‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 39 sur 96 · Pa2e · texte numérisé non relu

Pa2e

198 CHAPITRE YII

« Ils disent : Voyez V homme, etc., etc. — De quoi par lent-ils? Est-ce de l'homme réel ou de l'homme idéal? Ce ne peut-être de l'homme réel, car il n'y a pas sur toute la surface de la terre un homme parfaitement constitué, parfaitement sain. L'espèce humaine n'est qu'un amas d'individus plus ou moins contrefaits, plus ou moins malades. Or quel éloge peut-on tirer de là en faveur d'un prétendu créateur? ce n'est pas à l'éloge, c'est à une apologie qu'il faut penser. Ce que je dis de l'homme, il n'y a pas un seul animal, une seule plante, un seul minéral dont on n'en puisse dire autant. A quoi servent les phalanges au pied fourchu du pourceau? à quoi servent les mamelles au mâle? etc., etc. Si le tout actuel est la conséquence nécessaire de son état antérieur, il n'y a rien à dire. Si l'on en veut faire les chefs-d'œuvre d'un Etre infiniment sage et tout-puissant, cela n'a pas le sens commun. Que font donc ces préconiseurs? Ils félicitent la Providence de ce qu'elle n'a pas fait; ils supposent que tout est bien, tandis que, relativement à nos idées de perfection, tout est mal^ »

La sensibilité étant pour Diderot une propriété immanente delà matière, il n'est pas étonnant qu'il se sépare de son maître, Haller, qui prétendait qu'il n'y a que le cerveau, la moelle des nerfs, la peau, et en général les parties dans lesquelles il entre des nerfs, qui fussent douées de sensibilité. Diderot soutenait que toutes les parties du corps vivant sont sensibles, parce qu'elles sont toutes vivantes. La sensibilité (que d'ailleurs il réduit à l'irritabilité) est partout où

Page 1