Livre XYI, chapitre xi
leur réputation de vertu ; il ne paraît pas non plus que M"^ de Clermont ait gravement compromis la sienne dans cette double intrigue qui semble avoir duré quelques années. C'est probablement pour elle que Montesquieu écrivit deux petits poèmes en prose, le Temple de Gnide en 1725 et le Voyage de Paphos en 1727, dont Sainte-Beuve dit fort justement que c'est une erreur de goût et une méprise de talent : « Chez Montesquieu, ce qui est de la vigueur et du nerf dans les grandes choses est de la roideur dans les petites. Il n'a pas la grâce ^ »
Ce qui le prouve bien, et ce que Sainte-Beuve avait deviné par une intuition de vrai critique, c'est l'effort sensible dans quelques-unes de ses lettres d'amour que l'on a retrouvées, assez inutilement pour la gloire de Montesquieu. M. Louis Vian nous donne trois de ses lettres, qu'il pense être adressées à M'^*" de Clermont, égarées on ne sait comment dans le cabinet de M. Demetz, le fondateur de Mettray, et que l'on a, paraît-il, beaucoup de peine à déchiffrer sous les ratures du plus laborieux brouillon. On est étonné de voir combien de variantes essayées, rejetées avant d'être définitivement choisies pour des choses aussi intimes et qui, à ce qu'il semble, exigent avant tout un jet rapide et naturel, comme celui d'une émotion vraie.
Il paraît qu'un jour les deux amants faillirent être surpris ou le furent en effet, soit par le comte de Melun qui avait des droits, soit par le frère de la dame, le duc de Bourbon. Le lendemain de ce jour, voici quelques fragments de la lettre qu'envoie Mon-