LA DOMINATION KTBANGERË DANS LES TEXTES DU NOUVEL EMPIRE
llatsliopsitou : . . .Asiatiques (jui étaient dans le Pays du Nord . . .
Ilatshopsitou : ... occupés à démolir. . .
Hatshopsitou : . . . dans l'ignorance de Re, et il n'agissait pas selon les ordres du dieu . . .
. . .saccagèrent les temples des j Harris : . . .il n'y avait plus d'ofdieux. . . \ fraudes dans les temples. . .
Sallier : ...il ne décerna plus d'ortrandes à aucun des dieux qui étaient en la Terre-Entière . . .
Hatshopsitou ; . . . ils s'étaient donné un roi. . .
Harris : . . .se fit roi un Syrien
parmi eux . . .
/ Hairis : . . .la Terre-Entière payait
., . 1 -i 1 V 1 o 1 i ' \ le tribut devant lui. . . a imposa tribut à la Haute et a j ^ ... , ^ „ ., , .
„__. i'? .- s oallier : . . .la lerrc-rinliere lui
rendait tribut avec ses offrandes. . .
Hatshopsitou : . . .les Asiatiques qui étaient . . . dans Ha-ouarit . . .
Sallier : ...le chef Apopi était dans Ha-ouarit. . .
. .ils lirent roi l'un deslem's.
la Basse-Égyple . . .
. . . Àvaris, qu'il rebâtit , fortida ,
On voit que la relation grecque reproduit simplement, avec quelque phraséologie en plus, les éléments de la classique
U. R. WEILL
histoire de i'E[;ypte perturbée par les étrangers avant l'avènement du roi sauveur, et il est clair que le premier rédacteur de l'histoire qu'on trouve ainsi chez Manéthon, avait sous les yeux un document liiéroglyphique du genre de ceux qui nous sont parvenus. On remarque que ce rédacteur négligea, pour son tableau du bouleversement du pays, les traits empruntés à l'antique peinture du désordre anarchique, qui tiennent encore une grande place dans Harris et dans Sallier, et qu'il porta immédiatement son attention sur le deuxième élément du tableau de désolation à l'époque du Nouvel Empire, celui qui concerne la royauté sacrilège : la composition du récit en profita grandement. Quant au document hiéroglyphique qu'il avait entre les mains, il était meilleur que les nôtres, et possédait l'histoire des Asiatiques dans Avaris et de leur défaite par le roi du Sud sous sa forme complète et intacte, non encore mutilée par suppression des noms des rois comme chez Halshopsitou ou au papyrus Harris, non encore déformée par sa mise en rapport avec une autre histoire comme au papyrus Sallier, où Avaris s'introduit dans un récit de guerre dont la forme primitive ne nommait aucune ville. Reportons-nous, maintenant, aux résultats extraits au précédent chapitre, et envisageons les deux histoires primitives auxquelles nous sommes arrivés à remonter par l'analyse des documents du Nouvel Empire : l'histoire de la guerre du Sud et du Nord sous Apopi et Skenenre, assez bien représentée par la version de Sallier une fois débarrassée de la mention intrusive d' Avaris, et une histoire d'Avaris aux Asiatiques, prise par le roi du Sud, dont quelques lambeaux seulement ont été adaptés, mutilés convenablement, aux panégyriques d'Hatshopsitou et de Ramsès III ainsi qu'à l'histoire d'Apopi et de Skenenre. Il est clair que c'est cette histoire d'Avaris asiatique, aux trois quarts perdue pour nous, que la source lointaine de Manéthon possédait, et l'on voit alors qu'il faut sans doute y faire remonter certains
détails précis île Munélhon (|iion ne trouve pas ailleurs, à savoir les noms des rois du Sud et le nom des concjuérants étrangers.
Donnons quelque attention à ces noms, et d'abord, à celui du roi sous lequel l'invasion est dite avoir eu lieu, Toiituiiaws. On observe que le document liiéroglyphi((ue qui a fourni le
nom pouvait fort bien porter f ^ V fîiP 1 ' Teloumes''^\ qui
est le deuxième nom de cartouche de deux rois connus depuis peu par quelques-uns de leurs monuments dans la Hautc- Egvple, Telnofirre Tetoumcs et Tcthotcpre Tetomncs; ils appartiennent à la période comprise entre la XIP et la X^ IIP dynastie, et le choix de l'un d'eux pour dater l'invasion des Asiatiques n'aurait rien que de très vraisemblable. En ce qui concerne ensuite le nom du roi envahisseur, Salalis, on n'a encore trouvé dans les textes hiéroglyphiques aucun nom qui y corresponde^-'. Mais voici le nom des Ihjhsôs (fr. I h), curieusement expliqué, dans le texte manéthonien lui-même et dans certains des fragments secondaires qui s'y rattachent (II et \\\h, voir plus haut), par les deux étymologies égyptiennes de ^^ J -SOS a roi pasteur w, et '\^ ^ ^Ij ~^^^ «captif pasteur'); pour l'élément -sôs, on a suggéré depuis longtemps que, signifiant «pasteur-), il pourrait être la transcription du mot Llil\i^ :^ \ ji| , oui désigne les Bédouins de la marche asiatique au temps du Nouvel Empire. On sait, d'autre part, qu'un rapprochement déjà ancien est essayé entre le nom des Ihjhsôs et le titre ^f4l qui appartient au chef des Asiatiques dans le tableau connu de Beni-Hassan, sous la Xir dynastie, et aux possesseurs de certains scarabées d'un type particulier, un j »Ju| q\\ ^y. ' — '
"^ Je suis redevable de celte cuiieuse remarque à M. Isidore Lévy.
<*' Aucun compte à tenir de la tentative de Pieper, Die Ko.iijrp Ai'ipjp-
Idi.i cic. (if)o/i), p. '.]•.'., pour retrouver Salalis dans le f Jr j dos
stèles du Louvre, dont illillenoiu ^ JP* khcnzcr.
qui est le roi de ce nom ou son homonyme, deux autres ^ilaj nommés P^^ et ^^"^ Ce rapprochement a pris une certaine force depuis que Griflfith et \V. M. Millier ont établi, chacun de leur côté, vers 1898, que *aa ou ^, «les Pavs étrangers 77, est à lire, au moins dans certains cas, ^ [1 ®^. ^^P^^*' '''^'^"î^' '"^ cîîi' il n'est pas impossible que Injlisôs soit la transcription de hik hhaset, et cela serait entièrement d'accord avec l'explication manéthonienne du terme, K roi pasteur», qu'il faut évidemment comprendre comme croi des Bédouins, des gens du désert''?. Faut-il croire, d'après cela, que dans la tradition égyptienne le titre ]f4^, qui est celui des sheikhs de la marche asiatique, a été employé pour désigner tout le peuple des envahisseurs? Cela supposerait, évidemment, quelque confusion dans l'esprit ou sous la plume du rédacteur, mais une confusion de ce genre n'est pas très difficile à comprendre. Attendons la découverte du papyrus ramesside qui nous rendra l'histoire des Asiatiques et d'Avaris d'où celle de la version grecque fut transcrite.
Un dernier nom, qui figurait dans la narration manéthonienne intégrale et qu'il serait bien intéressant de connaître, est celui du libérateur qui chassa les Hyksôs et prit Avaris. Dans le récit de III « (post-manéthonien), la délivrance est attribuée à un roi Misphrdfpnouthâsia et à son fils Tcthmôsis; en était-il de même dans la version primitive? Ed. Meyer ne le pense pas , et croit devoir restituer dans le Manéthon véritable,
''' Pour reproductions, so borner à voir N'hWBERUv, Scarabs, XXII, 20-32 (Khian), XXIII, 10 (Seraken), 11 (Anlhcr).
'') Griffith, Tlie Khyan Group of Kiiigs , dans P.S.B.A., XIX (1897), p. 297; W. M. Miller, Die Iliil.sôs in Aefrypten und Asien (1898), p. ^-6 cl G, n. 2 (le mot dans les textes démotiques); cf. Sayce, Notes on the Hyksos, dans P.S.B.A., XXIII (1901), p. 95-98. Steindorff, m 189'j déjà, lisait hswl on Ijxlïœ dans | ^^ à Beni-Hassan (Kleinere Bniln'ige zitr Goschichte, dans Feslschrift ttim di-u'uclien JUstorikerlag , 189^).
au lieu de ces deux noms royaux, celui d'Amosis, pour accorder le récit des événcmcnls et la liste royale du fra^^ment IV (manéthonien), tant avec la liste royale Irarismisc par AlVicaiu qu'avec l'histoire telle qu'elle résulte des monuments. Avant de nous engager dans la question difficile de cette restitution, demandons-nous si la considération do la source hiéroglyphique perdue n'est pas de nature à fournir (|iiel(pie indication sur le roi qui prenait Avaris, dans la version de ce document pharaonique.
Et d'abord, que sont Mispliraginouthôsis et Tethmôsis? Il est nécessaire, ici, de juxtaposer la liste que donne Africain, avec la liste qui résulte du texte au moins en partie manéthonien de IV et du texte post-manéthonien de III «.
KRAGMF.XTS MANETIIONIKNS KT POST-MANKTIIONIKVS DANS JOSKIMIK.
Misphragmnulhusis
Tetlimùsis
Khebrôn
Ameaôjjhis
Amessès, sa sœur
Mèphris
Mèphramoulbùsis
Thouthmôsès
Vmenôphis, etc.
AKUICAIX, XVIll DYNASTIK.
Amôs
Kliebrôs
Amenôphtis
Amensis
Misaphi'is
Mispliragmoulhôsis
Touthmosis
Amenôphis, elc.
La première hste ne diffère de celle d'Africain , comme on voit, que par la substitution au nom d'Amosis, en tête, des deux noms royaux qui nous occupent, et comme ces derniers se retrouvent six rangs plus bas dans le môme ordre, il est immédiatement évident que leur inscription au début de la série, dans la tradition des fragments manéthoniens ou postmanéthoniens, constitue un redoublement erroné et a résulté de l'altération d'une liste antérieure où ce redoublement n'existait pas encore. L'altération était-elle déjà introduite dans la
rédaction manothonienne? Nous nous le demanderons dans un instant: ce qui importe ici, c'est que, pour identifier au point de vue historique Misphragmouthôsis et Touthmôsis, nous pouvons maintenant les envisager à leur place véritable, la deuxième, et qu'ainsi posé le problème est facilement résoluble.
La liste d'Africain, en etTet, bien qu'extrêmement mauvaise historiquement, permet de reconnaître, plus on moins défigurés et déplacés, un certain nombre de noms véritables de la WIIP dynastie. Amosis a bien été le fondateur de la dynastie; Amonophis /"", sépan'' de lui indûment par un Khohrôn-Khchroa énigmatique, fut en réalité son fils et successeur: Thoutmès I"", Thoutmès II et Amenophis II sont omis, mais Aniessh ne peut guère être que la reine Ahmès, femme de Thoutmès I"''^ (avec intervention du souvenir d'Hatshopsitou?), et dans Misaphris et Misphragmonthôsis on retrouve, sous deux formes, le même roi Thoutmès III, Misaphris = ^^ ^ Menkhopiri'P, prononcé sans doute Me-shpe-re, et Misphragmoulhosis (}lrplu'(nnoiitli(ms^==Meiik}iop{rre-Tli(mlnies par les deux noms de cartouches'-); d'où résulte que Touthmôsis et Amenophis qui suivent, semblent être Thoutmès IV et Amenophis III. Observons, en passant, qu'avec Gros et les Ahegkherès qui viennent ensuite, la liste grecque tombe en désaccord absolu avec les indications historiques, ignore et Amenophis I\ et ses successeurs de la fin de la dynastie, et qu'il n'y reparaît quelque vérité que cinq rangs après Gros, avec Harmaù, qui est le Haremheb prédécesseur de Ramsès I"; mais cela n'importe pas ici. Ce qu'il nous faut seulement retenir, c'est que Misphragmouthosis et Touthmôsis sont Thoutmès III et Thoutmès IV de l'histoire, et nous avons alors à nous demander si
('* Cf. Setiie, Die Ttironivirreu uidev deii ISachJolgerii Thiilntosis' /(189G), "' Reconnu par Sethe, tbid., p. 19, 71 et suiv.
louis noms pouvaient fijjurer dans la version lii('rojjlv|)lii(|ue de l'histoire d'Avaris et des Asiatiques qui fut la source de la version grecque.
Or, nous sommes assez renseignés sur les différents usages auxquels l'histoire fut adaptée au temps du Nouvel Emj)ire, pour comprendre que son utilisation à la gloire de Thoutmès iV ne présentait rien d'extrordinaire. La prise d'Avaris était devenue un véritable thème, qui, moyennant les modifications convenables, s'introduisait dans un récit de la guerre de Skenenre, trouvait place dans les proclamations triomphales d'Hatshopsitou et de Ramsès III : puisqu'il en était usé ainsi dès le règne d'Hatshopsitou, on voit qu'il ne serait pas étonnant que les scribes de Thoutmès IV, un peu plus tard, eussent de même usurpé l'histoire pour leur maître. C'est leur narration qui aurait engendré la version grecque, et, d'après Manéthon, on voit qu'elle devait être beaucoup plus complète que celles qui apparaissent dans les fragments conservés par les autres documents du Nouvel Empire ; elle était très voisine de la forme primitive de l'histoire, et si vraiment il y a eu usurpation du texte par Thoutmès IV, on peut croire sans imprudence que l'écrivain se borna à substituer les noms de ce Thouthmèset de son père, à ceux des rois qui conduisaient la guerre (.lans le récit authentique.
La restitution de Misphragmoutliôsis et 7e//imds/sdansla relation manéthonienne primitive ne rencontre donc point dé difficulté du côté du texte hiéroglyphique inconnu d'où elle procède à grande distance. Mais rien n'indique, non plus, que ces noms de Thoutmès III et Thoutmès IV figuraient effectivement dans cette source hiéroglyphique, de sorte que la question reste entièrement ouverte, et qu'on sera tout à fait libre, plus loin, pour chercher à retrouver, dans nos fragments de versions grecques, quelles étaient les conditions de la nai*ration primitive. ^