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LA RENAISSANCE DE L IDÉE l'AÏE.WE. ;•>
concours une dissertation sur les atti'ibiits de Vénus '.
C'est qu'en elTet le paganisme <lii xviir siècle n'est pas seulement décoratif ou littéraire, il est dans les niu'urs. One Ion consulte le roman d'alors qui nous n'-véle l'intimité de l'existence, on retrouvera partout ce qui est le fond du paganisme, en ce qu'il s'oppose à l'idée clirétienne. — le culte de la volupté avec le ililettantisnie ou le scepticisme qui en est la consé- (pience. Mais ce paganisme-là, c'est un paganisme de décadence, assez voisin de celui des alexandrins. Son idéal n'est plus la volupté héroïque et un peu brutale de la Renaissance. On ne glorifie plus toutes les énergies naturelles et le type humain, ce n'est plus le condottiere ou l'artiste, c'est l'homme du monde tel que l'a fait la France du xviiie siècle, c'est-à-dire le type de la sociabilité parfaite, avec son goût pour le plaisir facile, les grâces de salon, les conversations et les fêtes.
Vers la seconde moitié du siècle, ce paganisme mondain et à demi inconscient a produit à peu près loid ce qu'il pouvait donner. Notre réputation de frivolité- est faite à l'étranger : il est eidendu que nous ni^ sommes ([ue les chansonniers et les amuseurs de ri'urope.
Pourtant en 1705, l'abbé Barthélémy pouvait écrire au P. Paciaudi : « Ne remarquez- vous pas, mon cher ami, qu'on dit sans cesse que notre nation ne s'occupe que d'objets frivoles et que notre littérature est aussi légère que notre caractère? Je doute cependant que chez aucun peuple on fasse à présent, d'aussi grandes
1. L'acccssil fut remporté par l'al)l)é de la (lliaii, dont la (lissertalion imprimée était une véritable merveille typograplilque, avec un grand nombre de vignettes et de culi^-deiaiiipe et surtout une eslampc d'.Uiguste de Saint-Aubin, d'après la Vénus Anad'jom'ene du Titien,
6 FIN Dr CLASSICISME F-T lŒTOUH A L ANTIQUE.
cnli'opi'isês (|iio chez nous Nous avons à peu près ti-eiite l)L'né(li(.-lins occupés de gros ouvrages, tels que la collection des historiens de la France, la Gallia christiania, la diplomatique, les histoires des provinces, les éditions des Pères, etc. Outre le travail continu des Académies, combien de i)articuliers se livronl à de longs et pénibles travaux! Combien de découvertes dans la géométrie, l'histoire naturelle, les langues orientales! '... » — Barthélémy avait l'aison : à côté de tous ces bavards de salon et de tous ces coureurs de soupers, il y avait d'infatigables travailleurs, dont l'œuvi'e. pour être moins apparente et surtout moins tapageuse cjue celle des gens de lettres, n'eu a été aussi cpie plus solide. La science moderne, du moins dans ses grandes lignes, se constitue alors * : mécanique, physicjue, chimie, géologie, i)hysiologie, psychologie expérimentale, sociologie, — toutes les branches du savoir humain sont cultivées. Les gens de lettres à leur tour se laissent entraîner par le mouvement. Ils songent à une encyclopédie de toutes les connaissances, à une sorte de bilan scientifique du siècle. Comme aussi raniour du plaisir a engendré cliez eux un esprit d'indéj)endance tf)UJours plus susceplil)le, ils commencent à sentir les entraves de la société et des institutions modernes, lis regardent autour d'eux et constatent que Iden des choses n'y sont point selon leur désir, ni selon la raison. Comme eidin lexcès de leur civilisation et de ses raffinements a Uni par les lasser, la corruption des mœurs et la platitude des caractères par leur soulever le cœur de
1. Cr. Corre.tpoudance inédite du comte de Caj/lits avec le P. Pncifiudi t/iéalin, suivie de celle de Vahhé ïiarlliélemu et de P. Mariette avec le mi'tne, !, xxx.
2. Vtiir le cliapitre ilc Taiiu' : L'Esprit et la Durtrine, dans les Orif/incx de la France ranlewpnralne {P Ancien réf/ime).
LA lîKNATSSANCE DE L IDKE PAÏE.N.NL:. 7
(l('>!i:t)rit, — los voilà qui se rpiiiotlout, les uns p;u' tlilellautisuie. les autres avec une sincérité entière, à rêver de l'rutralité, de simplicité et de vertu. Il leur faut un monde nouveau en harmonie avec leurs aspii-alions. non [dus une Salente chiméi'ifpie inventée à plaisir, mais une France réelle reconstruite sur le modèle de la cité antique; et dès lors c'est l'Idée païenne qui renaît avec la même ardeur, sinon avec la même poésie quà lépoque de la Renaissance; et en même temps que l'Idée païenne, c'est une conception nouvelle de la vie qui se fait jour.
En 17 i9, le coup décisif est frappé par Rousseau, iTahord enrégimenté comme les autres et plié aux exigences de la vie de salon. Mais un beau jour la nature fut la plus forte et comme l'outrance était le fond de son caractère, il lui fallut une rupture éclatante. Qu'on ajoute à cela l'influence de la première éducation de Rousseau, son long séjour à la caml)agne, ses lectures de Plutarque, sa traduction de Tacite, et plus tard (sans doute quand il eut fait la connaissance de Diderot) toutes les idées qu'il emprunta à Sénèque '. Son premier fond, ce sont les lieux communs de la morale antique, — les invectives contre le luxe et la richesse, l'éloge de la vie frugale et pauvre (les Spartiates, la science déclarée inutile et vaine, les arts corrupteurs, l'exaltation du sage cjui trouve dans la vertu le bien suprême et la cjuiétude de Tàme, — toute la substance des F/e.s parallèles, du De moi'ihus Gcnnanoruin. et des Letlres à Liiciliu>i. Ou'on se rappelle
1. On sait que Hoiisseau ti'a(hiisil un livre de Tacite en 173i (cf. Cunfess.. liv. VIII). Quant à Sénèque, c'est sans doute Diderot qui hii en donna le f.'oùt. Il le cite dès 17 i" dans sa corresiiondance (cf. Lettre XLI, février 1747); il traduit l'yi/^oloki/nfosis, on ne sait à quelle date. Mais il n'est que de parcourir le Discours sur les sciences el les arts pour voir tout ce que Uousseau a dû à Sénèque, à Tacite et à Plutarque.
8 FIN DU CLASSICISME Ei RETOUR A L ANTIQUE.
(Mifin que les humanistes du xv<= siècle avaient- commencé, eux aussi, par remet tre en lioiuieur les pr»''ceptcs de la sagesse aMti(|ue '. — Sans doute le Discours couronné })ar l'Académie de Dijon ne l'ut pas rexi)ression complète de lldéal nouveau, mais il l'ut la déclaration de guerre la plus énergi<pie contie l'état (h> choses actuel. Les idées des philosophes vont s'ajouter h celles de Rousseau et les corriger. Il s'agit, connue au temps de la Renaissance, de renouer la tradition païenne dans son sens le plus large, en Taisant la i)arl de toutes les aspirations modernes: mais il s'agit avant tout de retrouvei- l'homme naturel et de le rétablir dans ses droits.
D'abord le monde, comme la religion, avait l'i'appé l'homme dans son corps. Si lune le représentait comme vicié dès Torigine par une souillure mystérieuse, l'autre en surveillait et en condamnait les tlémarches et lesmouvenienls les i)lus naturels, comme autant de dérogations aux convenances. Il en arrêtait l'expansion, il en gênait le développement par les mille entraves du savoir-vivre, de la toilette et de la mode. Il faut en finir avec ces erreurs, et, remontant juscpi'an principe, Rousseau ouvre son Emile par cette déclaralion tranchante : « Tout est bien sortant de la main de Tauleur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme », Voici rpie Didei'ot lui l'ait t''cho : « La nature humaine est donc bonne? — Oui. mon ami. cl 1res bonne.... Ce soid les miséi-ables conventions (pii peivertissent l'houMue el non l;i nainre humaine (piil faut accuser*. » — On doil donc cnlliver son cfu-ps. aider au dévelop])enuMit de ses l'onclions et de ses inslincls, et toid d'abord (-liez la femme, i)uisque c'esl d'elle (pie
1. Bornons-nous à ra[)|iok'r la voj.'iio <|ii livi-c îles Adat/ct (l'Iùvisnio. tout au <l(''liiil de la Honaissam c.