janvier
goût de chacun, et le goût de Voltaire n'était pas pour ce genre d'ouvrages et d'esprits qui lui semblaient chimériques et tourmentés. Mais là où Voltaire dépasse son droit et viole l'équité, c'est dans les événements qui suivent cette fière déclaration et dans sa manière de se venger de la folie de Jean-Jacques. M. Desnoirsterres se montre ici singulièrement indulgent, et, bien que s'appuyant sur les pièces et les documents qu'il met sous nos yeux, notre jugement sera autrement sévère que le sien.
A l'heure même où le vengeur des Calas déclarait à Thiériot « qu'il n'a pas le temps de parler de romans » et lui donnait charge de le dire à Paris, Voltaire de sa plume la moins sérieuse écrivait quatre Lettres sur la Nouvelle Héloïse ou Aloisia. La première paraissait sous la signature méprisée du marquis de Ximénès, qui avait obtenu peut-être à ce prix son pardon de Voltaire qu'il avait gravement offensé quelques années auparavant et même un peu volé. Pour ses amis intimes. Voltaire sait bien qu'ils ne s'y tromperont pas : l'essentiel, c'est que le public idolâtre de Rousseau et Rousseau lui-même ne sachent pas d'où vient le coup et qu'on puisse, à l'occasion, le désavouer. « Tenez, écrivait-il à d'Argental, voilà encore des Lettres sur le roman de Jean-Jacques ; mandez-moi qui les a faites, ô mes anges! qui avez tenez fm^ » Et en même temps, avec une candeur effrontée, ! il écrivait pour la galerie :« Je n'ai point fait de réponse à sa lettre ; M. de Ximénès a répondu pour moi et a écrasé son misérable roman. Si Rousseau avait