LES « POET.T, MINORES
I. La décadence : inédiocrilé des poêles. — Labbé Delille. type du décadent classique. — .\bsence d'idée. — La manie de la polémique. — Le sens de la poésie est perdu, triomphe de lesprit cartésien. — Progrès de l'esprit bourgeois: vulgarité, grivoiserie, platitude, grossièreté, inintelligence de la Beauté, culte de lutile. — Les littérateurs veulent être du monde, les succès de salon, les lectures publiques. — La recherche du morceau à elTet. décousu de la composition.
— Comment on revient aux anciens et de quelle façon. — Les vers latins modernes, le goût « jésuite » en poésie. — On aboutit à la paraphrase ou à la traduction.
IL Les descriptifs : influence de Thomson, les sciences de la nature, satiété de la littérature dramatique. — Gomme on traite les mêmes sujets que les anciens, on est amené à les imiter. — Les Snisons de ?aint-Lanibert: il n'a qu'une intelligence médiocre de l'antique. — Les imitations de Lucrèce et de Virgile. — Les Fastes de Lemierre; il s'inspire d'Ovide; insignifiance et modernité superficielle de son œuvre. — Delille le grand poète descriptif, les Jardins, VHomme des Champs ou les Géorgù/ues françaises. — L'actualité, la banalité distinguée: Delille fabricant de vers latins en français.
— Sa langue, sa versification. — Culte de Virgile. — Les Mois de Roucher. c'est un véritable tempérament de i»oèle. — Mais son œuvre est manquéc : fausseté du poème didacticoscientifique. — Qualités sérieuses de Roucher, son travail, ses connaissances scientifiques, sa connaissance approfondie du latin. — Sécheresse et [irosaïsme. — La versification, \>style et la langue. — Roucher et André Chénier. Ils abonlissenl l'un et l'autre à la mosaïque et à la traduction.
III. La traduction en vers. — Les Géorf/iques traduites par Delille, actualité de l'œuvre. — Ce qui manque à Delili'
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comme trailiicleur et comme lalinisle. — Sa méthode de trailuclion : il conlinue les traduclciirs du xvi° et du xvii= siècle; il francise Virgile. — Préoccupations mondaines de Delille : les Géori/iques sont le clief-d'iL'uvre de la traduction classique; il met Vlrtrilc à la mode. — La traduction en vers au xvui" siècle.
IV. La poésie lyri(]ue : n"est guère rcprésenlée t[ue par Leljrun Élrangelé du personnage. — Idée qu'il se fait de son rôle Lebrun et André Cliénier. — Sa poétique, ses Réflexions sur le génie de l'Ode. — C.uUe vague de Pindarc. — Le poète conducteur de iieuples. — Le travail du style, le " style créé ». — Imitation maladroite des métaphores de Pindare. — Les images violentes, les imitations et les traductions de Lebrun.
V. Conclusion : stérilité poétique presque complète, dénùment (finvention; le vers latin et l'amplilication. — On n'étudie les anciens que par l'extérieur. — Le style est l'unique préoccupation. — Mot de Rivarol à Ghénedollé. — La chasse aux expressions.
Si le théâtre par sa constitution même était voué à une irrémédiable décadence, on pouvait s'attendre, dans la poésie, à une renaissance grandiose de l'Idée païenne. Il n'en fut rien pourtant, et les raisons en sont innombrables.
D"abord — de même que l'énergie et la sève poétiques semblent taries. — il n'y a plus, comme au xvi'' ou xvii« siècle, de ces individualités puissantes, qui rallient autour d'elles les idées et les volontés de toute une génération. Il n'y a plus de grand poète, plus de chef d'école, — ini Ronsard, un Malherbe, un Hugo. En revanche, ou a une loule de petits versificateurs métiiocres et même à aucune époque res[)èc(' n'a pullulé davantage : ce sont des gens du monde, comme Saint-Landjcrt, qui l'ont des vers en amateurs; des abbés de cour, comme Bcrnis, de plats intrigants comme Marmontel, des gens de collège comme La
166 FIN nu CLASSICISME ET RETOUR A L ANTIQUE.
Harpe ou Delille. Pour la i)lupart, la littérature n'est quun nioycMi de se lautller ilans le nioutle : le modèle, le type du poète d'alors, r'est lahhé Delille, * l'abbé », comme on disait.
Il était petit, myope, laid, « la ligure en ziy-zag ' ». Ses élèves, au collège de Bcauvais. rappelaient « écureuil » ou « sapajou » ■-. Néanmoins très coquet, aimant « à voir un lieau l)as de soie noire dessiner sa jambe Une et bien tournée ' ». Au ui<ii"d. voici de lui un portrait très flatté, mais qu'il <'st facile de remettre au point : « Uien ne peut se conq)arer ni aux grâces de son esprit . ni à son feu, ni à sa gaîté, ni à ses saillies, ni à ses dis|)arates. Ses ouvrages mêmes n'ont ni le caractère. ni la physionomie de sa conversation. Quand on le lit, on le croirait livré aux choses les plus sérieuses. Kn le voyant, on jurerait qu'il n'a jamais pu y penser; c'est tour à tour le maître cl l'écolier. Il ne s'informe g.uère de ce qui occupe la société: les petits événements le touchent peu; il ne prend garde à rien, à personne, pas même à lui. Souvent n'ayant rien vu, rien entendu. il est à propos; souvent aussi il dit de bonnes naïvetés, mais il est toujours agréable... Son àme a quinze ans, aussi est-elle facile à connaître, elle a vingt mouvements à la fois et cependant elle n'est point inquiète. Elle ne se perd jamais dans l'avenir et a encore moins besoin du passé '... »
Quoi ({n'en dise l'auteur, c'est bien ainsi qu'il apparaît dans ses livres : léger, étourdi, la tète vide d'idées ^. Mais il a tout de suite attrapé le Ion du