LA FIN DU ÏIONDE
nommée Rachiene accoucha d'un beau fils qui avoil les yeux estincellans et les dents luisantes. Au mesme instant qu'il nasquit, le ciel et la terre furent estrangement esmeus; le soleil apparut luisant à minuict comme en plein midi, et en plein jour devint si ténébreux, que depuis le matin au soir Ton ne vid goutte en tout ce pays-là. Puis après il se monslra, mais d'autre figure que de coustume, avec diverses estoiles nouvelles, errantes çà et l'i au ciel. Sur la maison en laquelle nasquit cest enfant, outre quelques autres prodiges, tomba le feu du ciel, qui tua des personnes. Après Teclypse de soleil, survint une horrible tempeste en Tair ; puis il tomba des perles du ciel. Le lendemain on vid voler un dragon enflammé par tout ce climat. Une nouvelle montagne, plus haute que nulle autre apparut, laquelle se fendit en deux parts, et au milieu d'icelle fut trouvée
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une colonne, où esloit certaine escriture en grec, portant que la fin du monde approchoit, puis fut oiiye une voix en Vair exhortant chascun à se préparer, »
Gomme on serait sans doute curieux de savoir ce que devint cet enfant phénoménal, nous ne pouvons nous dispenser de donner le dénoûment de Thistoire. — « L'enfant, ayant vescu deux mois, commence à parler en homme d'âge et par diverses illusions se met en crédit, jusques-là qu'il fut révéré et adoré comme Dieu, se descouvrant estre un malin esprit qui eust une merveilleuse efficace d'erreur en tous ces pays-là. » — On peut se convaincre d'après ce récit que le canard est loin d'être une invention moderne.
Passons maintenant à d'autres fins du inonde, dignes pendants de celles de StofUer et du grand commandeur de Malte.
Annoncée pour Tannée 1552 par Taslrologue de Télecteur de Brandebourg, Jean Carion, pronostiqueur infatigable, elle fut en* suite prédite pour 1584 par Cyprien Leowitz ou Leovitius, fameux astrologue, originaire de Bohême, mathématicien au service de Télecteur palatin, qui avait acquis une réputation très-étendue par ses prédictions. Il avait dit que le monde finirait par un nouveau déluge.
et, cette fois encore, le peuple accepta cette prophétie avec une crédulité qui s étendit jusqu'aux personnes d'une condition élevée.
Louis Guyon, dans ses Diverses Leçons (Lyon, 1604), rapporte « que la frayeur fut grande, ' que les églises ne pouvaient pas contenir ceux qui y cherchaient un refuge ; un grand nombre faisaient leur testament sans réfléchir que c'était une chose inutile si tout le monde devait périr; d*autres donnaient leurs biens aux ecclésiastiques, dans l'espoir que leurs prières retarderaient le jour du jugement. »— Leowitz, mort en 1574i, ne vit pas le terme qu'il avait assigné à la destruction du globe. — C'était encore par la conjonction des planètes que devait avoir lieu ce cataclysme. Leowitz l'avait annoncé dans Pouvrage suivant, qui fit une grande sensation et eut plusieurs éditions : De conjunctionibus magnis insigniorum supenorum pUmetarurriy
solis defectionibus et cometis prognosticon, 1564, in-4*.
Péréfixe, dans son Histoire de Henri le Grand, dit, en parlant de Tannée 1588, « que tous les astrol(^ues judiciaires l'avaient, dans leurs pronostics, appelée la merveilleuse année, parce qu'ils y prévoyaient si grand nombre d'accidents étrangers et tant de confusions dans les causes naturelles, qu'ils avaient assuré que, si elle ne voyait la fui du monde, elle en verrait au moins un changement universel. »
Les Mémoires de Claude Groulart, premier
* D'autres écrits Je ce temps révèleot cette tendance des esprits à la croyance de la fin du monde. Voici les litres de quelques-uns — La période , c'est-à-dire la fin du monde contenant la disposilion des cliouses terrestres par la vertu et influence des corps célestes, composé par feu Maistre Turrel. 2 septembre 1551. ln-12. — Le lirre de VEs'at et mitafion des temps,, prouvant par authoritez de V Escripture saincle et par raitons astrologales la fin du monde es'.re prochaine (par Richard Houssat, chanoine de Laagres). Lyon, 1550.
président du parlement de Normandie, et Palma Cayet, dans sa Chronologie novénaire, parlent en termes empreints d-une certaine confiance de cette prédiction pour Tan 1588.
— De Thou et Etienne Pasquier constatent la fermentation générale qu'elle produisit.
Cette prophétie se trouve formulée dans des vers latins ainsi conçus :
Post mille expletos à partu Virginis annos,
Et post quingenta rursùs ab inde datos, Ocluagesimus octavus mirabilis annus
Ingruet, et secum tristia fata fcret.
Si non hoc anno totus malus occidet orbis,
Si non in nihilum terra fretumque ruot, Cuncta tamcn mundi siirsùm ihunt atquc deorsùm
Imperia, et liictus undiquc grandis erit.
En voici la traduction: « Mille cinq cents ans après la conception de la Vierge, la quatre-vingt-huitième année, sera signe de dissension; elle amènera avec elle de tristes destinées. Si le monde pervers ne péril
pas en entier cette année-là, si la terre et les^mers ne sont pas anéanties, toutefois les empires seront bouleversés, et il y aura partout une grande désolation. »
Ces vers furent publiés par Gaspard Brusch, poëte et historien allemand, mort en 1559, avec son poème d'Odaeporicorit imprimé à la suite de l'édition qu'il donna du livre de Tabbé Engelbert, De ortii et fine imperii romani (Bàle, 1553, in-8°) , dans lequel, par parenthèse, cet auteur théologien, qui écrivait au commencement du quatorzième siècle, prétendait aussi que la fm du monde devait suivre de près celle de Tempire romain.
Plus tard, au dix-huitième siècle, cette prédiction, pour 1588, fut Tobjet d'une supercherie dont les crédules adeptes de l'art divinatoire furent longtemps dupes. Le Mercure de France, et V Année litt(^raire do Fréron,
après lui, exhumant des limbes où ils se trouvaient les vers latins qu'on vient de lire, en appliquèrent le sens à Tannée 1788, en leur faisant subir une variante ; on substitua le mot septingenlos à celui de qiiingenta. De cette façon, on dévoilait Tavenir, qui, hélas ! par un rapprochement bizarre, devait donner un certain caractère de vérité à cette poésie prophétique.
Ainsi falsifiée, on Tavait attribuée à Jean Muiler, astronome allemand, connu sous le nom de Regiomontanus ; on Favait dite trouvée dans son tombeau, à Liska, en llongrie.
Ce savant étant mort à Rome, en 1476, on en conclut qu'elle pouvait bien être apocryphe; la découverte de VOdœporicon vint changer ce soupçon en certitude et prouver que celte prédiction sur la révolution française était, comme tant d'autres, une véritable mystification.
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A mesure que nous avançons vers la grande ère de lumière qui commence avec le dix-septième siècle, on pourrait croire que les progrès des connaissances humaines, dans les sciences, les lettres, les arts, vont enfin mettre un frein à cette monomanie prophétique que nous avons vue jusqu'ici s'exercer à propos de la fin du monde. Ëh bien, tout au contraire; elle continue à se produire, à s'accroître même, et ce qui est plus triste, à exciter encore les craintes populaires.
« L'an 1 599, dit le chanoine Moreau (His-