MISE KN RELATION DE L'HISTOIRE AVEC L'EXODE D'ISRAËL
Il est encore nécessaire auparavant, pour achever d'expliquer le ri^cit manéthonien dans son ensemble , de voir comment la vieille histoire, si purement égyptienne des Asiatif|ncs dans Avaris et du roi sauveur, est devenue le prologue de l'histoire de l'Exode et de la fondation de Jérusalem. Ici encore, le texte authentique de Manélhon nous fait défaut, et nous n'avons, pour y suppléer, que le fragment III a dont le caractère postmanéthonien a été mis en évidence. Rappelons qu'il y est dit que le roi d'Egypte, ayant enfermé les Pasteurs dans Avaris, traita avec eux, et qu'ils purent se retirer, au nombre de 2/10,000, dans le pays appelé Judée où ils fondèrent la ville de Jérusalem. C'est, comme on voit, l'identification des Pasteurs avec les Israélites, de leur expulsion avec l'Exode, et naturellement aussi, de leur entrée en Egypte avec l'arrivée en Egypte des ancêtres d'Israél, Joseph et ses frères. Si différente que soit l'histoire des Hyksôs dévastateurs, dans Manéthon, de l'histoire de l'arrivée de Joseph en Egypte dans la Bible , cela n'empê.che pas Josèphe (l'historien) de considérer l'identité des deux épisodes comme tout à fait démontrée et naturelle; relisons, au fragment III h cité plus haut, le commentaire dont il fait suivre l'explication manéthonienne ou post-manéthonienne de Hi/IïSÔs par w bergers captifs jj, nous y verrons les Hyksôs formellement identifiés avec Joseph ailes ancêtres. Cette théorie, d'ailleurs, est beaucoup plus ancienne que Josèphe; une observation très simple va nous faire voir que la confusion des Israélites et de l'Exode avec les Hyksôs et leur sortie était déjà accomplie avant que Manéthon écrivît son histoire.
On en pourrait douter si l'on n'avait que nos débris de la relation manéthonienne. Il est bien dit, au fragment IV cité
par Josèphe comme textuel : «Après que le peuple des Pasteurs, cliass(5 (i'Kgypte, se fut retiré à Jérusalem, le roi Tclhmôsis, qui les avait expulsés. . . 5j; mais cette phrase, inlro- (luclive à la liste des rois qui vient ensuite, est précisément taxée de post-manéthonisme par les critiques qui, avec Ed. Meyer, ne veulent pas que Telhmôsis soit manéthonien; on ne peut donc l'appeler en téinoijjnajje. H y a heureusement, j)our nous aider, une autre histoire dont nous n'avons pas parlé encore , et où l'on voit l'Exode d'Israël et la fondation de Jérusalem mis en rapport, exactement de la même manière que les Ilvksôs dans le premier récit, avec l'expulsion d'Efjypte d'un certain élément de population néfaste. Cette deuxième histoire, qui jouit d'un grand succès chez les littérateurs de la période alexandrine, est celle des Impurs; nous l'analyserons ])lus loin; pour le moment, il suffira de constater qu'au temps (le Manéthon elle était déjà constituée dans ses parties principales.
Manéthon lui-même la connaît. Mais comme c'est le manrihonisme même de ces versions singuhères de l'Exode qui est en cause, nous laisserons Manéthon de côté pour éviter un cercle vicieux, et invoquerons immédiatement un témoignage antérieur au sien, celui d'Hécatée d'Abdère, chez qui l'histoire des Impurs et de leur retraite en Judée se présente pour la première fois. Citons l'essentiel du passage'^' : «Une maladie pestilentielle s'étant autrefois déclarée en Egypte, le vulgaire attribua la cause du fléau à la colère de la divinité. Le pays, en effet, était plein d'étrangers nombreux et de toute espèce, (|ui pratiquaient en matière de religion et de sacrifices des rites particuliers, en faveur desquels le culte national avait été négligé. Les indigènes se persuadèrent, en conséquence, que
<"' Conservé par Diodore , dans un fiagmcnt qui lui-même nous est parvenu dans la Bibl. de Pholius. Frafrm. hial. {rraec.,\[, p. 391; Th. Rkinacii, Textes etc., p. li et suiv.
s'ils n'expulsaient pas ces étrangers ils ne se délivreraient jamais de leurs maux. Aussitôt on procéda à l'expulsion . . . La masse de ia plèbe émigra dans la contrée aujourd'hui nommée Judée, assez voisine de l'Egypte, mais qui dans ces temps-là était complètement déserte. A la tête de cette colonie était un personnage nommé Môsès, aussi distingué par la sagesse que par le courage. Il prit possession du pays et y fonda plusieurs villes, entre autres celle qui est aujourd'hui la plus célèbre et qu'on appelle Hiérosolyma. »
Cette seule version de l'histoire des Impurs suffit à montrer ses analogies profondes avec l'histoire des Hyksôs : les étrangers en Egvpte, leur impiété et leur expulsion sont des éléments communs immédiatement visibles. Ce qui est extrêmement remarquable, cependant, et ce pourquoi nous évoquons l'histoire à cette place, c'est (|He les expulsés, exactement comme dans l'autre histoire, sont identifiés avec les Juifs qui vont fonder Jérusalem, et que cette combinaison se trouve chez un écrivain du m'' siècle, antérieur à Manéthon d'un plus ou moins grand nombre d'années. On ne peut plus refuser, dès lors, de considérer comme entièrement manélhoninnne l'aulre histoire dans laquelle les Israélites sont identifiés avec les Hyksôs de manière tellement analogue. Ajoutons immédiatement qu'il n'y a pas là une seule histoire, qui apparaîtrait chez Hécatée, puis choz Manéthon, sous deux formes différentes; il y a une histoire des Impurs et une histoire des Hyksôs, et Manéthon les possède toutes deux. Mais les deux histoires ont des traits communs, procèdent, comme on le comprend déjà et comme il sera expliqué plus loin en détail, de sources hiéroglyphiques d'une même famille, et dès le début du m" siècle étaient soudées de la même manière, et indépendamment l'une de l'autre, avec l'histoire d'Israël en Egvpte.
Par quel mécanisme s'est faite la mise en relation d'éléments aussi éloignés par leur nature? Le phénomène s'est forcément
accompli dans un milieu littt^rairo où la Bible et les anciens documents étijvptions étaient lus et conférés, c'est-à-diro dans le monde ju(léo-hellénif|ue d'Alexandrie au sein duquel les deux littératures entraient en contact. De très bonne heure, les Juifs avaient dû fixer leur attention sur les épisodes bibliques du séjour d'israf'l en Egypte et de l'Exode, et s'efïorcer d'en retrouver confirmation ou trace dans les écrits égyptiens qui venaient à leur connaissance. Or, il n'était parié de gens sortant ftEgj/ple que dans une seule catégorie de traditions indigt^'nes, qui toutes avaient trait à une période de malheur, à la survenu*! d'une domination étrangère et impie qui avait pris fin par l'expulsion des Barbares ou des sacrilèges; deux ou trois variantes de cette histoire avaient cours, dans aucune desquelles le rôle attribué aux expulsés n'était sympathique ni enviable. H fallut bien que le Juif d'Egypte s'arrangeât de ces récits, en l'absence de tous autres, pour y trouver ce qu'il désirait par-dessus toute chose, des versions égyptiennes de l'Exode d'israél qui accordassent à cet événement toute l'importance dont il était digne. Le travail d'accommodation fut simultanément essayé, sans doute, sur les diverses histoires qui s'olTraient à l'ingéniosité des interprétateurs. Dans l'histoire d'Avaris et des Asiatiques expulsés par un roi de la XVlll'' dynastie, les vaincus d'Avaris devinrent les fondateurs du peuple juif et de Jérusalem, et l'on reconnaît encore la main de l'adaptateur juif dans la manière dont la défaite des Avarites est adoucir, palliée, rendue honorable et presque magnifique : ce n'est plus, comme il avait lieu sans doute dans la version ramesside, la dernière forteresse des Barbares dans le Delta qui tombe aux mains du roi de Tlièbes, c'est un peuple nombreux qui accepte une capitulation enviable et se retire avec les honneurs de la guerre. Dans l'histoire des Impurs, sous la forme que nous apporte Hécatée d'Abdère dès l'an 3oo, le rôle des étrangers qui vont fonder Jérusalem est déjà beaucoup
moins décoratif : ils sont purement et simplement expulsés, en attendant que chez de nombreux écrivains grecs qui recueilleront et développeront l'histoire, ces bannis soient identifiés, en outre, avec les malades qui, dans la forme où llécatéc reçut le récit, ne sont encore que l'occasion de l'expulsion. Cela donne lieu de penser que de bonne heure, peut-être au cours même du iv*" siècle, la polémique entre Juifs et Grecs influença dans des sens divers l'élaboration de ces histoires : tandis que du côté des Juifs on imaginait le futur peuple d'Israël capitulant glorieusement dans Avaris, les antisémites répliquaient que les choses ne s'étaient pas passées ainsi, et que les Israélites étaient à reconnaître dans telle histoire d'étrangers ou de lépreux ignominieusement chassés d'Egypte. Nous suivrons, plus loin, le développement du type antisêmitp de l'histoire; pour le moment, la composition de l'histoire pliiloséinite des Hyksôs et de l'Exode, dans Manéthon, dûment analysée dans ses conditions générales, il nous faut y revenir pour poser une dernière fois, et tâcher de résoudre le problème du nom du roi nauveur dans la narration manéthonienne.
LE \0M DU nOI SAIVECR DANS MAMiTHCfN.
On sait , par un témoignage historique positif, que c'est Amosis qui prit Avaris, et, la succession des rois du Nouvel Empire étant complètement fixée par les monuments, il est non moins certain qu'Amosis fut le premier des souverains de cette époque qui régna sur l'Egypte reconstituée. Ce serait une grande faute de raisonnement, cependant, de tirer argument de ces faits pour la reconstitution de la narration manéthonienne, car il ressort de tout ce qui précède que les sources
égyptiennes de cette narration ne sont pas des documents historiques proprement dits, mais une certaine sorte de traditions liéroùjues qui pouvaient être rattachées, par convention, à l'histoire de tout souverain. Par contre, la restitution du nom d'Amosis dans la version manéthonienne a en sa faveur, au premier coup d'oeil, la présence d'Amosis en tête de la \\ UI" dynastie dans la liste telle qu'Africain la donne (citée un peu plus haut), et l'existence d'une tradition de beaucoup antérieure dont on trouve trace chez Ptolémée de Mendès et d'après laquelle l Exode aurait eu lieu sous Amosis. Relisons le passage de Tatien qui nous apprend la chose '^^ : c^Les Egyptiens ont des annales chronologiques exactes. Or l'interprète de leurs livres sacrés, Ptolémée, non pas le roi de ce nom, mais le prêtre de Mendès, en exposant les actions de leurs rois, dit que sous Amosis, roi d'Egypte, eut lieu la sortie d'Egypte des Juifs, qui s'en allèrent où ils voulurent, sous la conduite de Moïse. Il s'exprime ainsi : r^ Amosis vivait au temps du roi Inachos. « Après lui, le grammairien Apion, auteur très célèbre, au I\" livre de son Histoire d'Egypte (il y en a cinq en tout), raconte, parmi beaucoup d'autres détails, qu'Amôsis détruisit la ville d'Avaris, au temps de l'Argien Inachos, comme l'a consigné Ptolémée de Mendès dans sa chronique^-'.» Les témoi-
('^ TiTiEîf, Oratio adversua Graecos, 838; Migne, Patrol. grecque, VI, 88o- 889; Fragm. hist. Grœc, IV, p. Zi85; Th. Reinach, Textes etc., p. 87-88, i 23-12/i.
'-' Tatien, comme on voit, cite Ptolémée d'abord directement, puis à travers Apion, et il résulte du rapprochement des deux citations qu'une seule des assertions apportées appartient certainement à Ptolémée, celle à^ Amosis nii au moment de l'Exode. Le synchronisme d'Amosis et d'Inachos a en vue rélablissemont ou la vérification d'im système de chronologie et doit être atlribué, sans doute, à Apion et non à Plolémée. Quant à Amosis destructeur d'Avaris , cela résulte inévitablement iVAmosis roi au moment de l'Exode ; depuis Manéthon, la prise d'Avaris et l'Exode des Juifs sont inséparables (se mettre en {farde, ici, contre l'interprétation fautive de Reinach, Textes, p. î2^i, n. 1).
gnages concordants de Ptolémée et d'Africain donnent lieu à EJ. Meyer, nous l'.ivons déjà noté, de penser que dans le récit manétbonien authcnlique c'était également Aniosis qui prenait Avaris, assistait à l'Exode, et venait en tête d'une liste royale identique à celle de la XVIII" dynastie d'Africain '^^. Rappelons comment Meyer, dès lors, explique Telhmôais au fragment IV. Ce fragment et la liste royale qu'il fournil appartiennent bien à Manéthon, mais le début, dit Meyer, en fut changé, et le nom primitif d'Amôsis remplacé par celui de Tethmôsis pour mettre le morceau en harmonie avec'la narration de III ^/ qui précédait et qui donne des événements une version post-manéthonienne et altérée. Il résulte même de là, continue Meyer, la preuve que la soudure de III a, post-manéthonien, et de IV, manétbonien, était déjà exécutée lorsque le tout parvint à Josophe; c'est l'auteur de la soudure qui ôta le nom d'Amôsis du début de IV.
On voit que dans cette théorie il n'y a pas, en réalité, de démonstration du fait qu'iwwsw figurait primitivement au fragment I\ , mais seulement la position en principe de ce fait et l'explication de ce qui dès lors a pu se passer ensuite. Mais la chose n'est pas si évidente que Meyer semble le croire. El d'abord, à supposer qu'on l'admette, elle ne nous délivrerait pas de MisphrnipnoutJiosis et Thoiilmôsis qui sont en scène dans la version posl-manétbonienne de III a; si ces deux noms ne sont pas de la tradition manéthonienne, ils sont d'une tradition différente, qu'il faudra expliquer, de sorte que nous aurons simplement déplacé la difficulté : pourquoi la difficulté ne serait-elle pas dans Manéthon lui-même? Dira-t-on que la liste royale de Manéthon ne peut avoir différé de celle d'Africain, avec Amosis en tête de la dynastie? C'est justement ce qui est douteux , car on n'a pas de preuve que la tradition suivie
<" Ed. .MEïi;ii . Acir. Omm.,-^. 73-76.
en ce point par Africain, à la suitede Ptolémée de Mendias (^^, est la tradition nianéllionienne. (ie ([iii est hors de doute, c'est que la tradition de Ptolémée et d'Africain est la meilleure au point do vue historique, puisqu'elle met bien l'Amosis historicjue à sa place, en tète de sa famille, tandis que l'autre tradition aboutit, combinée avec les éléments de la liste royale connus par ailleurs, à la production d'une liste monstrueuse où Misphragmoulhôshi et TImUmôsis du milieu de la dynastie se trouvent dédoublés et projetés en outre au premier rang. Mais encore une fois, pourquoi cette liste monstrueuse n'auraitelle pas été celle de iManéthon? On constate en somme, vers le début de l'ère chrétienne, deux traditions différentes sur le roi d'Egypte qui détruisit Avaris et fit sortir les Juifs d'Egypte : l'une d'elles, qui est celle de Ptolémée de Mendcs et dans la(|uelle se tiendra Africain, nomme Ainôais; l'autre, qui se manifeste dans le fragment post-manéthonien parvenu à Josèplie, attribue les faits à Misphrarrmouthôsîs et Tlioulmôsis. Laquelle des deux trouvait-on chez Manéthon lui-même?
Essayons de serrer d'un peu plus près la cjuestion de Tetlimôsis au début du fragment IV. Nous avons vu que Meyer, partant de l'hypothèse que ce nom avait été substitué, à cette place, à celui d'Amosis, en déduisait qu'antérieurement à Josèphe une suture avait été faite pour relier le passage à l'exposé antérieur de III «. Or, la substitution dont il s'agit n'a peut-être jamais eu lieu, mais il est tout à fait certain, par contre, qu'une suture artificielle existait dans le document que Josèj)he avait entre les mains : ses traces s'observent, tout à fait indépendamment des considérations de Meyer, dans le texte lui-même. On a, en effet, une image assez exacte de la narration manéthonienne, (juaiit à la structure sinon quant
'') Afiicain connaît Ptolémée de Mendès et le passage d'Apion où Ploiéuiée est cité (Africain dans Elsèbe, Praep. evang., X, lo); il sait qu'crApion dit qu'au temps d'Inachos Moïse fil sortir les Juifsn.
aux noms royaux, en supprimant l'intercalation que forme III b et mettant III « en contact avec IV. Que voit-on alors? Les dernières phrases de III a : «...ils allèrent fonder une ville. . . qui fut nommée Jérusalem n, répétées en manière d'introduction : r^ Après que le peuple des Pasteurs, chassé d'Kgypte, se fut retiré à Jérusalem. . . ». Or, celte réduplication est de toute impossibilité dans une rédaction suivie. m n, qui n'est pas de la rédaction primitive, en donne cependant une image exacte dans l'ensemble, et quel que soit le texte original qu'on suppose à la place de celui de III a, le fait de réduplication subsiste, de sorte qu'on ne peut éviter de conclure que IV. dans sa forme primitive, ne commençait pas de la même manière. Tout irait à merveille, au contraire, en ôtant la première phrase de ce fragment, et le faisant commencer seulement avec : «Celui qui les avait expulsés...»; la narration primitive que nous arrivons ù induire se présenterait alors, autour du point étudié, sous la forme parfaitement cohérente que voici: «(fin de llla ;) . . .ils allèrent fonder une ville, etc., qui fut nommée Jérusalem. (IV:) Le roi qui les avait expulsés d'Egypte, X. . ., régna ensuite 2.5 ans et A mois», etc. Telle était certainement — au nom près du roi, qui est l'inconnue du problème — l'allure et à peu de chose près le texte de la narration de Mnnéthon^^'. Comment est-il arrivé, maintenant, que le texte fut coupé en deux et que la reprise narrative du début de IV devint nécessaire à cette place?
Josèphe, bien certainement, n'en est pas cause. Il cite simplement les fragments qu'il a sous les yeux, et IV lui était transmis, comme étant de Manéthon, sous la forme même qu'il lui conserve. Quant à l'Alexandrin inconnu qui fut la
<*' Que la plirase que nous supprimons au début de IV soit une addition postérieure, rcia se manifeste encore par la rodnpliration que forme, avec (leri TaiJTo du Icxlc primitif, fiETa to qui \ienl en Icle de la phrase ajoutée.
source de Josi^plie, il est assez difTicile de voir exactement sur quels documents il travaillait et de quelle manière; lu citation (les frafjments I et IV semble indicjuer qu'il possédait le iManéthon inléjjral et authentique, mais il résulte de III « qu'il avait sous les yeux, en même temps, un autre livre de rédaction postérieure, et l'on comprend alors qu'il fallût des sutures. (]et excerpteur inconnu donna la préférence à la version de 111 rt; arrivé au bout du frajjmenl il ju{jea à propos, à ce qu'il sendde, d'ouvrir dans le récit une parenthèse, dont l'objet était |)eut-étre le même cpie celui du passage III b ([ui sous la plume (le Josèphe a pris sa place, puis il conlnma par le fragment proprement manéthonien IV, en lui préposant une phrase additionnelle destinée à faire liaison. Or Tetlimàsis ligurait-il à cette j)lace dans l'original? S'il n'y était pas, c'est l'excerpteur qui l'a substitué à un autre nom dans un but d'harmonisation avec le récit de III a, et nous sommes à peu près dans la théorie de Meyer; mais ici encore, on ne trouve pas de raison de croire que cette falsification du texte manéthonien ait été nécessaire. Il est donc impossible de se d'cider, d'après le texte lui- UK^me, dans un sens ou dans l'autre, et l'on ne pourrait que laisser la (jueslion ouverte si l'on n'avait la chance de rencontrer, ailleurs, une indication assez sérieuse en faveur de Mhsphrngmoitthosis et Tliouliiiôsis chez Manélhon. L'histoire des Impurs, dont on a dit quelques jnots plus haut, était en effet connue de Manéthon, et figurait dans les fragments manéthoniens et post-manéthoniens dont Josèphe avait un recueil; Jos(''phe en cite une partie d'après «le récit textuel de Manéthon 57, ce (|ui indi(jue (jue le fragment correspondant, tout au moins, lui était transmis comme manéthonien authentique. Or, dans le fragment dont il s'agit, on trouve mention des «Pasteurs (lue le roi Telhmôsis avait chassés*"». Si c'est bien
''^ Voir, au chapitre suivant, Tanalysc complète du passage; en trad. dans PiEiNACH, Textes, p. 39-33.