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été un homme raisonnable à qui on ne pût reprocher qu'un mauvais livre, il n'aurait pas été traité ainsi ^ » Toutes les armes lui étaient bonnes, pourvu qu'on ne reconnût passa main. On colportait alors autour du lac de Genève une complainte en cinquante-sept couplets sur les amours de Saint-Preux et de Julie. Elle avait été chantée d'abord à Ferney par Voltaire luimême, à qui une tradition authentique attribue tout dans cette œuvre assez plate, paroles et musique. ' Assurément le cas n'est pas pendable et nous ne blâmons pas Voltaire plus qu'il ne faut d'avoir cliansonné Julie non plus que de s'être si souvent moqué dans sa Correspondance « des baisers acres de la nouvelle Héloïse, de son faux germe et de son doux ami ». Ce qui est intolérable, c'est l'attaque sous le masque, les lettres signées par Ximénès. Et plusieurs fois la même tactique recommencera contre Jean-Jacques que l'on plaint, à qui l'on pardonne même dans les lettres pubUques, à qui l'on offre un asile et que l'on bafoue sous un faux nom. Ici, par comparaison, Rousseau se relève. Ses coups sont d'un insensé peut-être, mais ils sont droits, ils frappent haut et en face. En peut-on dire autant de son trop habile adversaire? — On répondra que c'étaient les mœurs littéraires du temps. Qui les a créées, ces mœurs, sinon Voltaire? Qui pouvait les corriger, sinon lui ? Qui les a autorisées par un illustre et déplorable exemple? En élevant le pamphlet anonyme ou pseudonyme jusqu'à la plus haute personnalité du siècle, Voltaire a fait une triste école. C'est par là surtout qu'il a laissé après lui d'innom-