‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 56 sur 96 · Pages · texte numérisé non relu

Pages

234 CHAPITRE YIII

auquel ils n'auraient attaché aucun sens. » — « On insiste : c'est de l'intérêt commun de tous, et non d'une idée dejustice, que sont émanées les premières lois. — Mais comment l'intérêt aurait-il amené le concert des volontés, si chacun en particulier n'avait pas conçu qu'il était juste de faire pour tous ce que tous s'accordaient à faire pour lui? Je questionne toujours, je ne prononce pas^ »

Sur l'origine des idées morales attribuée à la force, ou à un contrat consenti par les intérêts, ou aux lois positives, la thèse d'Helvétius est celle de son siècle plutôt que la sienne propre. Mais là où l'auteur de rilomme déploie sa plate originalité, c'est dans ses théories sur la faculté inventive, le sens des découvertes et le génie. C'est là aussi qu'il faut contempler Diderot dans la splendeur de sa verve, dans tout l'éclat du bon sens. La théorie d'Helvétius est des plus simples. Tout esprit étant égal par nature, puisque tout esprit se réduit aux cinq sens, la supériorité d'une intelligence n'est qu'une résultante des circonstances jointes à l'émulation. C'est le désir de s'illustrer qui crée les talents; les accidents heureux leur en donnent l'occasion.

Une série d'anecdotes arrivent à l'appui de cette thèse. C'est Vaucanson, enfant, enfermé par sa mère dans une cellule à laquelle la salle de l'horloge ser-. vait d'antichambre. Désœuvré, il pleurait d'ennui. Dans cet état, où il n'est point de sensations indifférentes, le jeune captif, frappé du mouvement toujours égal d'un balancier, veut en connaître la cause, sa cu-

Page 1