Introduction au Voijcif/e du Jeune Anacharsis, I, p. lo
8bi FI.N DU CLASSICISME ET RETOUR A L A.NTUjUE.
parce que cos règles sont dictées p.ar In raison même. Nous imilerons la siiuj)licité de leur style, parce qu'on ne gagne rien à s'éloigner de la sinq)licité de la nature. Tout en reconnaissant la supériorité des Français modernes sur les tragiques grecs, La Harpe confesse qu'ils n'ont pu les sur})asser pour la vérité'. Voilà ce que nous devi-ons retenir d'eux, pour le reste nous avons d'autres modèles (jui sont nos classiques li aiiçais. Il ne s'agit que d'être nous-mêmes.
De là vient que La Harpe, dans ses études sur la poésie aidique, n'a renouvelé aucun sujet. 11 est trop convaincu, comme tous ses contemporains, de la supériorité de la littérature française sur toutes les autres, il est surtout trop imlni des préjugés nationaux de clarté, de logique, de politesse, pour l'ien comprendre aux anciens. Bien (pi'il place Homère très haut, bien qu'il en parle avec un certain enthousiasme un peu déclamatoire, il ne nous dit rien de nouveau: deux phrases de Diderot nous en apprendraient davantage. Il ne compi-end pas Eschyle, ni Lucrèce, ni Aristophane. Pindare est mieux traité; mais ce <\m manque toujours c'est l'accent personnel, le i)oinl d(> vue original. Même sans ricMi compreiuli'e au fond de l'épopée ou du théâtre grec, \'oltaire au moins avait parfois des intuitions de la vérit'-. L'éruditifm n'y fait rien, mais la largeui- d'esprit ou plus simplement l'originalité. La Harpe conqtreii.iil les anciens à \)vu près comme tout le mond<'.
Xous n'i'U dirons pas autant de rahhé Barthélémy. On a vu plus haut avec (pielle ferveur le public avait accueilli son Jeune Anarharsis. Kvidemment ce qui i)lut surtout dans ce livre, ce fut la science archéologique si aimable et pourtant si sure, et ce qu'on y
vil loiU d'abord ce l'iil une socto de i-rsurrcclioii tlu luoiido grec '. La partie litlrrairc a dû ('ti'c un peu rclipsro par la j)ai'li(' (l(>snMplivc. VA pourtant elle est (>xl reniement curieuse à lire, ne lul-ce que comme indice des progrès île rinlelligence de l'antique au xvin« siècle. Qu'un Diderot, avec sa forte imagination, ait parfois une vision rapide de la poésie homérique ou du drame d'Eschyle, voih'i qui ne prouve pas grand cliose })our le grand public. Mais qu'un érudit honnête et paisible comme rabl)é Bai'thélemy nous parle des poètes grecs comme il l'a fait, c'est ce qui est beaucoup plus significatif.
De la tragédie il ne dit rien de plus (pie La Harpe. Le cadre qu'il avait choisi l'obligeait d'ailleurs à paraphraser et îi développer Aristote, bien qu'il ne se prive pas d'allusions à la tragédie moderne. Ce cju'il y a de vraiment neuf chez lui. ce sont ses jugements sur la littérature grecque. On peut apprécier en le lisant le chemin parcouru depuis le commencement du siècle. Nous sommes loin des impiétés des modernes. Par exemple, Barthélémy ne songe même plus à discuter Homère. C'est un culte accepté. A peine un souvenir dédaigneux des critiques d'autrefois : « J'ai vu reprocher à Homère d'avoir i)eint dans leur simplicité les mœurs des temps qui l'avaient précédé. J'ai ri de la criticjue et j'ai gardé le silence-. » H y a sans doute bien de la naïveté dans le i)assage où il essaie de donner à son lecteur le sentiment de l'imagination homéricfue. Mais on voit qu'il est sincère, beaucoup plus sincère que La Harpe, toujours homme de collège. C'est l'accent d'une franche admiration et non une rhétorique de commande. De même pour Pindare :
\. Voir en particulior la réponse du ilicvalier île Boufflcrs à Barthélémy pour sa rccei)lion à rAcadcniie française. 2. Introduction au Vo/jar/e du Jeune Aiiacharsis, I, p. 1û4.
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si Bai'IlK'Ioiny «''lait Iro]) poii porlo pour saisir \c proc«''(l('' essentiel (le celle trraiule iniatiiiialioii lyrirpie, ilu iiHiiiis le pi-(''leii(lu «l(''S(>nli-t' de Pindare ne le choque plus. 11 conipceud rcspèce de poésie (jui entourait lalhlète victorieux; Cftninienl, aux i»Tauds jeux de la Grèce, il devenait le représcnlaul de sa cité et comment, dans son triomphe, la Cité lf)ut entière, avec ses dieux tufélaires et ses héros fondateurs, devait lui taire cortège. Il se rend compte sni'Iou! d<' Tespèce d'enivrement de la Grèce au lendemain des guerres médiques. Il voit que pour bien comprendre Pindare, il faut le replacer dans ce milieu d'héroïsme exalté. 11 indique même avec beaucoup de Jinesse le caractère philosophique et religieux de Toeuvre de Pindare et send)le déjà pressentir en lui le théologien '. Tout cela était siugnlièi'ement neul', du moins comme jugement d'ensendile, non seulement i)our le grand public, mais même pour les érudils.
On voit aussi «pi'ila })arlé dlCschylc eu connaissance de cause, en homme ipii l'a lu dans le lexle et non comme ^'ollaire ou La Harpe en humaniste sui)erlici<'l. 'l'andis Cjue celui-ci ne voit dans VA'jdmemnon cpTun drame « froidement alrrx-e », Harihélemy cite juslement avec éloge ce qui a dû pai'aître le plus atroce h La Harpe, la tirade où Clytemnestre se vante de son criuie devant le peuple d'Ai-gos. Kn général il seid très vivement la Ijeauté de l'imagiualion héroùpie d'Eschyle. Toutes ses critiques sont fort inlelligeuies; ci toul ee (pie l'on i)enl faii-e avec de rinlelligence et de l'espiit joints à un très grand savoir, on peut dire que Harihélemy Ta fait. C'est ainsi, par exemple. f[u'il juslilii- Sophocle des critiques adressées au (h'^iioueliienl (le \'.\,j'tr parles niodei'ues -.