Der Rechtsstaaty page
MOÎSTESQUIEU 51
rappelle qu'en 1751, à l'époque du voyage de Montesquieu, il n'y avait en Angleterre aucun ouvrage d'exégèse sur cette Constitution. La première édition des Commenlaires de Blackstone ne devait paraître qu'en 1765 et l'auteur anglais, comme dix ans après le Genevois Delolme, s'appuyait pour une grande partie de son œuvre sur les recherches de Montesquieu et les résultats auxquels il était arrivé le premier. Il eût été bien intéressant que l'on nous débrouillât cette partie encore obscure de la biographie de Montesquieu et de l'histoire de son esprit.
On nous donne plus de renseignements et d'informations précises sur la méthode de travail de Montesquieu, sur la composition, l'impression de VEspril des Lois et les divers incidents qui suivirent cette publication.
Montesquieu avait ébauché VEsprit des Lois dès 1 724, aussitôt après la publication des Ze^/res;;crs«?ir^ . Il n'avait pas cessé de porter cet ouvrage dans sa tète, à travers les salons de Paris, à travers les pays étrangers et dans sa solitude de la Brèdc. Les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, parues en 1754, ne sont à certains égards qu'un chapitre agrandi et détaché du grand ouvrage. Ses amis étaient dans la coniidence de l'œuvre future : dès 1756, d'Argenson qui avait entendu sans doute l'auteur lire quelques fragments au club de LEntresol, en portait ce jugement : « Je crains bien que l'ensemble n'y manque et qu'il n'y ait plus de chapitres agréables à lire, plus d'idées ingénieuses et séduisantes que de véritables et utiles instructions sur la façon de ré-
diger et d'entendre les lois ^ » Mais ce ne fut qu'à dater de 1743, d'après la correspondance de Montesquieu lui-même, qu'il se livra à un labeur continu, loin de Paris, au milieu de ses instruments de travail, de ses notes, de ses extraits, près de sa belle bibliothèque, dans une paix profonde, favorable à la méditation et à l'inspiration, avec l'aide dévouée de son fds Secondât, l'héritier de son nom et de sa charge au ' parlement de Guienne, et de sa charmante fdle Denise qui, tous les deux, faisaient des recherches sous sa direction, avec son secrétaire d'Arcet, destiné à devenir un des meilleurs chimistes du siècle, avec l'abbé de Guasco, enfin, l'aumônier volontaire du château, l'ami intime du châtelain, homme de bon conseil et d'agréable érudition. C'étaient là ses collaborateurs intimes, et ce fut grâce à eux qu'en deux années, de 1743 à 1745, il eut dégrossi la matière de son ouvrage; il lui fallut deux ans encore pour mettre la dernière main à la rédaction : au mois de juin 1747, l'œuvre était achevée.
C'était le résultat de vingt-trois années de méditations poursuivies sans relâche à travers les distractions apparentes de la vie du monde ou des voyages. Cet ouvrage, Montesquieu le faisait partout, comme le montre fort bien son biographe, aussi bien dans les salons de Paris que dans ceux de Bordeaux, et aussi dans les champs de la Brède. La conversation était pour lui une méthode familière de travail et d'enquête sur chaque science, soit qu'il causât diplomatie en chaise de poste avec lord Waldegrave, stratégie et art militaire