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compilateur à les y mettre pour recevoir les Iliérosolymites : tout autre lieu de rendez-vous eut fait tout aussi jjien l'affaire.
Voici s'éclaircir, en troisième lieu, la mention d'? étrangers» impies dans la version de l'histoire, antérieure à celle de Manétlion, qu'on trouve cliez llécatée d'Abdère. dette m<'nlion est singulière si l'on se borne à observer que chez Manéthon et chez tous les Grecs postérieurs, qui dépendent de Manéthon plus ou moins complètement, les Impurs ne sont pas qualifiés d'étrangers; elle devient toute naturelle si l'on pense aux rira no-ers d'Avaris, tombés dans la version de l'histoire des Impurs qui devait avoir le plus de succès, mais que la version d'IIécatée a recueillis.
On voit, en somme, que l'histoire des Impurs possédait en réalité les diverses particularités dont- l'absence semblait la différencier de l'histoire des Pasteurs : la provenance étrangère des impies (chez Hécatée), leur résidence à Avaris (dans la source de Manéthon plus exactement restituée). Si l'on joint à cela le nom même des Impurs, traduction du terme iadilou qui figure dans la version hiéroglyphique des Asiatiques et d'Avaris, et si l'on prend note des identités textuelles constatées dans la version grecque des deux histoires et des autres correspondances entre l'histoire grecque des Impurs et l'histoire liiéroglyphique des Asiatiques, il deviendra évident qu'il n'y a, à l'époque manéthonienne et auparavant, sous deux formes un peu différentes, qu'une seule histoire, dont les ascendants de la période thébaine sont maintenant bien connus. En ce qui concerne particulièrement les versions des deux types que Manéthon recueillit, déjà mises en relation l'une et l'autre avec un récit de l'Exode, leurs prototypes égyptiens ne différaient guère que par la date attribuée aux événements, Thoutmès m et Thoutmès IV dans l'histoire des Asiatiques, Aménophis(?) et Ramsès III dans l'histoire des Impurs; mais il n'v a pas là de différence véritable dans la structure du
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récit, dont c'était un caractère essentiel de pouvoir se placer à volonté au temps d'un roi quelconque.
l/liistoirc des Impurs ainsi i amenée, en totalité, à celle des Hvksôs, il ne nous reste plus qu'à prendre note de la fausseté des théories qui veulent y retrouver le souvenir d'événements particuliers et précis de l'histoire d'Egypte. La plus répandue est celle d'Ed. Meyer, d'après qui l'iiistoire du prêtre héliopolile Osarsiph et du devin Aménophis, qui était en réalité un contemporain d'Aménophis Ilï, se passait originairement sous Aménopliis IV et n'était autre chose qu'un récit romanesque de l'essai de monotliéisme solaire et de persécution dos dieux tenté par le roi; plus tard le récit fut transféré au règne de Mineptah, en considération des trouhles qui avaient agité l'Egvpte sous son règne, mais sans le nom du roi, à la place duquel subsista le nom d'Aménophis; toutefois, il est donné pour fils, à cet Aménophis, un Ramsès qui ne peut être que Ramsès III. D'ailleurs, l'histoire gardait encore le souvenir d'autres troubles auxcjuels l'avènement de Ramsès III ou de son père avait mis fin (pup. Harrisj, et l'on voit — nous continuons à citer Meyer — comment deux ou trois histoires primitivement différentes, celle d'Osarsiph sous Aménophis IV, celle de Mineptah et celle de Ramsès III, sont arrivées à se confondre; on reconnaît même, dans le «Syrien Arsou» de l'histoire de Ramsès III, les Pasteurs de Jérusalem ou «Solymites» qu'Osarsiph va chercher''^
Tout cela est adopté, en substance, par Wilcken à propos de l'iiistoire du potier ''^^, et par Bissing'^^; mais il est clair pour nous, maintenant, qu'il n'y a rien à en retenir. La date du discours du papyrus Harris, — Ramsès III — coïncide
*'' Ed. Mkïku, Gescli. Aeg., p. 27O et suiv., et en dernier lieu Aeif. Citron. (igoi), p. 92-96.
*'' Wilcken, lue. cit. dans Aegypliaca fur Ebers (1897), p. )5i. ^^' BissiNG, Gench. Aeg. (190/j), p. 55.
cffectivemcnt avec celle attribuée à l'histoire des ÏDipurs dans la version nianéllioiiieiine, mais le iioni du roi est préciséiuent ce (ju'ii y a de moins caractéristitjue et de plus aisément cliangeable dans les histoires de ce jjcnre; quant au «Syrien Arsou57. on sait qu'il n'existe que dans un contresens, et que le «Syrien qui se lit roi 5) dont parle vraiment le texte, se réfère aux Asiati({ues de l'histoire d'Avaris; on sait aussi que le compilateur grec qui mit en relation les Impurs avec les anciens Pasteurs établis à Jérusalem, obéissait ii de tout autres nécessités que celle de reproduire un détail de vieille histoire hiéroglyphique. Tout aussi peu rassurantes sont les vues de iMeyer ot de Bissing relativement à l'attribution de l'histoire d'Osarsijdi à une certaine époque, à Aménophis IV, dont le nom subsisterait dans la version manéthonienne. Cette dermère théorie repose tout entière sur le fait qu'Osarsiph est un prêtre dlléliopolis. L'indication est faible et ne semble guère propre à prouver quelque chose; sa considération nous conduit, cependant, à faire une remarque bien curieuse, à savoir qu'il est question de la « ville du Soleil 35 et de ses « calamités » dans le tableau de désolation qui fut adapté au début de Sallicr 1 : «les calamités de la ville de Re étaient parmi eu\(?)^; Meyer et Bissing hésiteraient fort, sans doute, à admettre qu'il y a une allusion au roi hérétique dans cette phrase de la W" dynastie; mais, de ce que Héliopolis est en relation avec les pernicieux ennemis auxquels la phrase de Sallier 1 fait allusion, et aussi avec les Impurs-IIyksôs de la forme primitive du récit d'Osarsiph qu'on vient d'extraire, ne résulterait-il pas qu'//e'liopolis était un élément important d'une certaine histoire de désolation, qui aurait passé en même temps, vers le début du Nouvel Empire, dans le tableau que Sallier 1 devait utiliser et dans certaines formes de l'histoire des Asiatiques? Ce qui le confirmerait de façon très remarquable, — mais nous n'en indiquons la possibilité que sous d'expresses réserves, — c'est
que dans le texte connu d'IIatshopsitoii, tils se donnèrent un clïef dans J'tipioranco de lier. ^^^- il fallût lire, au lieu de cela, V =f^^ r^dans le sanctuaire de Re». Quoi qu'il en soit d'ailleurs de cette dernière supposition, une idcîe nouvelle se présente à nous, maintenant, avec une force singulière, c'est que Ylléliopolis et YAvaris qui jouaient un rôle dans les versions les plus anciennes de l'histoire des Asiatiques, et qui, d'après les inductions qui précèdent, se rencontraient peut-être quelquefois dans la même narration , sont deux noms différents pour désigner une même ville : ainsi Avaris ne serait autre chose que la grande Héliopolis de la Basse- Egypte, li sera sans doute prudent, toutefois, de ne considérer cette explication très séduisante que comme une hypothèse.
Pour revenir au procédé de raisonnement de Meyer, de Wilcken et de Bissing, on voit, en somme, qu'il est extrêmement dangereux et malsain parce qu'il est opposé à la véritable nature des phénomènes, et veut trouver des traditions historiques là où il n'y a que des traditions littéraires, des histoires successivement rééditées en y aj)posant une étiquette royale ou en les adaptant à la chronique d'un roi. Legrain commet en dernier lieu la même faute, à propos d'Aménophis IV précisément, lorsqu'il pense voir des allusions à la réforme solaire et à la persécution des dieux dans le tableau de calamité de la grande stèle de Toutankhamon^^'; avant que cette stèle ne lut connue, c'est dans les inscriptions triomphales d'Horemheb qu'on trouvait les mêmes intentions. Dans un esprit un peu différent, Krall voit des souvenirs historiques du temps de Bokchoris dans l'histoire de l'agneau, rédigée vers le temps d'Auguste'-^. L'erreur commune à ces divers historiens est de croire que le scribe de ces textes liiéroglyphiques, démotiques
('' Lkcrai.n, loc. cit. dans liée, de travaux, XXIX (1907), p. iGy, n. 9, 173 ; voir plus haut, chap. 11, ce qui est dit au sujet de ce texte. '*) Krall, lo". cit. dans Fesl{rabenfiir Bûdinger (1898), p. 9.
011 grecs a ries données liisloricjues et des préoccupations d'ordn» liistori(|uo, tandis qu'il n'a, comme matériaux, que de vieux llièmes, et comme intentions, lorsqu'il ne fait pas œuvre littéraire pure, que celles qui lui sont inspirées par \a s'Uualion présente.
La seule méthode possible d'investigation historique, dans une situation pareille, consiste à déterminer des filiations de textes et des chaînes de sources, à l'origine et au cours desquelles il peut arriver de temps en temps qu'on rencontre de l'histoire. Tel roman hisloiique, inconnu de la littérature du Moyen Empire, jouit d'une grande vogue à partir de la XVIII" dynastie : que s'est-il passé dans l'intervalle, qui ait pu donner lieu à son élaboration? Telle forme littéraire, inconnue des scribes de la période pharaonique, apparaît dans les textes démotiques et les translations grecques des vieilles histoires : sous quelles influences cette forme a-t-elle pris naissance? Voilà les questions proprement historiques qui se posent, une fois que l'histoire des traditions littéraires est complètement acquise. Avant d'aborder l'examen de certaines d'entre elles, il convient de résumer en un exposé suivi l'histoire du ihème de la dénolalion en Egypte, telle qu'elle résulte de la longue analyse au terme de laquelle nous venons d'arriver.