‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 69 sur 96 · Plan (fune université, page · texte numérisé non relu

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l'Église par des décrets artificieux, sans la dépouiller violemment, soit dans l'ouvrage que nous analysons et dans une foule d'autres. C'est une idée fixe, une sorte de monomanie : « Le prêtre, bon ou mauvais, est toujours un sujet équivoque, un être suspendu entre le ciel et la terre, semblable à cette figure {le ludion) que le physicien fait monter ou descendre à discrétion, selon que la bulle d'air qu'elle contient est plus ou moins dilatée. Ligué tantôt avec le peuple contre le souverain, tantôt avec le souverain contre le peuple, il ne s'en tient guère à prier les dieux que quand il se soucie peu de la chose... 11 dispose ouvertement ou clandestinement des esprits, selon sa pusillanimité ou son audace. Son état l'incline à la dureté et au secret ^ » Et n'allez pas dire à Diderot qu'il y a de saints prêtres. — Tant pis! « Plus le prêtre est saint, plus il est redoutable. Le prêtre avili ne peut rien. » Au peuple, dont Diderot proclame l'infaillibilité, il déclare « que, tandis que le peuple n'approuve guère que ce qui est bien, le prêtre, lui, n'approuve guère que ce qui est mal. » Mais le peuple ne pouvait rien alors. C'est donc aux souverains qu'il importe d'indiquer le mal et d'insinuer le remède. « Prenez garde, » ne cesse de répéter le philosophe dans ses discours aux rois, tâchant par tous les moyens possibles d'exciter leurs ombrages et de provoquer leur redoutable défiance : « Le souverain ne fait que des ducs, des ministres, des nobles et des généraux; qu'est-ce que c'est que cela pour celui qui fait des dieux ? A l'autel, le souverain lléchit le genou et sa tête s'incline sous

la main du prêtre, comme celle du dernier serf; tous sont égaux dans l'enceinte où il préside, l'église. Dans notre religion et celle de Sa Majesté impériale, le chef de la société vient se confesser et rougir des fautes qu'il a commises, et le prêtre l'absout ou le lie... Si on demandait au prêtre : Qu'est-ce qu'un roi ? et qu'il osât répondre franchement, il dirait : « C'est mon ennemi, ou cest mon licteur. » Du reste, après avoir répété sous mille formes que le prêtre est par état hypocrite, intolérant et cruel, Diderot veut bien nous garantir qu'il est impartial : « Je ne hais point le prêtre. S'il est bon, je le respecte; s'il est mauvais, je le plains. » Nous voilà rassurés.

La conclusion logique serait de détruire l'Église, ce foyer de superstition et d'intrigue, ce sanctuaire de crimes où se trame la conspiration permanente contre le bonheur des peuples et l'autorité des souverains. Telle n'est pas cependant la conclusion de Diderot. « Puisque Sa Majesté impériale n'est pas de l'avis de Bayle qui prétend qu'une société d'athées peut être aussi bien ordonnée qu'une société de déistes, mieux qu'une société de superstitieux S » il faut donc se conformer à la volonté de Sa Majesté. « Il faut conserver les prêtres non comme des dépositaires de vérités, mais comme des obstacles à des erreurs possibles et plus monstrueuses encore que pourrait faire éclore la vieille souche (la croyance à l'existence de Dieu), abandonnée à sa libre végétation... Je garderais des prêtres non comme des précepteurs des gens sensés, mais comme les gardiens des fous, et leurs églises, je

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