Op. cit., IV
•2. Op. cit., IV, 4G2.
exemples. Or la ti'aprédie est le seul genre sur lequel Voltaire et ses disciples littéraires aient eu des idées h peu près arrêtées. Ils se rendent compte que celle-ci, telle qu'elle a été conslilnée au xvn^ siècle, ne peut admettre aucune compi-omission avec la tragédie antique ou la tragédie shakespearienne, sous peine do ne })lus être, sous iieine de tomijer dans le drame ou même dans le mélodrame. Ils se bornent en conséquence à répéter les préc(^ples daulrel'ois et à ralTerniir la discipline classique qui se relâchait. Pour continuer véritablement les grands maîtres du siècle de Louis XIV. il faut remonter et puiser aux mêmes sources qu'eux — les littératures antiques, — et les imiter comme eux. delà même façon (ju'eux. Anti/Mr.ent l'esprit français abandonné à lui-même retond)e dans SCS pires défauts, lagahniterie, la préciosité, la fausseté du style et des caractères. Ainsi donc, avec quelque chose déplus étroit, la critique, en 1789, est au même point qu'en 1060 avec l'école de Boileau.
Mais par une contradiction inconsciente, Voltaire. î'i la différence de La Harpe, croit pouvoir élargir le moule conventionnel de la tragédie en faisant au système dramatique des anciens quelques emprunts dont nos classiques s'étaient abstenus par un sentiment très juste de la nature niême de leur art. En s'autorisantdu théâtre grec, pour faire une jiari plus large à la décoration et au spectacle matériel, pour ol)tenir un liathéticiue plus « déchii'ant s et aussi en demandant aux Anglais le modèle d'une inti-igue plus mouvementée, — il n'allait rien moins qu'à détruire le fond même de la tragédie classique, qui est le développement psychologique de la passion idéalisée; — et ainsi il s'acheminait sans le savoir vers le drame» romanti(|ue '.
I. CJ. Fagiiet, Dix-lniitième siècle : l'Art lilléruire de Voltaire, p. 2.Ï2.
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l^anui les novalciirs, Diderot se disliiiguc par une l'ohuste oriifiiialité. De tons ses contemporains, personne n'a seconé plus énergiqncment le joug de la disci[)line classirpie. Au milieu tle tons ces piiraseurs, de tous ces beaux esprits de collège et de tous ces garçons de lettres, qui répètent une leçon apprise, il est l'homme de son senlimenl, « un homme à idées s. comme il disait volnntiers. Et ses idées il les a exprimées, avec force, avec chaleur, avec éloquence, avec des élans d'enthousiasme et parfois une véritable splendeur diniagiiiidiou <f d(^ poésie. Il y a chez lui une virililé de pensée qui fait plaisir à voii-, surtout ijuand on le replace au milieu de tous ces littérateurs médiocres, si dénués d'idées, si fermés à l'intelligence de l'art et de la beauté et reprenant dans une petite langue cauteleuse et timide les lieux connnuns les plus usés de la critique classique. Lui. parce cju'il a été quelqu'un et qu'il a osé le dire, il a réintégré le sens imlividuel dans la critique, et c'était toute une révolution.
Avec cela, il a été un causeur d'une inconq)arable séduction. On se laissait aller à l'écouter pendant des heures entières. « J'ai éprouvé peu de plaisirs de l'esprit au-dessus de celui-là. dit l'abbé Moreilet, et je m'en souviendrai toujours '. » 11 imposait ses idées comme son amitié; il fallait être un sauvage comme Jean- Jacques pour se dérober à la domination qu'il exerçait. Rien n'est amusant comme de voir ce bon Allemand de (Jrinim s'évertuer dans sa Correspondance à pasticher le style ou les improvisations de son ami, quand il ne lui
I, Muivll.^t, M^no.ut^s, 11. i-, I2S.
96 l'IN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'ANTIQUE.
Je la sens: et qu'il les rassemble autour du malheureux prince qui lient dans ses mains les pieds de la statue d'Apollon '. » Il faut voir après cela de quelle ration il commenle VI)ivoca(io)i l'i Vénus au I''' livre du De naliirà rerum : « Il l'aiidrait un mur. un édifice de cent ijicds de haut pour conserver à ce tableau toute son immensité; toute sa grandeui', f|ue j(? n'ose me llatter d'avoir senti le premier. Croyez-vous «pie l'artiste puisse rendi'c re dais, cette couronne de ij^lobcs endammés qui roulent autour de la tète de la déesse... ; f|ue l'era-t-il de ces mei's immenses qui portent les navires et de ces contrées fécondes qui donnent les moissons? Et comment la déesse versera-t-elle sur cet espace inlini la fécomlili'' d la vie -1 »
Diderot aime donc les anciens, et pour des raisons bien originales en ce tem[)s-là : d'abord ce sont des peintres et ce sont d(^s sculpteurs, ce sont des artistes : toutes choses dont les humanistes classi((ues ne s'étaient jamais avisés. Ensuite, si ceux-ci les aimaient, c'était pour leur politesse, leur élégance, leur harmonie, c'est i)arce qu'ils retrouvaient en eux des « hoiniètes gens ». Ce que Diderot au contraire en aime surtout, c'est la force de leur imagination, ce sont les })assions violentes des natures IVustes et à dcMui barbares. Voici mi passage vraiment significatif, (jiii est tout plein de réminiscences aidiques : « Quand «'st-ce (pie la nature préparedes modèles à l'art? (-'es! au tempsoù lesi-nfants s'arrachent les cheveux autoui du lit diui père moribond ; où une mère découvre son sein et conjure son fils par les mamelles qui l'ont allaité; où lui ami se coupe la chevelure sur le cadavre de sonanii,... où un pèi-e prend dans ses bras son fils nouveau-né. l'élève vers le ciel et
\. III, 4.SI (é<lil. Ass(val).