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m CHAPITRE IV
contre Voltaire qui tenait sous son empire même les rigoristes et les zélés, et qui par sa présence condamnait à une sorte d'exil le plus éloquent des fils de Genève. Voilà la plaie sanglante que l'on montre enfin : « C'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable ; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants et jeté dans une voirie, tandis que tous les honneurs vous accompagneront dans mon pays. » Mon pays ! voilà le cri de la passion jalouse. Au pasteur Vernes qui le rappelait dans sa ville natale : « Que deviendrais-je, écrit-il, au milieu de vous, à présent que vous avez un maître en plaisanteries qui vous instruit si bien! Vous me trouveriez fort ridicule, et moi je vous trouverais fort jolis : nous aurions grand peine à nous accorder ensemble ^ » A Moultou qui avait osé prononcer dans une de ses lettres le nom abhorré il répond par ces mots empreints d'une sorte de délire : « Vous me parlez de ce Voltaire? Pourquoi le nom de ce baladin souille-t-il vos lettres? Le malheureux a perdu ma patrie; je le haïrais davantage, si je le méprisais moins. Je ne vois dans ses grands talents qu'un opprobre de plus, qui le déshonore par l'indigne usage qu'il en fait. 0 Genevois ! il vous paie bien de l'asile que vous lui avez donné, il ne savait plus où aller faire du mal, vous serez ses dernières victimes.^ »
C'est de la frénésie. Rousseau ne peut souffrir que Voltaire règne dans sa patrie. Qu'à cette raison principale se soient ajoutées plusieurs autres raisons inci-