‹ La fin du Moyen Empire egyptien; étude sur les monuments et l'histoire de la période comprise entre la 12e et la 18e dynastie (volume 2)Chapitre 2 sur 51 · V*«( \II · texte numérisé non relu

V*«( \II

I. Ij'liistoire doit ùlre lait»* avec h's iiKniiniicnts piopreinent dits, c'est-à-dii'e levS documents contemporains des év(^nenienls «^tudi/'s, non avec les documents postérieurs, ([u'ils soient grecs ou liiéro<jlyplii((ues; car la tradition anti(|ue. essentiellement, de par le mécanisme qui la tait naître, évoluer, se déCormer et se transformer sans lin, au gré d'impulsions d'une diversité et d'une complexité infmies, la tradition anli([ue est un tissu de confusion et d'illusion sans rapport direct avec la léalité des choses. Les documents historiques ou pseudo-historiques des anciens doivent être pris en considération quand ïhiMôira est déjà élablie, et analysés non pour l'histoire, mais pour «nix-mêmes, conmie des faits ou des épisodes de ïhisloirp do hi Iniditioii, de cette longue évolution dcjcumentaire qui, à tout instant, succède à l'histoire consommée et s'imhrique avec les faits de l'histoire ultérieure.

'2. Avant de mettre les documents traditionnels, pour les étudier de la manière qu'on vient de dire, en regard des faits historiques préalahlement élucidés, il faut a\oir fait complètement Y histoire de la Iradilion, qui est simplement l'histoire de la fdiation des documents : car il est meilleur de ne rapprocher, du fait historique, que les documents du stade le plus ancien, irréductibles à d'autres formes antérieures, et nécessaire, si l'on procède autrement, de savoir nettement à quel clge, à quel niveau, à quel stade de dérivation apparr tient le document qu'on met en cause. Avant nous, dans les limites du sujet de cet ouvrage, l'histoire ci-itique des documents grecs était déjà faite à peu de chose près.

et facile à compléter; pur l'application des mêmes métliodes d'analyse textuelle, nous sommes arrivé à établir la continuité des chaînes documentaires, en remontant, entre les relations jjrocques et les documents hiéroglyphiques de l'époque thébaino, de telle sorte qu'il reste utile pour ces derniers seuls, désormais, de procéder au rapprochement direct entre <mi\ rt les faits historiques véritables.

.'3. .La critique documentaire doit être appliquée, enfin, aux textes hiéroglyphiques comporcs entre eux; ils dérivent les uus des autres suivant les mêmes procédés de copie, de citation, d'altération et de combinaison dont la composition littéraire des anciens est inséparable, et l'on peut y effectuer la séparation des sources, la détermination des libations et des parentés, exactement comme dans tout autre domaine. Cette analyse textuelle est pratiquée, depuis longtemps, dans l'ordre des textes hiéroglyphiques religieux, dont le cadre fixe, la forme et la contexture en principe immuables, modifiées seulement par altérations locales et successives, invitent naturellement à la constatation des divergences et à l'établissement d'éditions criti(|ues. En ce qui concerne les textes littéraires et historiques, ou considérés comme historiques, l'application de la méthode est moins immédiate et paraît ne guère avoir été tentée encore; elle est possible, cependant, et extrêmement rémunératrice : on pourra s'iuqioser, grâce à elle, lorsqu'il s'agira de conféier la tradition hiéroglyphique avec les faits historiques auparavant établis, de ne faire intervenir que les formes traditioimelles les plus an-

ciennes, l)rutes ou restituées, auxquelles on sera aiiivé à remonter en fin de compte.

Poursuivies dans le sens des règles ainsi posées, nos recherches nous ont conduit à des l'ésultats d'une portée hisloii(|iie intéressant(!. Les plus marquants peuventêtre présentés comme il suit.

1. L'éclaircissement, le cr débrouillage r du prohlètxe des Hi/lmis, de ce ledoutable écheveau constitué pai' la suj)erposition et l'enchevêlrement des malentendus de toutes les époques, consolidé dans sa forme inextricable par la méthode historique trop naïve des modernes, qui combine, sur le même plan, les relations grecques, les documents hiéroglyphiques et les indications monumentales. Extraite de sa gangue complexe, cependant, l'histoire de la domination des Asiatiquesdans la Basse-Egypte et des guerres subséquentes du Nord contre le Sud est très simple, et l'on embrasse clairement le développement de la tradition ultérieure.

2. Dans un cliamp plus vaste, par delà les bornes de la période des crHyksôs^, qui se superpose à l'histoire de l'Egypte thébaine depuis les rois Sebekhotep et s'étend jusqu'à l'avènement d'Amôsis, on obtient un tableau bien assuré de toute la période comprise entre la Xll*-' dynastie et la XVIH''. La chronologie, notamment, trouve une base dans l'enchaînement des faits historiques, tels qu'ils lésultent de l'analysi; monumentale, et il apparaît, en Gn de compte, (pi'entre la XII^

el la \\ III' (Knastie ne peut trouver place qu nn inleivalle de durée fort, restreinte.

3. Une sorte de vérification de ces conditions chronoIoiTifjues résulte de l'analyse de la tradition grecque et de riiisloire de son développement. La clinnwlogip longue d'Africain est tout ;\ fait en opposition avec l'histoire, positivement établie coinine nous venons de le noter, mais les chidi-es de cette liste africaine, très tardifs, sont artificiels assez visiblement pour qu'on puisse remonter, par degrés, à des formes moins chargées et dont les données numériques, au stade le ])lus ancien qu'on arrive à joindre, étaient extrêmement modestes. Il ne subsiste plus, alors, aucune discordance entre les résultats proprement historiques et les témoignages de la tradition grecque ramenée à ses sources (non plus qu'avec ceux du |)apyrusde Turin, d'ailleurs); et l'on peut accepter de préciser les durées, puis les dates de la chi-onologie absolue, pour la période C[ui nous intéresse, conformément aux indications des dates solhiaijurH, envisagées dans l'esprit de la chronologie coiuie.

Si l'on y insiste, au seuil de cet ouvrage, c'est qu'au point de vue de l'histoire générale, le grand problènie de la période entre Xll" et ^kVlIl" dynasties est toujours celui de la durée longue ou courte. Supposée admise la théorie des <lalpi< sothiafjues, la durée de l'intervalle en question en résulte avec beaucoup de précision, mais sous la réserve d'une incertitude fixe de i/|fio ans en plus ou en moins, de telle manière qu'entre la XII'" dynastie et la \\ III' . il V ;i (à un prtit nombre d'aimées

près) -joS ans;, ou bien i()(J8. La \VIlh' dynastie une lois dati'e posilivement — ravèneiiient d'Aiiiôsis se place iiu\ alentouis de 1077 — la Xll'' dynastie se trouve donc linir, soit en 1785, soit en 32^5, et la même iudétennination se reporte, en remontant, jns(ju'aux dates de la période menipliite et à celles des premières dynasties. Or, les origines égyptiennes ne peuvent être en\isag(''es seules; elles sont en relation avec les origines clialdéennes. et, dautre part, les premières dynasties ég\[)tiennes tiennent étroitement avec l'âge du cuivre et la lin de l'âge de la pierre dans le monde de la Méditerranée orientale. On voit jusqu'où fâcheusement porterait une persistante incertitude de 1660 ans, pesant sur les dates absolues, et combien il est précieux de savoir que ce sont les cbiflVes récents, ceux de la chronologie courte, qu'il laut considérer comme les \éritables.

Les considérations et les conclusions qui s'enchaînent au coui's (le ce livre pourront parfois surprendre, et seront acceptées avec plus ou moins de peine par nombre de personnes, parce qu'elles s'opposent à des habitudes anciennes dont on ne saurait faire table rase que si l'action du raisonnement était ellicace à elle seule, ou si la critique historique s'était exercée, jusqu'à ce jour, de plus générale et plus pénétrante façon dans l'ordre des documents égyptologiques. La chronologie courte, qui ressort presque de l'évidence des choses dès que les

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