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les forces centrifuges, la mécanique et l'hydraulique ; la troisième classe, la sphère et les glohes, l'astronomie avec ses dépendances; la quatrième, l'histoire naturelle, la physique expérimentale; la cinquième, la chimie et l'anatomie; la sixième, la logique, la critique, la grammaire générale raisonnée; la septième, la langue russe et la langue esclavone par principes ; la huitième classe, le grec et le latin, l'éloquence et la poésie. — Parallèlement à cet enseignement réparti sur huit années, un autre cours d'études se développe en se continuant pendant le même nomhre d'années. A la première classe correspondra l'enseignement des premiers principes de la métaphysique, de la morale, de la religion naturelle et de la religion révélée. A la seconde classe correspondront l'histoire et la mythologie, la géographie, la chronologie, les premiers principes de la science économique, politique et domestique, etc.
Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour remarquer le singulier amalgame, l'inextricable confusion, l'inexpérience qui éclatent dans ce tableau. Lorsque Diderot développe des idées générales, quand il critique le système d'études appliqué alors ou qu'il donne ses raisons pour en établir un sur de tout autres principes, on l'écoute avec intérêt, avec plaisir même. Mais dès qu'il met ler pied sur le terrain des faits, on sent que le terrain se dérobe sons ses pas; il vacille, il marche au hasard, il ne se soutient plus et ne se dirige plus. Il pousse au delà de toute vraisemblance l'absence de sens pratique dans la distribution des études. — Je vois bien de quelle vue il procède. C'est une vue conforme à celle de M. Auguste Comte, ran-
géant les sciences suivant l'ordre de leur généralité décroissante et de leur complexité croissante, commençant par la science à la fois la plus élémentaire et la plus universelle, celle du nombre, puis arrivant à la géométrie, qui joint aux lois du nombre celles de l'étendue ; à la mécanique, qui ajoute aux deux premières catégories celle du mouvement; et, successivement, à mesure que [croît le nombre des éléments, à l'astronomie, à la physique, à la biologie. Ordre très savant, très rationnel, qui s'avance méthodiquement, à travers le chaos des connaissances humaines, du simple au composé, du général au particulier, de l'abstrait au concret, et constituant ce que l'école positiviste appelle la hiérarchie des sciences. C'est une rencontre qui fait honneur assurément à l'esprit ingénieux de Diderot. Mais qui ne voit que c'est là un ordre théorique des connaissances humaines, non pas un ordre pratique d'enseignement ? — La première classe comprendra avec l'arithmétique, l'algèbre, le calcul des probabilités et la géométrie. Quelle ignorance de la réalité, quelle méconnaissance des aptitudes de l'enfant, quand on pense que l'enfant qui doit apprendre tant de choses a de sept à huit ans ! Et tout le reste à l'avenant. Une jeune tète ne résisterait pas à des épreuves de ce genre. Elle éclaterait, si elle pouvait recevoir, ne fût-ce qu'un instant, cet amas d'idées abstraites; ou plutôt elle se fermerait inexorablement et peut-être pour toujours à la parole du maître. Toutes les belles théories par lesquelles Diderot prépare son plan dans l'esprit du lecteur ont leur côté, spécieux. Quand le résultat pratique se montre, on ne, va pas plus loin, la preuve est faite : c'est un utopiste.
Regardez aux principes posés par Diderot en tête de son système. N'est-ce pas encore une utopie que de vouloir réunir dans la même enceinte et soumettre au même plan d'études tous les enfants d'une nation « et de les initier tous indistinctement à la connaissance I élémentaire de toutes les sciences * ? » Diderot insiste : « Je dis iyidistinctement, parce qu'il serait aussi cruel qu'absurde de condamnera l'ignorance les conditions subalternes de la société. Dans toutes, il est des connaissances dont on ne saurait être privé sans conséquence. D'ailleurs le nombre des chaumières étant à celui des palais dans le rapport de dix mille à un, il y a dix mille à parier contre un que le génie, les talons et la vertu sortiront plutôt d'une chaumière que d'un palais. » C'est ce qu'on peut appeler, s'il en fut, un argument déclamatoire. Il ne s'agit pas de priver d'instruction les enfants des chaumières, mais de savoir s'il convient, même dans leur intérêt, de leur imposer, pendant les trois ou quatre années qu'ils peuvent donner aux études, les mêmes exercices qu'à ceux dont l'enfance tout entière et la première jeunesse appartiennent au travail intellectuel. Diderot ne place aucun intermédiaire entre les petites écoles et l'université qu'il veut établir. L'expérience pratique et le bon sens, en Allemagne, en Angleterre, aux ; États-Unis, en France, partout enfin, ont établi la i nécessité d'institutions intermédiaires, connues soit en \ Allemagne sous le nom de realschulen, soit chez nous I sous celui à' écoles professionnelles , répondant parc faitement aux fins utilitaires que poursuit Diderot et
1. Voir plus haut la réponse de Ditlcrot à cette question: « Qu'est-ce qu'une université? »
auxquelles il sacrifie réducatioii vraiment supérieure, libérale parce qu'elle est désintéressée. Désintéressée ne veut pas dire inutile, bien au contraire.
Quant aux petites écoles, qui répondent à notre enseignement primaire et dont Diderot ne parle qu'en passant \ quelques lignes lui suffisent pour trancher d'assez grosses questions : celle de l'obligation d'abord : il faut que le législateur trouve le moyen de forcer les parents les plus pauvres d'envoyer leurs enfants aux écoles ; celle de la gratuité ensuite : non seulement l'école doit être gratuite, mais les élèves doivent y trouver, avec les maîtres, des livres et du pain; du pain, car c'est cela surtout qui autorisera le législateur à exercer une contrainte sur les parents. Quant à la question de laïcité, elle est résolue de la manière la plus péremptoire dans un autre passage, où il est dit « qu'entre les maîtres il ne faut point de prêtres, car ils sont rivaux par état de la puissance séculière ^ »
Revenons à l'université, puisqu'il n'y a pas d'intermédiaire entre elle et les petites écoles. Pénétrons, à la suite de notre guide, dans la foule des enfants introduits indistinctement dans le sanctuaire et tous soumis au même régime. C'est évidemment le sanctuaire des sciences, ce n'est à aucun degré celui des lettres. La base du cours d'études est exclusivement mathématique, puisque ce n'est que dans la quatrième classe que s'enseigne la physique expérimentale , et seulement dans la septième et la huitième les langues, même nationales, et quelques notions littéraires.