DANS LA LITTÉRATURE EGYPTIENNE TARDIVE
Wilcken a fort bien expliqué, en i'^97, le texte extraordinairement intéressant de ïapolofrie du potier, connu depuis i8f)3 par les fragments de plusieurs papyrus grecs des if et uf siècles ap. J.-C, que publia Wessely-'l Le titre de l'ouvrage, qui figure au bas de la narration en manière de clausule : «La défense du potier par-devant le roi Aménopis, concernant l'avenir de l'Egypte, — traduit du mieux possible», montre qu'on est en présence de la traduction en grec d'un original égyptien. Le récit se reconstitue de la manière suivante :
Au temps du roi Aménopis vivait un potier, qui fut dénoncé comme méprisant les dieux, pratiquant l'athéisme et la contemption des lois. Arrêté chez lui, à ce qu'on croit comprendre, il tomba en état d'extase et d'inspiration divine. On le conduisit devant le roi, qui avait entendu parler du miracle et en était étonné. Sans doute le roi lui demandait-il alors que, pour démontrer les relations particuhères où il était avec les dieux et se laver ainsi des soupçons qui pesaient sur lui, il lui fît des
"' K. Wessely, Noui; uriechische Zuiiherpapijnts , clans Deiihscliriften d. Wimei- AU., XLH (1898), p. 3 et suiv.; U. VVilckex, Zur âgyptisch-hellcnislichen Liltpyatur, dans Apgijpliaca fur Ehers, p. i/i;î-i5n (voir p. lAO et suiv.).
prédictions sur l'avenir de l'Egyple; on lit venir un hiérogrammate pour enregistrer la prophétie, et l'accusé procéda à sa défense comme il lui était demandé, prédisant qu'après une période d'abaissement viendrait une ère de bonheur sous un nouveau roi. Le texte continue en ces termes : «Lorsqu'il eut parlé jusque-là . il tomba niort. Le roi Aménopis éprouva un grand chagrin de sa perte, il embauma le potier et l'ensevelit dans lléliopolis. Quant au livre, il le déposa dans te trésor. . . et le montrait volontiers à tout le monde. 53 Après quoi vient le titre général noté plus haut.
Cette fable égyptienne, passée en grec dans plusieurs manuscrits des II" et uf siècles, est en relation extrêmement étroite avec l'histoire des Impurs telle qu'on la trouve dans le récit manéthonien. Le nom du roi est le même; la personne du voyant est changée, — chez Chaerémon, de manière analogue, le roi est toujours Aménophis tandis que le devin est Phritibautès au lieu d'Aménophis fils de Paapis, — mais la prophétie est tout à fait la même dans l'ensemble, et plusieurs détails se reproduisent dans un état d'analogie remarquable : le voyant qui meurt, sa prophétie qui reste au roi sous forme d'un écrit, l'impression pénible et profonde que le roi en éprouve. Que sont, dans l'histoire du potier, les ennemis qui vaincront Aménopis? On ne le voit pas clairement, et certains ^œvo(p6pot , «porteurs de ceintures:^, paraissent seulement à un moment donné; mais dans la description de l'âge d'or qui vient ensuite, il est question d'un règne heureux de cinquantecinq ans, qu'il n'est pas difficile de retrouver au moins approximativement dans les chiffres de Manéthon et des listes postérieures relatifs aux Selhôs et aux Ramessès au temps de qui l'histoire manéthonienne des Impurs est placée '^^. Il résulte de
Cî Le Sethôs appelé atissi Ramessès, fils d'Aracnopliis, qui revient d'Ethiopie cl chasse les Impurs, — nous avons vu que c'est en réalité Ramsôs III, — règne 60 ans d'après Africain et ne fifjure pas dans la liste d'Kusèbc; c'est dans
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tout cela que les traits de cette dernière histoire se retrouvent beaucoup mieux et plus complètement ici que dans les autres versions alexandrincs du récit des Impurs et de l'Exode, où l'histoire des Impurs, comme nous le remarquions plus haut, a été la plupart du temps mutilée et réduite au rôle d'une introduction de l'Iiisloire de l'expulsion dos Juifs : dans une seule de ses formes, celle qui fut recueillie par Manélhon, le complexe des Impurs et de l'Exode avait été élaboré sans priver l'histoire égyptienne de quelques-uns de ses principaux éléments. Mais voici qu'avec le texte des papyrus Wessely nous trouvons enfiu l'histoire racontée pour elle-même, en dehors des préoccupations judéo-alexandrines et indemme de cette mise en relation si dangereusement déformante avec l'Exode : d'après la date des papyrus, on pourrait craindre que le vieux récit ne nous parvint ainsi que dans une forme très remaniée, mais les points de contact nombreux avec le récit manélhonien nous rassurent, et nous montrent immédiatement comment on arrivera , par le rapprochement des deux textes et en ôtant de celui de Manéthon l'élément parasite ^ Exode», à déterminer de quelle manière l'histoire était racontée vers la fin du IV* siècle.
Le principal caractère par où elle diffère des autres histoires de désolation et de roi sauveur des textes du Nouvel Empire, ainsi que de la version manéthonienne de l'histoire des Pasteurs et d'Avaris, consiste dans l'intervention de la prédiction du malheur qui va fondre sur l'Egypte. D'où vient cet élément narratif nouveau et à quelle époque s'est-il introduit dans le vieux thème? Outre l'exemple de l'histoire du potier on en connaît un autre, au début de la période romaine, dans le remarquable fragment de papyrus démotique que Krall, en 1898,
celle dernière lisle qu'on rolrouve le cliiiïrc exact de 55 ans, allribué au premier Selliôs appelé aussi Uamcssi's de Mancllion, — Séti 1" de i'hisloire, — qui dans Manélhon lui-même a yg ans de règne et 5i ans dans Africain.
a fuit connaître 'l II s'agit, comme on sait, du roi Bokchoris et des |)rédicliuns d'un certain hlb, j)-lnb, dont Krall rapproche la d(5signalion du mot copte p-hieib « l'agneau r, en proposant avec raison de reconnaître dans cet animal l'agneau parlant qui se manifesta, au temps de Bokchoris précisément, d'après une brève note d'Africain et une description plus détaillée d'Ehen'-'. L'histoire du papyrus Krall se termine, exactement comme celle des papyrus grecs dont on vient de parler, par son titre : «Les malédictions sur l'Egypte depuis la G" année du roi Bokchoris. » Le commencement est perdu et le reste n'est pas toujours facile à comprendre; on voit cependant que la prédiction n'est pas adressée directement au roi, mais à un certain Psenhor, à qui l'agneau est en train de parler, au début du fragment qu'on possède; il évoque de terribles malheurs : «... la calamité grande en Egypte; pleure Héliopolis à l'Est. . . pleure Slunoun (?j . . . font les routes de Hebyt (?j . . . pleure Thèbes. . . L'agneau s'arrêta dans ses malédictions. Psenhor lui dit : Que [peux-tu me dire de la durée de cette calamité(?)] Il dit : jusqu'à achèvement de cjoo années, je frapperai
('i J. Krall, Vom Kônig Bokchoris, dans Festgaben zu Ehren Max Bùdinger'i, 1898, p. 3-11.
*'^ Los deux passages ont ét<^ rapprochés par Gulschmied {Kleine Schrijlen, dans PhilolDgiis , XI, i8.")6, p. 532), qui pensait que la prédiction de l'agneau avait Irait à l'invasion de Sabacon. Dans la courte phrase d'Africain apparaît un chiffre de 990 ans dont ia considération a donné lieu à des oïplications chronolojpqucs variées: voir notamment Lautu, Acg. Chron. (1877), p. 212. Fort intéressante, d'autre part, est la récente remarque d'Ed. Meyer, Ein neiies Bntchstiich Manethos ûber das Lamm des Bokchoris, dans Aeg. Zeilschrijï, XLVI [1910], p. i35-i36), concernant un proverbe alexandrin sur l'agneau parlant, qui nous est consiTvé par les recueils de Pliitarque et de Suidas avec un commentaijp explicatif et une description de l'animal divin auquel le proverbe faisait allusion. Comme l'observe Meyer, ia description de l'agneau est bien plus purement égyptienne dans ces derniers commentaires que dans le texte d'Elien, et l'on pourrait admettre que I^lularque et Suidas nous transmettent, ici, un fragment manélhoulen véritable, tandis qu'Elien aurait pris sa description de l'agneau chez Apion.
l'Egyple, [dit le dieu, après quoi sculemont] il tournera son visage vers rEjfvple et s'éloignera des guerriers étrangers. [Mais auparavant régneront] le mensonge, la méconnaissance
de la justice et de la loi; [les étrangers] prendront les
chapelles des dieux de l'I'^gypte et les emporteront à ISniwa et au pays des Amôr. [Ce temps d'épreuve terminé, voilà rpie] les hommes d'Egypte vont au pays de Hoir, frappent ses provinces et retrouvent les chapelles des dieux de l'Egypte, v L'agneau poursuit par la description du bonheur et de la joie qui régneront dans le pavs, après quoi "l'agneau termina ses paroles. . . et fit sa purification [mourut). Psenhor le plaça sur une barque neuve, et sans tarder le fit conduire au lieu où se trouvait le roi Bokchoris. On lut le livre en présence du roi, pour la connaissance de tous les malheurs qui devaient atteindre l'Egypte ... Le roi dit : Psenhor, veille à ce qu'on donne à l'agneau un tombeau, et qu'on l'ensevelisse comme un dieu et ainsi qu'il sied aux plus nobles. Et cela fut exécuté suivant les ordres du roi. »
On remarque tout d'abord, dans cette histoire, son attribution au règne de Bokchoris, qui est le roi de l'histoire des Impurs dans la version recueillie par Lysimaque; mais d'autres analogies existent avec la version développée dont Manéthon et les papyrus A\ ilcken nous conservent des formes : ces analogies concernent le fait même d'une prédiction de malheur temporaire, la mort du prophète, et la mention d'un livre où les prédictions sont consignées et qui reste au roi. On voit, par ces éléments communs, qu'on est en présence d'une autre version de la même histoire de la désolation en Egvpte, particulièrement apparentée avec la version des papyrus Wilcken par le fait que la restauration après la période de malheur n'est pas à proprement parler racontée, mais seulement prédite, et que le récit se termine avec la mort du devin. Une divergence importante est à noter, cependant, en ce qui concerne le détail
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des malheurs dont l'Egypte sera frapp(5e. Dans la version niant'lhonlenne il s'agit seulement d'Impurs, et aux papyrus \\ ilcken de «porteurs de ceintures» énigmatiques, mais dans aucun des deux cas d'étrangers; ici, au contraire, la calamité doit venir du dehors, et nommément de l'Asie, de IJoir qui est la Phénicie d'après le décret de Canope, d'Amôr qui dans le même document correspond à la Syrie, de Nniiva qui paraît hien être Ninive; c'est par les gens de ces pays que l'Egypte sera envahie, et c'est chez eux que les Egyptiens vainqueurs iront à leur tour porter la guerre. Comment faut-il comprendre l'intention du rédacteur? Krall pense qu'il y a, chez lui, le souvenir d'événements historiques véritables, et rappelle qu'au temps de Bokchoris l'Egypte était menacée simultanément par l'Ethiopie et par l'Assyrie; mais l'invasion asiatique, dit-il, était des deux la plus redoutable. Sans discuter cette dernière assertion, qui veut expliquer le choix arbitraire fait par le rédacteur entre deux calamités, on peut remarquer immédiatement que cet écrivain, qui composait au temps d'Auguste une fable prophétique, n'avait probablement pas la moindre connaissance, et certainement pas le moindre souci de ce qui s'était véritablement passé au temps du roi Bokchoris; cela suffit ù montrer que l'explication de Krall n'est pas la vraie, qui nous apparaîtra un peu plus loin.
Ce que Krall a bien vu, par contre, c'est que les 900 ans de malheur à subir depuis Bokchoris se terminent vers l'an 1 00 ap. J.-C. : le rédacteur de l'époque romaine connaissait sans nul doute cette chronologie, et, selon le procédé courant dans la littérature prophétique, il donnait à espérer à ses lecteurs l'ouverture d'une ère de bonheur relativement proche ^'^ On
t') Krall suggère, de plus, que, si le cliiiïre de 900 ans est devenu 990 clicz Africain (voir note précédente), c'est probablement parce qu'à son époque les 900 ans depuis Bokchoris étaient déjà écoulés, et qu'en ajoutant 90 ans de plus on ouvrait pour les gens une période supplémentaire d'espéranc«.
i'oin;u([iio, à ce propos, que dans les d(>u\ autres formes de l'histoire où la pro[)liétie intervient, celle de Manéthon et celle des papyrus Uilcken, la prédiction est à terme beaucoup plus court; dans l'histoire du roi Aménopis et du potier, la durée (le la calamité à venir est indéterminée, dans l'histoire manéthonieniie du roi Aménopliis c'est treize ans seulement (lue la victoire des Impurs doit se maintenir. Il ressort de là que dans cette dernière version, notamment, la prédiction n'offre pas le puissant intérêt d'actualité qu'on devait trouver, plus tard, dans l'histoire de l'ajjneau; quelle part l'Egyptien du iv" ou du uf siècle av. J.-C. avait-il aux malheurs subis sous les Ramessides? Faire intervenir un épisode de prédiction d'une manière aussi gratuite constitue, en quelque sorte, un non-sens littéraire, et l'on est tout à fait tenté de croire que l'histoire des Impurs, dans sa forme primitive, ne comportait pas l'élément prophétique; ce dernier ne s'y est introduit que par contamination, et parce qu'il y avait en circulation, quelque temps avant Manéthon, des histoires de tendance toute différente, proprement prophétiques, celles-là, dont l'objet était de donner à espérer aux hommes, à terme plus ou moins lointain, le retour de l'âge d'or.
La prédiction de bonheur ne peut se manifester, au moins pour la première fois et en tant qu'invention, qu'à une époque de grand malheur national. Inconnue de la littérature égyptienne ancienne^'', déjà créée au début du ni* siècle, sous quelle influence cette forme littéraire est-elle arrivée à se produire? Beaucoup de calamités avaient passé sur l'Egypte depuis la fin de l'empire thébain, les invasions éthiopiennes, assyriennes, la première conquête perse en 595, la deuxième en 3/i'j : quatre ou cinq siècles de perturbation profonde jusqu'à
'') Nous avons vu plus haut (cliap. i") que, contrairement à ce que Lanfje avait cru rcconnaitro, il n'y a pas la moindre trace d'élément prophétique dans les Adtnonilioiis au roi du Moyen Empire.
M. U. UKILL. Q
ce que la conquête macédonienne, vers 33 o, vînt rétablir la ])ro^[)énli' et l'ordre. La prédiction de l'Age d'or est donc antérieure à 33o; est-elle née au cours des douze années qui précédèrent, sous le faix de la domination d'Oklios et de ses successeurs/ Il est plus probable qu'elle s'est élaborée lentement, au cours de plusieurs siècles, et qu'il en avait déjà été fait littérairement plusieurs emplois avant le premier document où nous la trouvons; une limite inférieure de date est donnée, en tout cas, par le fait que l'bistoire d'Aménoj)liis et des Impurs, telle qu'elle parvient à Manétlion au début du m* siècle, en est déjà contaminée.
Une fois créée, cependant, la prédiction de i'àge d'or devient un thème, d'emploi facultatif et gratuit, qu'on introduit dans les contes historiques pour leur donner un intérêt supplémentaire. Au temps d'Auguste, lorsque était rédigée l'Iiisloire de l'agneau, au if siècle ap. J.-G. lorsqu'on composait ou qu'on traduisait l'histoire du potier, l'Egypte n'était pas particulièrement malheureuse, et ce sont de simples petits romans que ces récits dans lesquels une prédiction est mise en rapport avec le vieux thème de la désolation au temps d'un roi ancien. Ceci nous ramène à l'analyse du tableau de désolation que comporte l'histoire de l'agneau. 11 s'agit, comme nous avons vu, d'une invasion des Asiatiques, qui seront victorieux pendant un temps, et nous avons déjà remarqué l'impossibilité en quelque sorte matérielle qu'il y a à ce que l'écrivain du temps d'Auguste ait en vue des événements véritables accomplis sous le règne de Bokchoris. Mais n'y a-î-il pas là, encore une fois, le simple développement d'un thème? Ce dernier nous est bien connu, c'est celui des Asiatiques envahisseurs, conquérants, puis refoulés dans Avaris et expulsés; exploité plusieurs fois au temps du Xouvel Empire, il produit l'histoire des Hyksôs et d'Avaris qui est mise en relation avec l'Exode et passe ainsi chez Manétlion, mais on voit que dans une autre direction il
subsiste on même temps à l'état pur, et reparaît quelrpies siècles après avec un abondant ('(ala}',e de noms g('0|;niplii(pjes pour désigner les Asiatiques ennemis, la r Piiénirieii, la « Syrie w, «Ninive». A ces vieux éléments littéraires, les Asiatiques envaliisseurs, la prédiction, l'auteur en amalgame encore un autre, celui des images divines emportées par l'ennemi et rapportées en Egypte par le roi sauveur, — on sait quel grand rôle joue ce retour des images divines dans la littérature triomphale des derniers siècles de l'indépendance et de la période ptoiémaïque, — il choisit pour date celle de Bokclioris, qui, à peu près à la même époque, figure chez Lysimaque dans le récit des Impurs et de l'Exode, et avec tout cela il fabrique son histoire.
Si l'on rapproche maintenant, pour une comparaison directe, l'histoire de l'agneau et l'histoire des Impurs dans la version manéthonienne, on verra qu'il n'y a plus rien de commun entre elles que le fait d'une prédiction et certains détails comme la mort du devin et la conservation par écrit des choses prédites. Mais le roi est différent, la personne du devin est différente, et différents aussi les malheurs qui frappent ou doivent frapper l'Egypte : au lieu des Impurs de la version manéthonienne. qui semblent ne pas être des étrangers, on trouve dans l'histoire de l'agneau une invasion asiatique. Ici, cependant, il ne faut pas trop se hâter de conclure à une différence fondamentale. Dans l'histoire de l'agneau, on vient de le voir, il y a un simple développement du tlième des Hyksôs et d'Avaris; or, précédemment, analysant l'histoire des Impurs dans Manéthon (même chapitre, H 1), nous étions frappés de la rencontre de certains détails avec des détails de l'histoire des Hyksôs et d'Avaris telle qu'on la trouve dans quelques documents du Nouvel Empire : ce qu'il est nécessaire de voir maintenant, c'est dans quelles conditions de dépendance ou d'indépendance sont originairement ensemble l'histoire des
Asiatiquos et d'Avaris et l'Jtistoire des Impurs. Nous y arriviTohs par i'aiialvse de l'Iiistoire des Impurs, qu'on va maintenant extraire sans peine, dans sa forme primitive, de la gangue manétlionienne et alexandrine.
FOHMli PRIMITIVE DE L'ïIISTOIRE DES IMI'UIIS ET SOURCES ÉGYPTIENNES ANCIENNES.
L'histoire des Impurs parvint à Manéthon, de même que plus tard à Chaerémon el à Lysimaque , déjà mise en relation avec l'Exode et comme étant essentiellement une histoire de l'Exode, et nous avons expliqué, plus haut, les moditlcations que Manéthon dut introduire dans le récit pour l'amener en concordance avec la première histoire de l'Exode qu'il avait déjà, celle avec les Pasteurs et Avaris. L'histoire des Impurs et de l'Exode, telle que Manéthon la re-cevait, est très facile à rétablir : il suffit de supprimer le retour ofi'ensif des Juifs de Jérusalem et leur alliance avec les Impurs, et de laisser seuls les Impurs, qui seront cliassés d'Egypte et deviendront le peuple juif comme chez tous les écrivains alexandrins des siècles suivants. Celte première restitution effectuée, on remonte à un degré notablement plus proche des origines égyptiennes de l'histoire, par la comparaison avec l'histoire du potier et du roi Aménophis, dont les nombreuses relations avec la précédente ont été signalées plus haut et qui nous permet de voir comment le récit était constitué avant qu'on le mit en relation avec l'Exode, c'est-à-dire dans le domaine de la littérature égyptienne sans contamination étrangère.
Pour accéder à celte forme proprement indigène, il suiïit de prendre la narration prémanétlionienne des Impurs et de l'Exode qu'on vient de rétablir, et, sans rien changer aux cir-
constances du iV'cit, d'y ôlcr simplement un mot, celui qui identifie, à la fin, les Impurs expulsés avec les fondateurs de la nation juive. Il reste, alors, une histoire d'Impurs sacrilèges qui, en exécution d'une prédiction détaillée, mettent en fuite le roi Aménophis et, au bout d'un certain temps, sont vaincus et chassés à leur tour. Dans l'histoire du potier, les choses se passent de même, bien qu'en prédiction seulement, et l'existence de la prédiction dans celte version exclusivement égvptienne confirme (|ue l'élément prédiction figurait déjà dans le récit voisin qui eut la fortune de devenir celui de l'Exode. On remarque, maintenant, que des deux versions indigènes de l'histoire du roi Aménophis que nous venons de définir, — la version prémanéllionicnne, débarrassée de l'élément Exode, et la version du potier, — la première est de beaucoup la plus ancienne, car elle n'est autre chose, prédiction mise à part, qu'une de ces histoires de bouleversement et de roi sauveur que la littérature de l'époque pharaonique nous a rendues familières; dans la version tardive du potier, au contraire, les conditions du récit sont complètement renversées, en ce sens que le roi sauveur a disparu, supplanté parla prédiction, et qu'au lieu de l'histoire d'une restauration nationale on n'a plus que l'histoire d'une prédiction. Ce dernier élément du récit avait déjà pris toute la place un siècle ou deux auparavant, comme le montre l'histoire, de tendance peut-être différente, de l'agneau et du roi Bokchoris. Dans l'histoire prémanéthonienne et prijudaùjue des Impurs, cependant, la prédiction ne joue encore d'autre rôle que celui d'un épisode narratif supplémentaire, qui augmente l'intérêt mais dont le récit se passerait sans peine : qu'importe à l'histoire de la subversion et du roi restaurateur que les malheurs du pays aient été annoncés à l'avance? On sent bien que cet élément narratif, qui jouera par la suite un si grand rôle, est encore ici nouveau, et que son introduction arbitraire dans la vieille histoire résulte de
la contamination par d'autres formes littéraires, indigènes assurément, mais que l'époque pharaonique classique ne connaissait pas. Nous avons essayé, plus haut, de voir sous quelles influonces la pri'diction est née dans la littérature égyptienne; très vraiseriiblahlement elle n'est pas antérieure aux grandes calamités qui se déchaînèrent sur le pays à partir du vu'" siècle, de sorte qu'il va forcément un moment, antérieurement à la iimile ainsi déterminée, où l'histoire des Impurs et du roi Aménophis se racontait sans que la prédiction intervînt dans le récit. Lorsqu'on l'y fit entrer pour la première fois, à une date absolument impossible à préciser entre le vu* siècle et le iv% on eut recours, pour tenir le rôle du devin, au célèbre ministre d'Aménothès 111, Aménolhès fils de Hapou, dont le culte était célébré à Deir el Medineh'^^ et auquel on attribuait, selon l'habitude égvptienne, la rédaction de livres de toute sorte ^-^ : c'est lui, comme il est reconnu depuis longtemps, YAménophis jils de Paapis de la version grecque.
Lorsque ainsi, opérant sur l'histoire prémanéthonienne des Impurs et de l'Exode, on a débarrassé le récit de l'espèce de
<•' La stèle de fondation du premier temple de Deir el Medineh, consacre à cet Aménothès, est au British Muséum : Birch, Inscr. in the Hieratic and Démolie eharactert, pi. XXIX, trad. dans GiiAn\s, Mél. Kifijpt.. •?.' série, p. 3l/i- ')'i3; le texte encore dans Loret, Grnwmftire, p. i '17-1 '19, d'après copie originale; cf. Erm\n, Amennphis , Sohn des Paapis, dans A.Z., 1877, p. 1/17-148. Sa statue de Karnak : Mahikttk, Karnah, pi. XXXVI-XXWII, et Rolgé, Inscr. hiér'>ifl., pi. XXlil-XXMll : cf. BiacscH , Aoch cimnal Aiiienholop der Sohn des llapu, dans A. Z., 1S76, p. (jG-101. Les tableaux de Soleb où il figure avec Aménothès m : L. D., III, 83-88. Voir, pour tout cela, Wiedemann, Gosch. Aeg., p. /io3-/io6; Maspero, Hist., II, p. 999, Soi; Sethe, Amenholep, dm- Sohn des Ihipu, dans Aeifypiiacafûr Ebers , p. 107-1 16.
■'' Le livre d' Amenholep, fils de Haj)OU, dont il est question an pap. 3 de Boulac] (époque gn-co-roniaine) et (pi'on retrouve au pap. 3;î.'i8 du Louvre, e^l un grimoire magique sans grand intérêt; voir Maspero, Mém. sur quelques pap. du Louvre, p. a3, 58. Quant aux Instructions d'Atnen<kès de l'oslracon grec publié par Wilckem, Zur àrrtjpiisch-hellenistichen Lilteratur, dans Aejfjiptiaca fiir Ebers, p. 1 '19-1/16, ce sont des maximes d'origine grecque attribuées artificiellement à rKgy[ilien antique.
voile que lui fait son adaptation à l'Iiistoire juive, et sous celte enveloppe, de rélément plus ancien mais très évidemment parasite de la prédiction, on commence à voir se dessiner la silhouette du conte de l'époque tliébaine. Plusieurs détails encore sont a sijijnaler, qui se réfèrent à des circonstances ou il des documents tardifs et, par suite, n'appartiennent probablement pas à la version antique; tels sont la fuite d'Aménopliis en Ethiopie et regorgement des animaux divins par les Impurs. Si Aménopliis s'enfuit en Ethiopie, n'est-ce point parce que Nectanébo II avait ellectué sa retraite de cette façon, après sa défaite par Okhos^^' en 3/i9? Manéthon écrivait au début du ni" siècle, et le souvenir de Nectanébo, encore tout frais à son époque, peut fort bien s'être projeté sur l'histoire du roi Aménopliis telle qu'elle fut rédigée à Alexandrie avant de parvenir à l'historien égyptien. De même, lorsqu'on lit dans le texte manéthonien qu'Osarsiph ordonna aux Impurs «de manger les animaux considén's comme sacrés, de les immoler et de les consommer tous», et, plus loin, que les Hiérosolymites alliés aux Impurs «transformaient les sanctuaires en cuisines où ils rôtissaient les animaux sacrés, forçant les prêtres et les devins à en être eux-mêmes les sacrificateurs et les bouchers», on ne peut s'empêcher de songer que le même Okhos, qui mit en fuite Xectanébo, égorgea le bœuf Apis pour le manger dans un banquet solennel, et fit subir le même sort au béher de iMendès^-^. Il se pose ici, cependant, une question assez grave et à laquelle il paraît dillicile de répondre : les Impurs du roman tuent et mangent-ils les animaux sacrés parce que Okiios, dans la réalité, a fait ainsi, — transposition dans le passé de l'histoire récente, — ou bien au contraire le conquérant perse, exécré des Egyptiens de la génération sui-
"' L'histoire. de celle guerre daus Diodoiii:, XVI, /i6-5i. '"-' DisoN, fr. 30, Fra^m. hixt. irrapc, 11, p. gy; StinAs, voir âittStt elc, el Ùyps-, Plutarquk, De /«irfe,cliap. xxxi.
vanjc, s'est-il vu appliquer un lieu commun d'abomination et ne niange-l-il les animaux sacrés que parce que c'était la coutume litti-raire, et pour faire de lui l'égal des Impurs sur le compte de qui on racontait la chose? On sait de quelles calomnies très analogues Cambyse fut victime; il aurait blessé Apis et serait mort en punition de son impii'té''^. — on ajoutait plus lard que le corps d'Apis avait été jeté aux chiens^'-^, — il aurait fait détruire la momie d'Amasis à Saïs''^. La mal- \eillance de la fable, prise sur le fait en ce qui concerne l'épisode de Saïs'*^, a attiré l'attention de plusieurs historiens sur le caractère légendaire de l'histoire de Cambyse^-*', qu'on explique le plus souvent en disant que beaucoup des méfaits d'Okhos ont été projetés, à tort, sur la mémoire du conquérant antérieur'''^. La rencontre est frappante, comme on voit, en ce qui concerne le meurtre d'Apis; mais Okhos a-t-il été moins calomnié que Cambyse, et le sacrifice ignominieux des animaux divins est-il autre chose qu'un trait du tableau hajjituel du persécuteur sacrilège? S'il en était ainsi — et l'on n'a pas de preuve que cela ne soit pas — on ne pourrait plus dire que le meurtre des animaux sacrés, dans l'histoire manéthonienne des Impurs, est inspiré des souvenirs de la persécution perse. Nous croyons, ici encore, à la manifestation d'un ilihie, mais il semble en même temps que ce développement du thème ancien du sacrilège triompliant doit être d'épocjue relativement récente : les vieux scribes de l'époque thébaine, dont l'inven-
<') Hérodote, III, 27-29, 6/i-GG.
(*) Plctabqde, De îside , rhap. xuv.
(') Hérodote, III, iG; IV, 1G6.
(^' Voir WiEDKMANN, Aeg. Gpsch., p. 668.
(■'' IIuTEOUER, Ueber den falschen Smerdis, p. 16 et suiv. , 3o et suiv.; Prashek, Forscliuniren zur Geschichte des Alterlums, p. 8-10; Maspero , Hist., III, p. G68-G69. \ViEi)KiiANN, Apfr. Gesch. , p. G68 et suiv., 718, ne doute pas asspz de riiistorioUé des détails que donnent les Grecs au sujet de (!amb\se et d'Okhos.
(*' Masi'kro , Ilist., 111, p. (i08, n, 3; Bissino, 6'esc/i. (t go'i), p. loi^i.
lion était remarquablement courte et qui vivaient sur un fonds de mots et d'idëos traditionnelles, n'auraient jamais trouve les trails d'oulranre monstrueuse qu'on iniajjina plus lard. (îcs traits s'ôloijjuent de l'aimable modération du tableau de déifo- Jalion classique par une sorte de frénésie, de colère sincère par où se manifeste que nous ne sommes plus dans le domaine de la littérature pure et des formules dépouillées de sens; l'écrivain qui les eniploya pour la première fois avait le souvenir de calamités véritables, et l'on arrive à comprendre, ainsi, que cette virulence dans la malédiction de l'envabisseur sacrilège est née du malheur subi sous les dominations étrangères. La forme correspondante est sœur de la prophétie, cet autre exutoire du sentiment national et religieux opprimé, et les deux nouveautés sont apparues dans la littérature sous l'influence des mêmes causes.
Si donc l'on veut remettre l'histoire dos Impurs dans la forme où elle se trouvait après la période thébaine et avant la période des invasions, c'est-à-dire vers l'an looo av. J.-C, il faut ôter du récit préinanéthonien non seulement ce qui concerne l'Exode et ce qui concerne la prédiction, mais encore, touchant les Impurs eux-mêmes, les traits particuHers qu'on vient de voir et dont la violence décèle l'époque plus tardive des catastrophes, et, de plus encore, certains détails de la défaite et de la fuite d'Aménophis qui peuvent être transposés de l'histoire véritable de Nectanébo. (ie qui subsiste, alors, présente à peu près l'apparence que voici :
Certains Impurs sont séparés du peuple, rassemblés et internés pour une raison quelconque. Ils choisissent un cliej parmi eux, se mettent en état d'insurrection contre la chose égijptienne, ^cessant d adorer les dieux n, suivant des prescriptions <s.lrès contraires aux usages égyptiens n, puis marchent contre le roi, qui prend la fuite. Maîtres du pays , ils le dévastent, r brûlent les l'illes et les villages.
pillent les temples , souillent les images des dieux v, jmquà V arrivée du roi sauveur, rpti les anéantit et remet toutes choses en ordre.
Il faut voir, maintenant, d'où cette histoire procède. Nous avons déjà eu l'occasion de noter (même chap., § I) que les analogies les plus remarquables de la description de l'impirté des Impurs se rencontraient dans l'histoire des Asiatiques impies que plusieurs textes du Nouvel Empire nous conservent. Y a-t-il donc des rapports, originairement, entre l'histoire des Asiatiques envahisseurs, dans sa forme hiéroglyphique, et l'histoire des Impurs dans la version grecque? On en accepterait la révélation avec plaisir, car nous n'avons pas encore rencontré les sources hiéroglyphiques de l'histoire des Impurs. A l'appui, notons la surprenante identité des phrases qui, dans les deux histoires de la version grecque, dépeignent les dévastations des Impurs et des Hyksôs :
HYKSÔS.
(ce peuple) brûla sauvagement les villes, saccagea les temples des dieux. . .
. . ils brûlaient les villes et les villages, pillaient les temples, souillaient les statues des dieux. . .
Il ne peut être plus clairement manifesté que les deux textes ont des sources comaïuncs. Elles se rencontrent, pour les passages considérés, dans la phrase où Halshopsitou évoque les envahisseurs «occupés à démolir», et dans celle où Ramsès III, au papvriis Harris, paj'le des gens qui r agissaient avec les dieuv aussi mal qu'avec les hommes::. Quant aux Impurs, ils avaient explicitement «cessé d'adorer les dieux», et cela correspond de manière absolument claire à plusieurs phrases du développement des Asiatiques et d'Avaris dans les textes du Nouvel Empire :
Ilarns : - . . , il n'y avait plus d'offrandes dans les temples ...»
[539] — h».( 1ii7 )^—
Sallier : et . . .il n'accorda plus d'offrandes à aucun des (lieux (jui étaient en la Terre-Entière. . . v
Hatsliopsitou : t . . .'\\ n'agissait pas selon les ordres du
A joindre à cela le long développement de l'inscription précédemment citée de Toutankliamon, où il est exposé que les temples étaient abandonnés et ruinés, les dieux oubliés. Ce dernier texte relève, comme nous savons, du tbème du désordre intérieur et non de celui des Asiatiques; mais les développements des deux tlièmes sont déjà tellement encbevétrés au temps du Nouvel Empire, notamment dans la combinaison complexe qui a été longuement analysée plus haut et dont deux adaptations furent faites au papyrus Harris et au papyrus Sallier, qu'il est bien naturel que dans une forme postérieure dbistoire de subversion on trouve de même en contact les éléments des deux provenances anciennes. Gomme on voit, cependant, c'est au thème des Asiatiques que l'histoire des Impurs se rattache de la manière la plus décidée, et comme il en est de même de l'histoire des Hyksôs, si l'on observe en outre qu'il y a dans l'une et l'autre histoire, dans la version grecque, des éléments et des phrases communes, on ne pourra éviter de conclure que les deux histoires n'en sont qu'une, ne sont (jue deux formes légèrcuicnt dij^érentes de l'histoire des Asiatiques et d \varis transmise par la tradition hiéroplijphique.
(îette importante constatation permet de comprendre plusieurs particularités intéressantes, et d'abord, d'où vient le nom des Impurs. Nous avons vu plus haut qu'un mot iadit, qui originairement a le sens de «■ maladie » et arrive à désigner en général le «malheur w ou la r. calamité», paraît avec cette dernière fonction dans le tahleau de désolation classique du Moyen Empire : «la calamité, tadil , est par le pays». Plus tard, lorsqu'au thème du désordre intérieur s'adjoint celui de l'invasion
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asiatique, on trouve, par exemple au début de Sallier i, que r^l'Ejjypte était en proie aux calamités, mditouv, immédiatement avant qu'il soit parlé du roi abominable dans Avaris : puisqu'on sait, d'autre part, que ladilou peut également dési- LMier des bommes, des r* impies w, des « rebelles i?, comment ne résulterait-il pas de cette juxtaposition, pour le lecteur, que les laclitou sont les ennemis mêmes qui seront écrasés à la lin de l'histoire? Ce contresens, on le sait, est commis aujourd'hui encore par les ég\ ptologues à propos de Sallier i et des Hyksôs. Après la période tbébaine, lorsque l'histoire lentement s'altéra, se ramifia en versions différentes, certaines évitèrent le contresens, celles qui adoptèrent le nom d'Hyksôs pour désigner les Avaritos; pour d'autres, au contraire, iaditou fut le nom des Avarites, et il arriva à un moment donné qu'on l'interpréta en donnant au mot sa signification primitive, «les Malades» : ainsi prirent naissance les Impurs, lépreux et autres infirmes de la version correspondante.
Le second fait sur lequel une lumière nouvelle est projetée concerne Avaris dans la version manéthonienne de l'histoire des Impurs, oii Avaris est la résidence des Impurs mêmes avant leur jonction avec les anciens Avarites retour de Jérusalem : où l'on était tenté de voir une harmonisation effectuée par le compilateur des histoires des Pasteurs-Juifs et des Impurs-Juifs, en vue de faciliter l'adaptation de deux récits incompatibles entre eux dans la forme où il les recevait, — se reporter, à ce sujet, à ce qui est dit à la fin du paragraphe 1 du présent chapitre, — on aperçoit maintenant que dans la forme originale de l'histoire des Impurs, celle-ci pouvait très bien se dérouler à Avaris comme il y avait lieu pour l'histoire des Pasteurs, puisque ces deux histoires n'en sont originairement qu'une seule. A l'examen, cette explication parait extrêmement probable, car, au cas où il n'aurait pas été question d'Avaris primitivement dans l'histoire des Impurs, rien n'obligeait le