‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 54 sur 96 · Tome II, page 140 et seq · texte numérisé non relu

Tome II, page 140 et seq

DIDEROT ET HELYETIUS 231

physique, c'est-à-dire de ce que je ne suis pas, une plante, une pierre, un métal, à l'amour du bonheur; de l'amour du bonheur à l'intérêt; de l'intérêt à l'attention; de l'attention à la comparaison des idées, je ne saurais m'accommoder de ces généralités-là; je suis homme, et il me faut des causes propres à Vhomme^, » Qu'on remarque cette expression. Voilà donc la chaîne rompue ou du moins suspendue provisoirement entre l'animal et l'homme, puisque les causes qui expliquent à la rigueur l'animal ne suffisent plus pour l'homme et qu'il faut trouver autre chose. Mais au fait, pour la vie elle-même, ces causes physiques qu'invoque Helvétius et que lui-même il a soutenues ailleurs suffisent-elles ? Et dans une page bien intéressante par la sincérité de l'auteur, le voilà qui révoque en doute ses conclusions trop hâtives sur la continuité et la gradation des espèces et même des règnes, indiquées dans le Rêve de d'Alemhert et développées avec tant d'assurance dans les Éléments de physiologie. Plutôt que de se complaire en assertions absolument vaines, comme celles-ci : Sentir^ cest penser, ou bien encore : Uon ne pense pas, si Von n'a senti, comme Helvétius eût fait une chose neuve, difficile et belle, si, partant du seul phénomène de la sensation, propriété générale de la matière ou résultat de l'organisation, il en eût déduit avec clarté toutes les opérations de l'entendement 1 Mais il faudrait estimer davantage encore celui qui démontrera expérimentalement que la sensibilité est de l'essence de la matière comme l'impénétrabilité. « J'invite tous les

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physiciens et tous les chimistes à rechercher ce que c'est que la substance animale, sensible et vivante. Je vois clairement, dans le développement de l'œuf et quelques autres opérations de la nature, la matière inerte en apparence, mais organisée, passer, par des agents purement physiques, de l'état d'inertie à l'état de sensibilité et de vie, mais la liaison nécessaire de ce passage m'échappe. » Et le grand aveu sort des lèvres du philosophe, comme par une contrainte de sincérité et un repentir psychologique pour avoir si souvent et audacieusement lancé des assertions bien au delà des vérités démontrées : « Il faut en convenir, l'organisation ou la coordination des parties inertes ne mène point du tout à la sensibilité, et la sensibilité générale des molécules de la matière n'est qu'une supposition qui tire toute sa force des difficultés dont elle nous débarrasse — ce qui ne suffit pas en philosophie^, »

Il n'y a rien de tel que les mauvais avocats pour amener les partisans d'une cause mal défendue à n'y plus croire eux-mêmes. Il semble que Diderot, en écoutant Helvétius, ait conçu quelques scrupules sur celle théorie naturelle de l'homme, qui lui était chère, d'après laquelle la pensée, la volonté, la vie, étaient rattachées à la chaîne des phénomè-

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