‹ La fin du Moyen Empire egyptien; étude sur les monuments et l'histoire de la période comprise entre la 12e et la 18e dynastie (volume 2)Chapitre 11 sur 51 · SÉPARATION DES ELEMENTS DU TEXTE MANETHONIEN · texte numérisé non relu

SÉPARATION DES ELEMENTS DU TEXTE MANETHONIEN

L'histoire des Hijhsôs a fourni la matière des paragraphes I, i k et début de 1 5 du Contre Apion. Il n'y a pas là une citation cohérente et suivie de Manéthon, mais plusieurs fragments, les uns formant citation directe, les autres en manière de citation approximative ou abrégée, d'autres encore dus j)lus ou moins complètement à Josèphe lui-même, et dans une telle situation

les uns par rapport aux autres, ([u'ils proviennent sans aucun doute de livres différents, et ({u'on voit que Josèplie ne pouvait pas avoir en mains l'œuvre originale de iManélhon. Ce fail important, bien iHabli par Meyer, ressortira de la séparation des éléments qui va suivre. Nous renverrons généralement, pour le texte, aux pages et lignes de Dindorf'^', bien que les coupures y soient mal faites et le texte parfois défectueux, et nous adopterons, pour la déi«ignation des fragments, la nomenclature de Meyer, d'après qui nous rappellerons d'abord que dans le texte de Josèphe il faut distinguer :

la, .Munétbon cité textuellement : l'invasion des Asiatiques, la fondation d'Avaris, le règne de Salitis (Dir;i)ORi", Jos. op., II, p. 3/1/1, 1. 17-/13);

l /;, suite du précédent : les successeurs de Salitis. le nom des Ilyksôs et son explication par rois Pasteurs i^ihid., p. 3/i/i , 1. /i/i-3/i5,l. 3).

II, fragment non manéthonien, relatif à une autre explication du nom de Hyksôs par bergers captifs {ihid., p. 3 /il 5, 1. 3-10).

III flf, citation indirecte et non textuelle : les successeurs des premiers Pasteurs, leur lutte avec les Thébains. le siège et la reddition d'Avaris, la retraite des vaincus en Asie, 011 ils deviennent le peuple juif (/^«V/.,p. 3/i5, 1. io-38);

111 è, où la forme de la citation indirecte persiste, est un passage incobérent avec le précédent où la question de Hyksôs = «bergers captifs tj du n° II est reprise [ibid., p. 345, 1. 38-

IV, Manétlion cité textuellement : ce qui arriva après la retraite des Pasteurs devenus les Juifs; la suite des rois d'Egypte ultérieurs (î6i<i., p. 3/i5, 1. 5o-3/i6,l. kh).

(•' DI^DORF, Josephi opéra, II {Script. Grœc. Bibl.), p. 3^14-346. Le texte se trouve aussi très commodément clans Th. Rhinacii, Te.rles rclnlifs au judaïime, p. ao-26.

En somme, les frn{T[mctils l ot IV, seuls, appartiennent au livre même de Manéthon; une lar{j(; lacune les sépare, cnie nous comblons, de même que faisait Josèphe, avec les r\éments de III «dont la source est déjà post-manéthonienne : que III a, en citation indirecte, ne soit pas pris dans Manélhon lui-même, cela ressort de l'observation de dixers doiiblemmls, notamment celui d'une description d'Avaris qui figure dans ïllrt et fait double emploi avec celle qu'on trouve dans le texte manétbonien de la, et celui de l'allusion , bizarrement déplacée dans III rt, à la défense contre les Assyriens. On voit immédiatement, par là, que Josèpbe ne possédait pas le Manélhon intégral, mais seulement les extraits en citation directe ou indirecte qu'il nous transmet d'après ses sources. Dans les citations indirectes de II, III « et h, on observe encore que II et III 6 font doublet ensemble, ce qui met bien en lumière le caractère tardif du document où puisait Josèphe. On comprendra mieux tout cela, d'ailleurs, à l'examen du tableau de séparation qu'on va voir, où nous avons groupé, d'une part les fragments du texte manétbonien primitif, et d'autre part les fragments plus ou moins défigurés qui furent transmis à Josèphe en même temps que les autres.

Tcd'te manéllionten authentique.

Josèphe annonce qu'il va citer Manéthon textuellement, et le fait ainsi qu'il suit :

1 rt. . . .nommé Toutimaios'"'. Sous son règne la colère divine souilla contre nous, je ne sais pourquoi; contre toute attente, des hommes d'une race inconnue, venus de l'Orient, osèrent envahir notre pavs, s'en em[)arèrent aisément et sans combat, tirent prisonniers les chefs, puis brillèrent sauvagement les villes, saccagèrent les temples des dieux

''' Le ms. Laurentianu?, d'où piocèdent tous les autres, donne ainsi le commencement de la citation de Manéthon (cf. Reinach, Texte», p. 31, n. t, et Kd. Mkyer, Chron., p. 71, n. ;>); la restitution couramment adoptée aulreiois, Eyévsfo (Saaj/eùî vftîv, Tifxaos évo^Lct, ne repose sur rien.

et maltraitèrent durement les habitants, égorgeant les uns, réduisant en servitude les autres avec leurs enfanls et leurs femmes, lilnlin ils lirenl roi luu (les leurs, nommé Salatis. Il lésidait à Mempliis, imposa tribut à la province supérieure et à l'inférieure et mit des gainisons dans les places les meilleures. 11 fortifia particulièrement la frontière de l'Est, prévoyant que les Assyriens, devenus un jour plus puissants, auraient le désir d'envaliir par là son royaume. Ayant découvert dans le nome saïte une ville très avantageusement située à l'est de la branche bubaslile et nommée d'après une ancienne tradition théologique Avaris, il la rebâtit, la fortifia de murailles solides et y installa une garnison de 9'»o,ooo fantassins. 11 y venait au temps de l'été, tant pour distribuer le blé et payer la solde, que pour exercer assidûment les troupes afin d'inspirer de la crainte aux étrangers.

I b. Il mourut après un règne de 1 9 ans. Son successeur Beon en régna Uk: après lui, Apakhnas régna 36 ans et 7 mois: Apophis, 61 ans; lannas, 5o ans et 1 mois, enfin Assis, liç) ans et 2 mois. Tels furent les six premiers rois de cette famille, qui semblaient vouloir de plus en plus arracher la racine du peuple égyptien. On nommait tout ce peuple Ihjhsôs, ce qui signifie rrrois pasteurs^? : car hyk, dans le langage sacré, signifie rrroi", et sôs, en langue vulgaii'e, signifie crpasteuFT?, an singulier comme au pluriel, d'oii résulte le mot composé hyhsôs^^\

. . . Lacune. Ici venaient les faits qu'on retrouvera évoqués dans III « (voir ci-après), la domination des Ilyksôs, la guerre éclatant avec les rois du Sud, le roi Mispliragmouthôsis'-'

<•' La citation du texte manétlionicn s'anèle là, contrairement à la manière dont on place généralement la coupure (Dindorf, loc. cit., p. 345; Reinaco, Textes, p. a3). La phrase qui suit : «Quelques-uns les considèrent comme Arabes...?), ne peut, dans sa forme, être de Manéllion et appartient à Josèplie; et comme Ed. Meyer fobsene en outre très bien {Chron., p. 72), cette phrase est en relation grammaticale avec la suivante, où ari(tciivecTOoLi dépend encore du rtvès '/.éyovatv ([ui précède. Voir le début du fragment II un peu plus bas.

'-' Nous n'admettons le nom de .Misphragmoutliôsis, à cette place, que par analogie avec ce qui a lieu dans la version dérivée de III fl, voir plus bas. Ce qui permet cependant de faire la restitution avec une certaine sécurité, c'est que le vainqueur d'Avaris est Telhtnùsis aussi bien dans Manélhon — si le fragment IV est bien du Manélhon authentique — que dans la version dérivée (Thoiiminôiiis), de telle sorte que, dans la version de Manélhon et dans la dérivée, le prédécesseur du roi devait également «Hrc désigné de manière uni-

hatlanl les Pasteurs et les rejetant dans Avaris, son (ils Tlioummosis ou Tetliniôsis assiégeant la ville et finissant par traiter avec les occupanis, qui se retirent en Asie et vont fonder Jérusalem. A cette place, le récit se continuait par le deuxième des fragments manélhoniens dont Josèphe, après ses fragments II et m, annonce la citation textuelle :

IV. Après que le peuple des Pasteurs, chassé d'Egyplc, se fut relire à Jérusalem, le roi Tethmôsis''', qui les avait expulsés, régna encore a5 ans et 4 mois; son fils Khebrôn lui succéda et régna i3 ans; après quoi Aménopliis régna t^o ans et 7 mois; puis la sœur de ce dei-nier, Amessis, 21 ans et 9 mois; puis Mèphrès, 12 ans et 9 mois; puis Mepliramoulhôsis, 25 ans et 10 mois; puis Toulhmôsis'"', 9 ans et 8 mois; puis Aménopliis, etc.'^'.

Fragments de 'provenance secondaire.

A la suite de lè dans Josèphe :

II. Quelques-uns les considèrent comme Arabes, et prétendent'' que dans un auli'e manuscrit le mol hijk ne veut pas dire dire rrrois^i, mais désigne des rr bergers captifs n ; car tel est le sens dans l'ancienne langue de hyk ou hak par une aspirée. Et cela me parait plus

A la suite de III a dans Josèphe :

111 i. Dans un autre livre des iegi/ptiuca, Manétlion dit que ce peuple nommé rrles Pasteurs ^5 était appelé ffies Captifs r, dans les livres sacrés; et cela est exact; car nos premiers ancêtres s'adonnaient par tradition à l'élève des troupeaux et menaient une vie nomade, d'où

forme. Nous reviendrons, un peu plus loin, sur la restitution en ce point de la relation manéthonienne, où la manière de raisonner d'Kd. Meyer diffère grandement de la nôtre.

*" Voir note précédente, et ce qui sera dit plus loin au sujet de lit a.

(^' Thinôsis dans In texte de Josèphe (ms. Laurent.); on restitue Touthmôsis d'après Eusèbe (cf. Ed. Meykh, Chroii., p. 78, n. 5.

'^' Nous continuons la citation jusqu'en ce point pour montrer la manière singulière dont les noms de Misphvagmouthôsis et de Tethmôsis, qui viennent en tète de cette liste royale (cf. page pre'cédente, n. 3), se reproduisent aux 7' et 8* rangs; cette réduplication, comme on verra plus loin, parait remonter au texte de Manétlion lui-même.

'*' Au sujet de la séparation du fragment II et du fragment I qui est une citation manéthonienne authentique, et au sujet des relations grammaticales dans le [inssagc (]ue nous interprétons ici, voir à la page précédente, n. 1.

— «.( Ih ).t^~ [318]

vraiseniMablo el plus (raccord avec leur nom de Pasteurs; d'autre part railcienne hisloiie. ce n'est pas sans raison qu'ils

fêtaient appelés caplifs par les Ég'yptiens, puis(pie notre ancêtre Joseph dit au roi d'KgypIc que lui-même était captif, et fit venir ses frères en lîgyple par la permission royale.

Le doubl(3t csl évident, phrase à phrase; un «autre manuscrit», un «autre livre n: la même étymologie, différente de celle du texte manéthonien véritable, pour Injhôs; enfin la mise en rapport plus ou moins détaillée de cette élymologie avec r« ancienne histoire 55. Ce dernier commentaire est de Josèphe lui-même, comme il résulte très évidemment de la forme de la rédaction dans les deux passages. Y a-t-il lieu, comme on i'a fait quelquefois (Reinacii, Textes, p. 28, n. 1), de songer à une réduplicaiion postérieure dans le texte de Josèphe? Il semble plutôt que Josèphe lui-même a écrit le tout, et l'on remarque que ses deux passages ne sont pas absolument identiques.

A la suite de II dans Josèphe :

m a. Il dit que les six rois Pasteurs dont il a été question . et leurs successmirs, régnèrent en Égypie 5i 1 ans. Puis, quo les rois de la Thébaïdc et du reste de l'Egypte se soulevèrent contre les Pasteurs , et leur firent une guerre longue et achai-née. Puis, qu'un roi nommé Misnhragmoulhôsis''' les vainquit définitivement, les chassa du reste de l'Egypte et les enferma dans un lieu nommé Avaris, contenant 10,000 aroures de terres. Et Manélhon dit que les Pasteurs avaient entouré cette place d'un mur haut et solide, pour y mettre en sûreté leurs biens et leur butin ''\ Et (]ue le fils de Misphragmouthôsis. Thoummôsis, entreprit de les soumettre de- vive force et mit le siège devant la ville avec

^'^ Le texte de Josèphe porte AUsphrHfpwinlUfhis , qui csl une simple faute de copiste (A/ pour M); le véritable nom en Mis.. . est conservé dans Euscbe (cf. Meyer, Citron., p. 78. n. 1).

'*' Doublet remarquable de la di'scription d'Avaris qui figure dans le texte manéthonien authentique, voir plus haut, Iraffraenl 1 a.

48o,ooo honniK's; mais ([iic, force' de lever le siège, il traila avec eux, convenanl qu'ils qnilleraienl IM'^jjyple el se retireraienl où ils voudraient. Qu'à la suite de ce traité ils s'en allèrent avec toutes leurs familles et Ions leurs biens, au nombre de 2^0,000, quittèrent l'Kgypte et se (lirij'vreiit par le désert vers la Syrie; et que craignant les Assyriens, alors maîtres de l'Asie''', ils allèrent fonder une ville dans le pays appeit' aujourd'hui Judée, capable de contenir une si grande nmltitude, et que cette ville fut nommée Jérusalem.

En deux points, comme il a été signalé plus haut déjà, la description d'Avaris et lalhision aux Assvriens redoutables, ce Irafjment 111 a fait doublet avec le texte manétbonien de la. La crainte den Asxtfrieas reparaît ici d'une manière bizarre, comme explication de la fondation de Jérusalem, tandis que dans la, très logiquement, c'était le motif de l'établissement d'Avaris sur la frontière nord-est de l'Egypte; le déplacement de ce détail montre bien que la version de III a est dégénérée, et fait sentir encore une fois la diversité des voies par oii les fragments que possédait Josèphe étaient arrivés jusqu'à lui. Pour nous comme pour Josèphe, cependant, cette mauvaise version de Illa^st précieuse en ce qu'elle comble la lacune du récit entre les fragments proprement manéthoniens I et IV; il n'est pas douteux que l'allure de la na'rration était la même dans le texte manétbonien intégral, et en ce qui concerne les noms royaux, comme nous l'avons indiqué à propos de ces fragments, c'est probablement déjà Misphragmoiithôsis etïhoummôsis qui étaient en scène, puisque le deuxième est nommé dans IV — Tetlimosis à cette place — comme ayant expulsé les Pasteurs. Cette manière de restituer la relation manéthonienne se heurte, cependant, à des objections au prime abord assez graves, qui résultent de ce que Misphrafrnwuthosis et Telhmôsis, ainsi admis en tête des rois du Nouvel Empire dans la liste manétho-

'■' Reproduction déplacée d'un détail du texte manétlionien authentique (le I « , où c'est Avaris qui est fortiliée par le roi hyksôs pour protéger la frontière contre les Assyriens.

nieiine, se reproduisent dans le même ordre six rangs [)liis bas (voir plus haut le texte du fragment IV), Mepln-timoulliùsis et Toullwwsis; que cette dernière place est celle qui leur appartient historiquement en réalité''^; enfin, que la liste royale ellemême, telle que la possède Africain , inscrit en tête de la dynastie non Misphragmouthôsis et Tcthmôsis. mais Whiiosis dont historiquement c'est bien la place. Ed. iMeyer, sur la base de ces observations {Aeg. Chron. , p. 78-7/1), pense que la relation manëthonienne dont subsistent les fragments I et IV attribuait l'expulsion des Hyksôs à Araosis, et que le nom de Tethmôsis, au début du fragment IV, n'a été introduit à cette place que pour mettre le texte en harmonie avec la narration de III, à une époque oîi III et IV étaient déjà soudés en un morceau unique avant de passer chez Josèphe. Tout ne va pas sans dilliculté, nous le verrons, dans cette manière d'expliquer les choses. Pour le moment, il convient de réserver provisoirement la question du nom du libérateur dans le récit de Manéthon, pour reprendre d'abord les éléments indubitablement acquis de cette narration, déterminer ses sources anciennes et voir de quelle manière elle s'y rattache.

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