‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 96 sur 250 · Roucher, op. cit., II, ]). ii'jlt · texte numérisé non relu

Roucher, op. cit., II, ]). ii'jlt

4. Cf. Corrcsp. lilt.. XII, p. I'J:2. (La tirade est reproduite tout au long.)

il 1111 bien haut dcgir. Poiii'tant au xyii"^ siècle, la poésie (le la passion et du sentimeni, la poésie de Tidée religieuse avaient inspiré de grandes o'uvres. Aujourdhiii la science atoul desséché, grâce au progrés continu de Tesprit cartésien '. (|ui est éinineniinent resi)ril d'analyse. La seule poésie doul cette époque lut capable, c'est celle (proii trouve dans les comédies de Marivaux, qui ne sont que de délicates et spirituelles analyses légèrement teintées de sentimcntaliti- un peu mièvre. Mais on rêve quelque chose de plus haut. On veut être savant ; et il faut bien avouer qu'il y a quelque noblesse dans ce goût de la science. Le grand tort est de ne pas distinguer les limites de la science et de la poésie et surtout d'être si peu poètes. Veut-on savoir leurs sujets de prédilection à ces descriptifs et à ces lyriques? — Lelirun débute par une Ode sur les causes physiques des tiemblemenfs déterre *: MalfilAtre, par une Ode sur le soleil fixe au milieu dts planètes ■'. Lemierre célèbre Vlllililê des découvertes faites dans les sciences et dans les arts sous le règne de Louis XV *. Delille éci-it une Êpitre à M. Laurent, â Voccasion d'un bras artificiel <jiiil a fait j)Our un soldat invalide "\ Et nous ne citons que les plus étranges de ces élucubrations; il n'est que de feuilleter un recueil de ce temps pour trouver (mi abondance des développements tout semblables.

Si maintenant nous passons d(>s titres au contenu

I. Appelons-le ainsi, pliilôl que Ve.<iprU d'a/ialijsc. Cehii-ci est iiarfailemcnt conciliable avec la poésie. (VA. Paul l$uurgel. Essai de psijcholoijie coidemporaiiie, V série, p. J87.) .\u eon- Irairc, Dcscarles se refuse à comprendre tout ce (|ui n'est pas la science : son ili-rlain i)i>iir ranlifiiiiti'-. pour la lliéolopie, pour riiisloire.

•2. Liv. I, o3. IV.

A. .Maidlàlre, l'oésies diverses (ihm^ \csl'etils Poi- les français, par l'rusper l'oilcvin, l'aris, Didol).

l. Loinicrre, Petits Poètes frunçriis, I. I. p. :il.3. Delille, Œuvres, édil. Micliaud, I, p. 2!!.

LES « poeï.ï: minores ». 171

des œuvres, nous voitoiis que le lexte est étoulïé par le coninicntaire scieiililique. Les Mois de Rouclier offrent peut-être le plus bel exemple. On trouve de tout dans ses commentaires : de la piiysique, de la chimie, de la iréoloiïie. de la l>otani(jue. de la médecine, de la mythologie, de Thistoire, de la philosophie, de l'économie politique • et même de la poésie. Citations copieuses, longues discussions, on peut prendre un chant au hasard-, on y retrouvera tout cela. Delille lui-même, si mondain, si su[)erllciel, liour-rc le commentaire de ses Géorgiques de tout ce qu'il sait d'histoire naturelle et d'économie rurale. Ce qu'il y a de pis, c'est que le commentaire est généralement supérieur au texte, qui est vague et déclamatoire, sans compter que dans le commentaire on peut se permettre de plus grandes hardiesses, avec l'espoir que la censure n'ira pas les y chercher. On comprend que Bulîon préférât sa prose à tout ce fatras de vers pseudo-scientifiques. Noyés par le comnicnlaii'c cl siirloul si paies (^t insignifiants

1. Roucher, d'ailleurs, Iraduisil lu livre d'.Vilain SiiiiUi sur La nature et les causes de la richesse des nations, 1790.

2. Voir, par exemple, le commentaire du V chanl : d'abord une noie abondante sur le mois de juillet dans le calendrier romain. — Puis une dissertation de près de IS pages in-i° sur la poésie hébraïque. — Une remarque de La Condamine sur les sinuosités des fleuves à leur embouchure. — Note sur les dilTérentes espèces d'ambres. — Note sur l'ébénier noir. — Note sur la pèche des perles dans le golfe Persique appuyée do l'autorité de Chardin. — Note sur la composition du diamant. — Note sur le lézard et le crocodile, sur le phoque, sur l'ours, sur le castor (très longue), d'après BulFon. — Note sur les glaciers, d'après VEssai historique et physique des montai^nes de glace en Suisse, par M. Jean-Georges Altmann, et Vllistoire naturelle des (jlaciers de Suisse, par M. Gronner. — Notes sur les crues du Nil, — sur les sources, l'origine el le cours de ce fleuve, etc. — Voir aussi le commentaire des Saisons de Saint-Lambert, que Diderot trouve très ennuyeux. On frénul à l'idée de ce qu'aurait été le commentaire de VUermès d'.\ndré Chénier.

172 l'IX DU CLASSICISME ET RETOUR A L ANTIQUE.

à coté, on se demande à quoi ils servent; il vaudrait assurément mieux s'en passer.

Une autre cause de médiocrité pour cette poésie du wiii^ siècle, (:"a été les progrès et W triomphe de l'esprit bourgeois. Il faut l'attribuer principalement à la disparition de lidée chrétienne', avec tout ce qu'elle avait mis de noblesse et d'héroïsme dans les àmcs et dans la littérature de répoijuc antérieure : on a redit assez depuis Chateaubriand combien le christianisme ajoute aux sentiments naturels. Le paganisme renaissant qui s'y substitue tombe malheureusement dans des ûmes bien médiocres. Les poètes de ce temps ont tous un fond de vulgarité et ils deviennent facilement grossiers, comme d'ailleurs les plus grands écrivains du siècle, les Voltaire, les Rousseau, les Diderot. Ils se délectent en d'invraisemblables paysanneries, — si peu sincères, si complètement dénuées de poésie et qui n'ont même pas pour elles l'imprévu de la nouveauté! Virgile et Lucrèce chantent les amours héroïques du cheval : eux, ils versifient les plus banales aventures de la saison des foins. Et ce n'est pas une fois; visiblement ils prennent plaisir à ces polissonneries-. Ou bien ce sont des histoires d'une sentimentalité grossière : un berger qui sauve sa bergère sur le point de se noyer, — le vieillai'd Polémon qui chapitre Damon, son seigneur, pour avoir voulu suborner sa fille ^.

Je suis vieux, je suis pauvre cl vous ui'ùlez riiouneur!

\. Cf. E. Faguct, IH.i-huiliéme siècle (Introduclion).

•2. Voir, ilans Les Saisons de Sainl-I.amberl, ré|)isode de Chloé cl de Sylvandrc, où l'on trouve ces vers invraisemblables :

Au boni d'un frais ruisseau, Cliioi'i tiuiidc et tendre Ojijiosnil In pudeur aux transports Je Sijlvandre.

IMiis loin, rii|»isoile de Dainon cl de Lise (l'Kté). 3. Sainl-Landjerl, Li-s Saisons (l'Élcj.

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