‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 51 sur 96 · Tome IT, page · texte numérisé non relu

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il faut qu'elles s'unissent à un jeune homme. La gloire et le plaisir sont deux choses fort diverses.

Lamour des talents est fondé sur Vamour des plaisirs physiques. « Laissez là toutes ces subtilités dont un bon esprit ne peut se payer et croyez que, quand Leibniz s'enferme à l'âge de vingt ans et passe trente ans sous sa robe de chambre, enfoncé dans les profondeurs de la géométrie ou perdu dans les ténèbres de la métaphysique, il ne pense non plus à obtenir un poste ou la faveur d'une femme, à remplir d'or un vieux bahut, que s'il touchait à son dernier moment. C'est une machine à réflexion, comme le métier à bas est un métier à ourdissage; — c'est un être qui se plaît à méditer et qui tente une grande découverte pour se faire un grand nom et éclipser par son éclat celui de ses rivaux, l'unique et le dernier terme de son désir. Vous, c'est la Gaussin, lui, c'est Newton qu'il a sur le nez. — Mais, puisqu'il est heureux, ditesvous, il aime les plaisirs. — Je l'ignore. — Puisqu'il aime les plaisirs, il emploie le seul moyen qu'il ait de les obtenir. — Si cela est, entrez chez lui, présentez-lui les plus belles femmes, à la condition de renoncer à la solution de ce problème ; il ne le voudra pas. — Il ambitionne les dignités. — Offrez-lui la place du premier ministre, s'il consent de jeter au feu son traité de V Harmonie préétablie; il n'en fera rien. — Il est avare, il a la soif de l'or. — Forcez sa porte, entrez dans son cabinet, le pistolet à la main, et dites lui : Ou ta bourse, ou ta découverte sur le Calcul des fluxions ... et il vous livrera la clef de son coffre-fort en souriant... Toutes ces assertions,

DIDEROT ET IIELVËTIUS 227

Helvétius, que prouvent-elles? Que vous étiez né voluptueux et qu'en circulant dans le monde vous vous étiez souvent heurté contre des égoïstes et des fripons. Et de ce que je viens de dire, que conclure ? Qu'on n'aime pas toujours la gloire comme la monnaie qui payera les plaisirs sensuels.

« Vous n'admettez que des plaisirs et des douleurs physiques; moi j'en ai éprouvé d'autres. Ceux-ci, vous les ramenez à la sensibilité physique comme cause ; mais je prétends que ce n'est que comme condition éloignée, essentielle et primitive. — Je vous contredis, donc j'existe. Fort bien. Mais je vous contredis parce que j'existe. Cela n'est pas, pas plus que : il faut un pistolet pour faire sauter la cervelle; donc je fais sauter la cervelle parce que j'ai un pistolet^ »

Voilà un exemple de cette discussion vive^ personnelle, serrée. Ajoutez-y la mimique du grand artiste, ses gestes, la physionomie parlante de l'œil, des bras, de tout le corps, les inflexions de voix, vous avez la scène tout entière devant votre imagination. Je pourrais citer cent pages de ce ton à la fois enthousiaste et familier, qui devait faire tant d'effet dans les improvisations d'autrefois, puisqu'à l'heure qu'il est, privées du commentaire animé de l'homme même et du personnage multiple qu'il jouait à ravir, elles sont loin d'être refroidies et gardent encore quelque chose de la chaleur d'âme et du mouvement de la conversation, réelle ou supposée, où elles ont pris naissance.

Diderot s'aperçoit bien qu'un sensualiste comme lui,

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