LA FIN DU UONDE
Les pronostics, les horoscopes, étaient fort à la mode ; les savants , qui faisaient métier du grimoire, des nombres cabalistiques, s'évertuaient à liire dans les astres, à rechercher l'avenir dans lobservation des choses célestes. On ne peut se faire une idée des folies et des divagations auxquelles donnèrent lieu les sentences astrologiques, aussi ridicules qu'absurdes, des faiseurs d'almanachs» dont la verve prophétique s'exerçait sur toutes choses, depuis les vliriatîons de la température jusqu'aux révolutions terrestres du globe entier. — N'est-ce pas de ce seizième siècle, si fécond en impostures divinatoires, que datent les Nostradamus et les Matthieu Laensberg , relégués à bon droit aujourd'hui dans le domaine des erreurs et des préjugés de l'esprit humain?
Rabelais , avec son esprit satirique , s'est amusé de ce travers de son temps; il sMn-
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titulait par dérision professeur d'a&lrologiey et il avait lui-même composé plusieurs aimanachs pour rirCy malheureusement perdus, où il tournait en raillerie les pronostics astrologiques * . Sa Pantagruélisme prognostication est une plaisante moquerie de toutes ces sottises. — On a beaucoup imité, de nos jours, le genre de cette pièce dans les prédictions facétieuses de nos petits almanachs. ~ Il faut reconnaître que le célèbre curé tourangeau avait grandement raison ; i| faisait preuve de bon sens et d'une judicieuse critique en riant aux dépeps de cette folle manie astrologique, dont le trait suivant est une des plus curieuses mystifications.
* M. Paal Lacroix, ou si l'on veut le bibliophile Jacob, dans sa récente édition des Œuvres de Rabelais^ a inséré deux fragments qu'il est parvenu à retrouver des Almanachs du joyeux écrivain pour les années 1535 et 1535. Us font regretter que ces produetions, empreintes du plus pur esprit rabelaisien, ne soient pas arrivées jusqu'à nous.
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. Stoflfler, astroI(^e allemand, qui jouissait d'une grande réputation , annonça , pour le 20 février 1524» un déluge universel par suite de la conjonction des planètes. — A cette nouvelle , tous les peuples furent consternés , et Ton s'attendit à une fin prochaine. « Toutes les provinces des Gaules, dit Jean Bouchet, dans ses Annales d* Aquitaine, furent en une merveilleuse crainte et doute d'universelle inondation d'eau, telle que nos pères n'avoient vu , ni su par les historiens , ni autrement. Au moyen de quoi hommes et femmes furen t en grand doute. Et plusieurs deslogérent de leurs basses demeurauces, cherchèrent haut lieux , firent provisions de farines et autres cas, et se firent processions et oraisons générales et publiques, à ce qu il plût à Dieu avoir pitié de son peuple. »
Cette panique se répandit dans toutes les contrées de l'Europe, au nord comme au
midi ; elle pénétra fortement en France, en- Allemagne, en Italie. Ceux qui avaient leurs maisons proches de la mer ou des rivières les abandonnaient, et vendaient à grosse perte à des gens moins crédules qu'eux sans doute leurs champs et leui^ meubles. — Naudé, dans son Jugement sur Aug, Nifo^ s'est longuement étendu sur cette prédiction de Stoffler ; il donne de curieux détails que nous ne faisons que résumer.
Un docteur de Toulouse, nommé Auriol , à l'exemple de Noé, fit construire un bateau pour servir d'arche, à lui, à «sa famille et à «es amis. Il ne fut pas le seul qui prit cette précaution, car Bodin, qui nous rapporte ce fait, ajoute « qu'il se trouva plusieurs mécréants qui firent des arches pour se sauver, quoiqu'on leur prêchât la promesse de Dieu et son serment de ne plus faire périr les hommes par le déluge. •
Toutefois, — il faut le dire à Thonneur de rintelligence humaine, ~ Stoffier rencontra quelques contradicteurs parmi les savants ; les uns timides, il est vrai, comme Cirvellus. professeur eu théologie à Gomplute, qui publia un livre sur ce sujet ; sans condamner, en général, les précautions que Ton prenait contre le déluge, « il se contentait de condamner en particulier , dit le philosophe Bayle ( Dictionnaire historique et critique, art. Stoffter), les fausses dépenses à quoi il voyait que Ton s'engageait; il ouvrit des expédients de se garantir de Tinondation à juste prix. » — Bayle s'élève avec énergie contre les impostures des astrologues et dévoile leurs supercheries en s'appuyant sur les faits. Il reproduit une grande partie du texte de Naudé en le commentant.
D'autres savants, plus hardis, Nifo en tète, combattirent hautement celte prophétie. Le
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livre de ce dernier, De falsa diluvii prognosticatione, publié àNaples, Bologne et Rome»
en 1519, 4520 et 1521, fut destiné à rassurer lés esprits. — Un autre philosophe prouva au duc d'Urbin, dans un écrit imprimé, que ce déluge était mal fondé.
Le grand chancelier de Charles-Quint ayant consulté Pierre Martyr, celui-ci lui répondit « que le mal ne serait pas aussi funeste qu'on le craignait, mais que, sans doute ces conjonctions des planètes produiraient beaucoup de désordres. »~ Guy Rangon, général à Florence, craignant que les arguments présentés par Nifo ne rassurassent Charles-Quint et ne lui fissent négliger les précautions nécessaires pour se prémunir du danger, engagea un célèbre médecin à combattre Topinion de Nifo, afin d'obliger l'empereur à pourvoir à sa sûreté et à nommer des inspecteurs qui visiteraient le terrain dans les provinces el
marqueraient les endroits où les hommes et les bètes seraient moins exposés aux eaus du déluge. — 11 y eut d'autres écrivains qui imitèrent ce médecin.
Gomme on le voit, cette question si peu sérieuse donna lieu très-sérieusement à bien des controverses ; elle occupa Tattention du monde pendant plusieurs années, et, lorsque le jour fatal arriv.n, répouvante était à son comble. —Mais, pour donner un démenti éclatant à cette imposture astrologique, ce jour se passa sans pluie et sans le moindre bouleversement terrestre; de plus, le mois de février fut fort sec, contre l'ordinaire , et la température très-sereine.
Quelques années après, et maigre le fiasco complet de celle-ci, une autrB fin du monde eut encore cours ; elle appartenait au genre merveilleux, tani goûté à cette époque. — Le docle Simon Goulart, dont la crédulité dépasse toute borne, n'a pas manqué de l'enregistrer dans son Tkrésor d'histoires admirables (édil. de Genève, 1614, p. 53 ).
• Le grand commandeur de Malte fit publier, l'an 1533, par toute l'Europe, une apparition merveilleuse avenue en Assyrie.
Environ le ^eptiesme juur demars, une femme