‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 8 sur 250 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

Cette communion intime avec la nature et cette divination de sa Beauté, c'est par elle seulement que le classicisme avait pu vivre et triompher. Sans doute, il se réclame de la tradition, il rend hommage aux anciens dieux, il les mêle comme autrefois à la foule humaine. Mais au fond ses seuls modèles, ce sont les réalités éternelles retrouvées sous les apparences, c'est la Vie intarissable et libre...

Au xviii= siècle, il semble que ce grand culte de la' nature soit près de renaître. L'Idée païenne reparaît; on éprouve le besoin d'élargir ses horizons, de faire entrer dans l'art la réalité totale. Mais par malheur les esprits sont sollicités en même temps par des questions d'ordre pratique et cette sollicitation est la plus forte. Il faut combattre et détruire. De là vient que la littérature vraiment vivante de ce temps n'a pas grand'chose à voir avec l'art. Et cependant on a un grand art national à soutenir, on a chez soit d'imposants modèles. De quoi s'avise-i-on alors? De faire ce qu'avaient fait les maîtres du siècle précédent, de revenir aux anciens, et de rajeunir par une imitation plus savante de leurs œuvres le classicisme épuisé. On reprend la forme sévère du xvii'' siècle en essayant de lui donner un caractère plus ànthjue. C'était tout autre chose qu'il fallait faire : ce n'était pas une forme littéraire morte depuis longtemps qu'il s'agissait de ressusciter, c'était une forme nouvelle de pensée qui était à créer. II fallait concevoir autrement les choses, ou l)lulùl il fallait redevenir capables de les concevoir

XM INTRODUCTION.

en artistes et en poètes, il fallait relrouver l'éternelle jeunesse du inonde. (Vesl p(»ur(jut)i on a eu beau s'efï'oreer dans tous les sens, eniiu'unlci- aux anciens et aux modernes les nouveautés les plus audacieuses, — comme la forme ne changeait pas, on n'aboutissait qu'a de perpétuelles redites cl l'abondance de la matière faisait illusion sur sa stérilité. Dans ces conditions, — puiscpu', en somme, on n'avait rien de nouveau à dire, — n'était-il pas plus simple de faire comme les humanistes d'autrefois, de redevenir de parfaits virtuoses i\c la forme, o>i de se borner tout uniment à tratluire ou à paraphraser? Ainsi s'expiicpu' l'effrayante prolixité de la littérature descriptive ou didactitpie de cette époque. Par là, le wni" siècle rejoint le xv" et le xvi*, voire la décadence latine. Comme Stace, on chante des chiens et des perro(pu'ts, on décrit en vers les arts mécaniques. La poésie elle-même est une mécanique particulière avec ses axiomes et ses formules. Mais surtout on traduit, parce qu'alors limitation est plus lidèle, l'habileté technique plus apparente et que tout elfort d'invention de\ienl iniilile. Kl ainsi le classicisme finissant est retourné à ses origines. Né du pastiche et de la traduction, c'est par le pastiche et la traduction qu'il est mort.

Miiilri<l. i:! août IsOtl.

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I. Le paganisme moml.iiii : la mytliologie ilaiis la peintiii'e ilécorativc cl dans la pelitc lilîorature. — Le paganisme philosopliiqnc : les criidils et les savants. — Renaissance

- «le lltlée païenne. — Influence de Ronsseau; il l'evient à la morale anlii]nc. — • Réhabilitation de la nature, les exercices pliysi(iucs et les soins du corps. — Réhabilitation des instincts et de la chair. Le sentiment, l'entiiousiasme el la passion. — AfTeclation ilc la force et de la grandeur. — Les sentiments tendres. — Le xvin' siècle retrouve riiomnie naturel cl restaure la notion de l'individu. — La culture intellectuelle el la manie encyclopédique, la variété des aptitudes el i\r^ connaissances. — Diderot : la Cullure comme Idéal. — Que cette conception nouvelle do la vie acheminait vers les littératures anli<|ues. — Intluence rivale des iiilératures anglaise et allemande. — Les traductions, dans f|uel esprit elles étaient faites. — En somme c'est toujours la forme classique «pii domine le goût. — On demande aux étrangers modernes la même chose qu'aux anciens.

II. Comment on revient aux anciens. — Les philosophes les jugent avec une extrême liberté. — Ce qu'on veut d'abord faire revivre, c'est l'esprit de la culture et de la philosophie païennes. — Réhabilitation de Lucrèce, traductions encyclopédiques. — Le culte des sages, Julien l'.Vpostat, Socrate. — Les moralistes de l'antiquité : Sénèque, Plutarque, Marc-

2 riN itl" CLASSIClï^Mli KT lŒTÛLK A LA.NTHJli;.

Aiinlr. — La moralt' ilu sii-cle si> coule dans la iiiitrali' aiili<|iic. — Le civisme ronail, dilTérentes formes du palrioli>me. — Le eiille des grands iiommes, coiinmnemenl du liusle de Vollairc chez M"' Clairon. — Les récompenses el les couronnes civiques. — (;oncei>lion nouvelle de l'arl : But moral el utilitaire, lettre de (ireuze aux curés de campafrne. — Heclierclie ilu naturel el de la simplicité. — Les anciens reslenl les grands modèles : la mylludogie. — thi essaie de rajeunir 1 1 forme cla>siiiue par la traduction el l'élude des styles antiques. — (iénéralité de celte tendance.

lli. i'ouniutii le mouvement anliquisanl ne pouvait aboutir : prédominance el maintien de la forme el de la disi ipiiiic classi(|ues: elle est liée à tout un étal social. — Cependant harmonie éphémère entre la forme; classique et les aspirations nouvelles sous Louis .\VI : l'homme et la litléralure Louis XVI. — Ce qu'il en subsistera.

(Jiiaiitl on |i;u-((iuil le j)alais cl les jaitliiis ilc \'oi'sailles v\ fiircii iiièine temps on évoque les souvenirs • le liltéraUire el iPart des deux siècles (jui y ont vécu, on peut avoir un moment rillusioii d'assister d'un l»nul à laulre à la même résurrection triomphaide ilu pag'anisme aiilicpie. de l'apolliéose niytlu)loii;ique el du Plaisir divinisé. Mais pour peu (pu* l'on e(Mnpare ses impressions el si, par exemple, on passe de la fJalerie des f^lares au Trianon de Maiie-Antoinelle. on voit tout de suite cpie ce merveilleux dt'Tor n'est pas le symbole iriun' même idée suivant sou développemeid loirique et qu'il laut distinguer les époques qui y oïd l'une après l'autie travaillé : (pielle distance des frestpies de l.elirun aux dessus de porte de .Natoire ou de Paler! .\idanl lallt-gorie du j,Mand siècle est froide et poiH- ainsi dire ollieielle. autant l'auli-e est vivante el familière. Les «léesses et les n\nq>lies s'animent d'une petite vii' mondaine i-t !jr;»"i<Hise, les veux bril-

LA RENAISSANCE DE L IDEE l'AÏENNE. 3

liMil «i intelligence et de malice, de purs |)iolils parisiens s'affirment, les cheveux révèlent la main experte «i"im coilïeur et les attitudes, les lettons dun maître à danser. Toutes ces jolies personnes sont plus ou moins du monde, et. si elles sont nues, on comprend qu'elles n'auraient qu'à sonner leur femme de chambre pour reparaître tout à l'heure en grand habit de cour avec les paniers et les plumes. Qu'on se rappelle après cela les titres des opéras et des romans, les petits vers badins ou érotiipies, et Ton sentira que le paganisme est partout. — un paganisme très cociuet et très maniéré, mais qui n'en est que plus piquant, et d'ailleurs si vif, si séduisant et si joli! Ce n'est plus comme au siècle d'avant une leçon cjue l'on récite, un rôle que l'on joue : puisc^i'on n'a plus d'autre but cjuc de s'amuser ou de donner à son ennui un cadre amusant, connue on ne croit plus à grandchose, on retrouve tout naturellement les façons et les goûts des épicuriens de l'ancien monde, et pour ces voluptueux, la mythologie de la volupté est la dernière religion.

Pour sentir comme elle a concpiis l'art d'alors, il suffit de songera tous ces peintres-décorateurs de la première moitié du siècle, les Lemoyne, les Xatoire, les Boucher, dont les mytliologies riantes et fleuries s'éi)anouissent non seulement aux murs des palais et des vieux hôtels, mais viennent égayer aussi les maisons modernes des gens de finance ' : celte maison moderne, elle est comme le symbole de l'époque, avec ses escaliers, ses alcôves et ses dégagements combinés au mieux du confort et du plaisir, avec ses cheminées encombrées de bibelots de la Chine et de statuettes de Saxe. — La littérature se met à l'unisson: et de

l. Sur Ittiil ci'l.i. cf. Paul M.iiilz, François noitcln^i', Linnoync n Satnirr: Vnvi<. Oiuuilin, 1880.

4 FIN DU CLASSICISME ET RETOUH A l"a.\TK»UE.

loules les divinih'-s \ (>lii|iUu'US('s ilu pagaiiisiiir. c'i'sl ^'élUls snrloul ;i nui rlle adresse son eulte. La déesse renaît vérilahleineid : « (".oniine autrefois de Técunie des mers, elle jaillit de la l(\ir<''i"et«'' d(>s (-(eurs » '. On n'en liniraif pas de citer toutes les leuvri's fragiles qu'elle a inspirtk's. De même que ses peintres, elle a SCS poêles attitrés, les Dorât, les Bertin, les Léonard. On recommence iiidétiniiuent le voyaiie à Cytlière :

Ainunr le Vt'ut, l'floiiriioiis ;i Cvlliore -.

On y fait des ncuntincs ', et on \ dit des heures *. (l'est à elle <[ne sont dédiées toutes ces niidil(''s lihertines (|ui foisonnent dans les vers, ou dans le roman : les Zelis au hain •', les Bnins de Diane ", les Doiioiix île Lacrdémone '. On ne se lasse pas de rimer le Temple de (inidc. On remonte même jusqu'aux anciens pour y dierciier des raffinements inconnus, comme si l'on n'était pas assez riche de son propre fonds : Léonard et d'autres fradtiisent ou paraphrasent le Perviijiliuin Vokj/.v-. On traduit en vers les Hcinèdes d'amour et \'.\il d'aimer d'Ovitle. On revient mènu' au\ latineries modeines : Dorât donne une traduction (h's B'//.sers de Jean Second, dont les irravures d'Kisen font un véritable bijou. La trrave Acadéini(> des Inscriptions elle-même semble se laisser enlranuM' au m(Miv(MU(Md : en 1770, elh" met au

i. Iv. ol.l.ilo (loncouri, L'Art au W III siècle, It" sério. p. 2(m.

'->. Bi'ilin, l'Ucgies, liv. lit. i.

:{. Lu Neiiraiiie dr Ci/llièrc. par .M.irmnnlcl (i"('i."i). cf. Concsp. Un., éilil. Tmnnoiix, VI, 2"l.

4. Les Heures de Cijtlière. par la ((imtessc Tiirpin. on collalioralion avoc Voisonon, l-'avarl cl (iiiiliant {{""fi), (T. Corrcsp. lin.. XI. p. i-ie,.

o. Zélis au Ijoin. pociiic pai- M.i>><iii ilii l'ezoy (n('>:{).

«. Les Bains de Diane, par des Fonlaiiies (l""0).

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