‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 98 sur 250 · Cf. Les Mois, t. I, p · texte numérisé non relu

Cf. Les Mois, t. I, p

:i. « Je me suis horné aux usa^res quels qu'ils fussent qui étaient susceptibles d'être ornés par la poésie. Qu'aurais-je pu tirer en elîel de poétique de l'usage des Pénitents bleus ou I)lancs, si longtemps suivi dans les provinces méridionales? » etc. {Les Fastes, Avcrlisscment.)

174 l'IN DL' CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.

prendre la boautr pour cllc-mrnic : le grand art idéaliste du xvu'' siècle est donc lettre (lose pour eux. Ils en conservent niachinalenient la foi-nie et ils la remplissent d'idées étraui^ères k l'art — couplets patriotiques, réalités des plus vulgaires, niaiseries sentimentales, tout le demi-réalisme des bourgeois. Dorât écrit un poème sur Vlnoculnlion, ('olardeau sur le Patriotisme ou sur Vue ddinc qui allaile non enfant; un autre chante le Pain bcnit. un quatrième, le Pain mo//<'/ ' ; mais c'est dans l'héroïde surtout (jue la sentimentalité ridicule du siècle se donne carrière. On ne s'en dégoûta pas, malgré la surabondance de la production. Je relève des titres au hasard : Julie, fille d'Auguste, à Ovide. La Vestale Claudia à Titus. Canacéc à Macarèe, Zeila, jeune sauvage, à Valcourl, officiel' français, ce qui appelait la Réponse de Vakourt. officier français, à Zeila, jeune sauvage'^.

L'art du xvii^ siècle, l'orme et contenu, est devenu trop haut pour eux. De même qu'ils le veulent platement réaliste, ils le veulent moralisateur. Tout autant que le théâtre, la pot'^sie d'alors prêche consciencieusement la vertu; et c'est peut-être ce qu'il y a de plus odieux dans toute celte rimaillcrie : Saint-Lambert, à la lin des Saisons, présente le portrait idéal du seigneur de village : il apaise les querelles, donne des conseils, prête au paysan « le secours de ses lumières »; il est l'arbitre du canton, le défenseur de la veuve et de l'oi-phelin. D'autres sont encore plus pratiques et riment

i. Corresp. lllt., W, 452; V, 38; 111, 273; VI, 2i9.

2. VA. ibid., IV, 143; VII, 5IU; V, l"4; VI, 4G8. L'e.xlraor- (lin.Tirc fortune de l'Iiérouio doit s'axpliquer sans doute par l'erij-'onement du pui)lif pour la correspondance amoureuse de la SouiK'lle Héloi.se, les Lettres portugaises et les nombreuses imitations qu'on en fit. Celle inlluence parait beaucoup plus si-rieuse que celle de Pope, modèle du freni'e, dont l'olardeau Iroduisil riiéroïde d'Uéloïse à .ihélard (l"58).

LES <• POET.K MINORES». llo

tout iinimont des vers sur la ncces^itr (Têlre utile '. A toutes ces raisons de médiocrité, s'ajoute la lascination du monde sur les écrivains. Il n'y a ij^uére que Rousseau, qui ait aimé sincèrement la solitude. Bouclier, qui la célébive, était i-etenu en province par les obligations de sa charge et Taisait de nécessité vertu. Jamais la littérature n'a été plus mondaine : on s'arrache Delille. Houcher arrive du tond de sa province, pour lire les fragments de son poème. La Harpe est non seulement mondain, mais homme à bonnes fortunes « bien poudré, en habit de velours noir avec sa veste dorée et ses manchettes de filet brodé-». En même temps qu'on est du monde, on ne travaille que pour le monde. Les lectures publiques recommencent, comme au temps de Pline le Jeune : Delille a lu ainsi presque tous ses ouvrages avant de les publier. Boucher excite un véritable enthousiasme en lisant des morceaux des Mois^. La Harpe va de i)orte en porte lire son drame de Mt'lanie. On sait que ce sont les salons qui firent le succès de Paul et Virginie; et ce sont eux encore qui lancèrent le Voyage du Jeune Anacharsis. La mode s'étend jusqu'à l'Académie : un discours en vers de Marmontel est le complément attendu d'une séance de réception : Discours sur l'éloquence pour la réception de M. l'archevêque d'Aix, Discours sur l'histoire pour la réception de M. l'abbé Millot, Discours sur l'espérance de se survivre pour la réception de M. Ducis. L'habitude se généralise de plus en plus, parmi les académiciens, d'apporter à leurs confrères la i)rimeur de leurs œuvres : c'est ainsi que Delille déclama deux morceaux de l'Homme des champs à la réception de .Malesherbes '. 11 devint

1. Par le Prieur, avocat au parltMiient. Cf. Corresp. lilL, Vlil, ItJX.

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