‹ La fin du monde, et Les comètesChapitre 12 sur 14 · LA FIN DO MONDE · texte numérisé non relu

LA FIN DO MONDE

causer des révolutions, Paris et toute la France frémirent de la supposition, et se cru* rent à la veille d'être pulvérisés, ce qui est constaté dans les mémoires du temps. — Nous nous y arrêterons plus longuement lorsque nous traiterons spécialement des comètes. — Qu'il nous suffise de remarquer que ceci doit paraître tout naturel, puisque nous, près de cent ans après, dans ce dix-neuvième siècle tant vanté, nous avons eu la faiblesse, avec une simplicité bien digne de nos ancêtres, de nous préoccuper un instant d'un préjugé vieux comme le monde.

Quoi d'étonnant ! ce dix-neuvième siècle n'a-t-il pas engendré aussi une foule de prédictions touchant le renversement de la machine terrestre? Hàtons-nous de dire cependant qu'elles n'ont eu la plupart qu'un succès trèséphémère.

En 1816, on attendait Theure fatale le 18 juillet; elle ne sonna pas, et Hoffmann, ce critique spirituel du vieux journalisme, publiait , qlielques jours après, dans le Journal des Débats, sous le titre De la fin du monde, un article plein de verve satirique. Nous vou-

drions pouvoir reproduire en entier celle plaisante diatribe contre quelques-uns des systèmes scientifiques nous initiant aux grandes scènes futures de noire anéantissement par l'eau, le feu ou le refroidissement de la température, mais la place nous manque.

Citons-en seulement quelques extraits :

« Nous voilà bien fiers ! Parce que le monde n'a pas fini le 18 juillet 1816 , nous croyons qu'il ne finira plus , et nous rions comme si nous n'avions pas eu peur. Semblables à ces matelots qui chantent des litanies pendant la tempête, et recommencent à blasphémer au re« tour du beau temps, nous redevenons philosophes , nous nous moquons des bonnes femmes qui disaient leur Mea culpa, et nous demandons , en ricanant , quand viendra la fin du monde. Point d'impatience, messieurs, cela viendra , comme je vais vous le prouver ; et

rira bien qui rira lo dernier. Je ne prendrai

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pas mes démonstrations dans les livres saints, c'est une faible autorité pour un peuple qui a vécu dans un siècle de lumières, et qui a vu consacrer des temples à la Raison. D'ailleurs, vous ne voulez pas entendre parler du jugement dernier, et la trompette de Tange ne réjouirait pas vos oreilles. — Je vais donc invoquer le génie des savants et des philosophes, et certes vous ne m'accuserez pas de chercher mes autorités cliez les bigots et les capucins '. — « Oui, la fin du monde est imminente. Celle belle catastrophe a pu être retardée par indisposition ; les machines peut-être n'étaient pas prêtes ; le dénoûment de ce grand mélodrame n'a pas paru assez bien amené, nt l'on a ordonné des changements à la pièce ; mais on ne perdra rien pour attendre, et

* Hoffmann prc^nanl pour texte une Cowiogonie publiée en 1815, dans laquelle un chapitre était consacre à la fin du monde, basée sur un sjstômo scientifique;

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