mais il res- S(U'I du commentaire qu'en fait La Harpe (pi'il n'y demeure pas moins attaché ipie les classiques.
H condamne les iniK»vali(iiis en ce genre. Comme Hoileau. il criliquf les pièces de Lope de \ «'ga avec la compliealion invraisendilable de leur intrigue. H crilifjiie ('•Lralenieiil Shakespeare : « Oui peiil douler (pie
fie pareilles pi«'ces ne soient hors <ie la mesure conveiialtle et qu'en violant le précepf(> dArislole. on n'ait Idessô le bon sens ' ? »
Ouaiil an style, ce (piil y a de plus étroitement atlaclu'' à la conception même de la tragédie classique, il le veut élevé comme chez les grands maîtres de la scène française (et pour lui, c'est Racine et Voltaire -i. Ce style sera orné de mctnphores et de figures, mais l'auteur n'usera île ces ornements qu'avec mesure, sous peine de pai'ler une langue harhare '. C'est foujours cette conception étrange des classiques, cjue le style est quelque chose d'extérieur à Tidée, une sorte de i)laeage revêtant et cachant la i)auvrel('> du lieu commun.
On le voit donc, voilà la théorie de la tragédie classi(|ue anirmée, encore une lois, dans toute sa rigueni-. La Harpe n'y tient conq)te d'aucune des innovations de \'oltaire. Rien pour les yeux, pas d'action plus i-apide on plus compliquée, pas d'effets de terreur. (Test la théorie de VAit poétique pure et simple.
D'après cela, on peut déjà pressentir de quelle façon La Harpe comprendra les anciens et en conseillera lindtation. De même qu'il ne comprend pas les mépris des moilernes du wii"-' et du xvm'^ siècle pour l'ai-t (>t la civilisation antiques, de même il ne suivrait i)as André Chénier jusqu'à ses dernières conséciuences : sur dea pensers nouveaux, il ne s'agil nnllenieid de fuirc dea vers antiques.
Il faut revenir aux anciens parce (pi'ils ont été les maîtres de nos maîtres, parce que les princijies de leni- art sont les principes éternels du goût. Nous h-ur enq)rnnterons, par exenq)le. les règles de leur tragédie