‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 86 sur 250 · Lettre du 't août !7.'i · texte numérisé non relu

Lettre du 't août !7.'i

i:U KIN nu CLASSICISME ET RETOUR A L ANTIQUE.

ans après il écrivait au mriiio Lckain : « Puisque vous osez enfin observer le costume el étaler sur la scène une pompe convenable, soyez sur que votre spectacle acquerra une i>ran(ie supériorili'' ' ». Mais ce sont là (les j)olitesses : Voltaire est loin de lentiiousiasme do Diderot, qui disait dans sa tlissertalion De la pocaie drainali'jue : « l'ne aeli-ice courageuse vient de se délaire du panier el personne ne la trouvé mauvais. Kllr ira plus loin, j'en réponds. Ah! si elle osait un joui- se montrer sur la scène avec tonte la noblesse et la simplicité d'ajustement que s(^s rôles demandcnl. disons plus, dans le désordre où doit jeter la i)ert(^ dnn lils cl les autres catastrophes de la scène traij-ique, cjne deviendraient autour d'une femme échevelée toutes ces poupées frisées et pommadées? ^ »

Feul-èlre au fond était-ce ^'oltaire qui avait raison : c'est de la i)ompe — comme il disait — bien plus encore que de lexaclitude qu'il faut à la tragédie classique. Que ne dirait-il pas de la mise en scène actuelle, avec ses prétentions à la couleur locale! Il est probable qu'il protesterait contre la mesipiinerie et la froideur de la décoration, et surtout la contradiction trop forte (piil y a enire le costume el lespril des rcMes. Si au xviii'' siècle on était choqué de linvraisemblance des costumes, c'est qu'on voyait dans Andromaqne et dans Clnaa les Grecs et les Romains de Ihistoire et non les héros de Corneille et de Racine. On ne pouvait donc pas comprendre qu'à ces êtres tout idéaux, il fallait également un costume idéal. Le seul ridicule était de jouer ces rôles avec l'habit de cour ou l'habit de ville, comme il arrivait trop fr«''quemment alors '. Mais je ne vois pas ce cpie « l'habit

\. Lrllre du i aoûl l"."i.s.

i. Dp la iioés'w t/rainalique. Vil, p. ^t.TJ.

:!. (!!'. Ailiil|ilii' .liillicii. Hislniic (lu t'iisluine (u( llu'-àlre. p. 20.

LE THEATRE ET LIMITATION DE L ANTIOIE. l'io

h la roniaino » du \\ rr' sirclo — mrme avec le cliapeau el les lïaiils — avait de (irplaet- dans la tragédie classique '. \'(>ici mie desci'ijiliuii d'iin (•(isliiiiie de conn'-- (lien d'après ^^'alteall, et j'avoue ((uil niest impossible d'en »''tre choqué : « Il est coille dune perruque à la Louis XIV, surmontée d'un chapeau carré au formidable plumet, et habillé d'une cuirasse en passementerie à arabesques Louis XIII, avec des aniadis aux manches et le tonnelet-jupon à découpures et à frantres. sur le côté i;aucli(^ duquel est accrochée une petite épée en verrouil, et il est chaussé de bottines au revêtement de fourrures, à talons carrés -. » A la tin du xviir siècle, M'" Dumesnil jouait Athalie avec une coiffure à panaches et une robe de soie verte à panier d'une extrême richesse '. et j'avoue encore que cette mise toute conventionnelle me paraît infiniment plus « pompeuse » — ce qui est l'essentiel — qu'un pseudocosfimie grec on même que le costume juif véritable *. Théophile (Jautier et Taine, dans deux passages fameux, me paraissent donc avoir en grande partie l'aison lorsipi'ils blâment le costume historiciue dans les tragédies de l'ancien répertoire. Leur seul tort est (le réclamer le costume de ville ou le costume de cour du xvii'= siècle, au lieu de Vhah'it à la romaine. Il est certain (pie la tragédie classique, telle qu'elle est représentée de nos jours, a quelque chose de miséral)le el d'éhicpié qui confine au grotesque. Bien n'est

I. l'oiu" la (ii's* riptioii do ce cdsltiiiK-, voir I^udovic Celler, Les décors, 1rs cuslumes et la mise en scène au xyu*" siècle. — Ail. irEugoiic I.amé dans I.e Présent, l'ô octobre ISoT.

i. K. de Goncoiirt, M'"' Clairon, p. 123 (note).

3. Cf. Lovachcr de Chamois, Costumes et annales des grands thénlies de Paris, vol. I, pianciie 43.

4. \a' cosliimc acliii'i di-s Juives alî-'ériciines est en iiartinilier «rune grande rifiiosse. mais est loin de prodnin' le même elTet i|Me le coslnme de fantaisie de -M"" Dumesnil.

lugubre comme ces grands vestibules tout nus où grelottent deux pauvres acteurs en tunique ou en peplos. C'est une piteuse mascarade qui tourne autour d'un*» tragédie olassi([ue. De celle-ci, il ne subsiste presque plus rien : lillusion scénique. comme le sens !itt«''raire, s'en est allée.

Il convient de dire cpu» M"« Claii'on, qui inaugura la réforme, se préoccupait beaucoup inoins de l'exactitude historique du costume que de sa convenance avec la situation. Ainsi, par exemple, il ne convient pas qu'Electre, réduite à la condition d'esclave, se présente « en habit coideur de rose garni très élégamment en jai noir ^ ». Elle estime d'autre part que « le costume exactement suivi n'est pas praticable : il serait indécent et mesquin. Les draperies d'après l'antique dessinent et découvrent trop le nu : elles ne conviennent qu'à des statues et des tableaux ^ » On voit donc qu'il y avait encore loin des innovations de la grande tragédienne à ce que nous appelons la couleur locale. D'ailleurs les comédiens, qui avaient de riches garde-robes à utiliser, blâmaient cet abandon des traditions et — il faut bien le dire — la [)lupart ne comprenaient pas le sens de la réforme ■'. Ce sont donc plutôt des tentatives isolées et plus ou moins heureuses, qu'une méthode systématiquement suivie, que nous avons k constater. Mais pourtant, du jour où l'on vit paraître M"<= Clairon, dans VKlectre de Crébillon. « en robe noire sans paniers et sans garniture, des cheveux naissants et non poudrés, un œil de poudre, pas de rouge et des chaînes* », on peut dire

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