‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 47 sur 250 · I. 11. oG · texte numérisé non relu

I. 11. oG

parce que cos règles sont dictées par la raison niênie. Nous iniilorons la siuijilicité de leui- style, parce qu'on ne gagne rien à séloigiier de la sinq)licité de la nature. Tout en irconnaissant la supériorité des Français modernes sur les tragiques grecs, La Harpe confesse qu'ils n'ont pu les surjtasser pour la vérité'. Voilà ce que nous devi'ons retenir d'eux, pour le r(>ste nous avons d'autres modèles qui sonl nos classiques li ançais. Il ne s"agil que d'être nous-mêmes.

De là vient que La Harpe, dans ses études sur la poésie antique, n"a renouvelé aucun sujet. 11 est trop convaincu, comme tous ses conlempcu'ains, de la supériorilé de la liltéralure française sur toutes les autres, il est surtout trop imlni des préjugés nationaux de clarté, tlt> U)gique. de p(>litess(\ pour rien comprendi'e aux aiu,iens. Bien (pi'il place Homère très haut, bien qu'il en parle avec un certain enthousiasme un peu déclamatoire, il ne nous dit rien de nouveau: deux phrases de Diderot nous en a|)pr(Mulraient davantage. Il ne compi-end pas Lschyle. ni Lucrèce, ni Aristophane. Pindare est mieux traité; mais ce qui manque toujours c'est l'accent personnel, le point d(> vue original. Même sans ricMi compi-endre au fond de l'épopée ou du théâtre grec, \'ollaire au moins avait parfois des iiduitions de la vérit'-. L'éruditif)n n'y fait l'ien, mais la lai-geur d'esprit ou plus sinq)lement l'originalité. La Harpe c<»nipreii;iil les anciens à peu près comme tout le monde.

Nous n'en dii'ons pas autant de l'ahhé Barthélémy. On a vu i)lus luuit avec quelle ferveui- le public avait accueilli son Jeune Anarlnirsii^. Kvidemment ce qui plut surtout dans ce livre, ce lui la science archéologique si îdiiiable et i)f)Ui'tant si sùi»-. et ce cpi'on y

vit tout d'abord co l'ut une soitc de rrsui rcclioii du inoudc grec'. La partie lillrraii'f a dû l'ti'c uu peu r(li|)sro par la partie' descriptive^. Et pourtant elle est e\l reniement curieuse à lire, ne fût-ce que comme indice des progrès de lintelligence de l'antique au xvMi® siècle. Qu'un Diderot, avec sa forte imagination, ait parfois une vision rapide de la poésie homérique ou du drame d'Eschyle, voilt'i qui ne jtrouve pas grand chose pour le grand public. Mais qu'un érudif honnête et paisible comme l'abbé Bai'thélemy nous parle des poètes grecs comme il l'a fait, c'est ce qui est beaucoup plus significatif.

De la tragédie il ne dit rien de plus que La Harpe. Le cadre qu'il avait choisi l'obligeait d'ailleurs à paraphraser et à développer Aristote, bien qu'il ne se prive pas d'allusions à la tragédie moderne. Ce cju'il y a de vraiment neuf chez lui. ce sont ses jugements sur la littérature grecque. On peut apprécier en le lisant le chemin parcouru depuis le commencement du siècle. Nous sommes loin des impiétés des modernes. Par exemple, Barthélémy ne songe même plus à discuter Homère. C'est un culte accepté. A peine un souvenir dédaigneux des critiques d'autrefois : « J'ai vu reprocher à Homère d'avoir peint dans leur simplicité les mœurs des temps qui l'avaient précédé. J'ai ri de la critique et j'ai gardé le silence-. » Il y a sans tloute bien de la naïveté dans le passage où il essaie de donner à son lecteur le sentiment de l'imagination homérique. Mais on voit qu'il est sincère, beaucoup plus sincère que La Harpe, toujours homme de collège. C'est l'accent d'une franche adnnration et non une rhétorique de commande. De même pour Pindare :

1. Voir en particiilior la réponse du <lic\alit'r de Boufflcrs à Barltiélemy pour sa réception à l'Acadcnue française.

Page 1