CHAPITRE UI
CONDITIONS HISTORIQUES DU GROUPE DES APOPI-KHIAN ET HISTOIRE DE LA RESTAURATION ÉGYPTIENNE.
De tout ce qui précède résulte qu'il y a en Egypte, à une certaine époque , un groupe royal très bien caractérisé par les noms que portent ses membres et par les caractères de leurs monuments i Akncnre Apopi, Aonsirre Apopi, un Asahre, un Ahotepre et un Anouùrre dont on ne connaît pas les noms personnels, encore un Apopi, Nibkhopcshre Apopi, enfin Sousirenre Khian et un Nelisi dont les autres noms sont inconnus. Ces Pharaons se rencontrent principalement dans le Delta, oii ils usurpent les monuments de la XIP dynastie, notamment à Tanis et à Bubaste, mais où il leur arrive également de construire; leur domination s'est aussi étendue, au moms pendant un certain temps, sur l'Egypte entière, comme le montrent les débris architecturaux d'Aousirre et de Sousirenre à Gebelein. D'autres petits monuments de Sousirenre, trouvés à Bagdad, en Palestine et en Crète, peuvent y avoir été transportés par la suite, et ne doivent pas donner lieu de croire, comme on en est quelquefois tenté, à l'ébauche d'un grand empire égyptoméditerranéen '^'.
A côté de ces Pharaons certains, incontestablement égyptiens par toutes leurs tendances, on trouve d'autre part une foule de personnages qui sur leurs scarabées, seuls monuments qui nous les font connaître, prennent la qualité royale, et très
situation de vassal. 11 est superflu de faire remarquer' que toute cette combinaison tombe dès qu'on cesse de confondre les Apopi pharaoniques avec leurs contemporains asiatiques en Egypte.
'"' Cf. Ed. Meïer, Getch. d. AU . 1^ ii (1909), p. 395-296.
M. R. WEILL. i4
évidemment ne sont pas des rois à la manière ordinaire. Ce sont, d'après leurs noms, des étrangers, sémites et apparentés avec les Cliananéens, comme on le voit avec précision pour quelques-uns d'entre eux. Les plus remarquables sont un ou plusieurs Jacob, laheb, Iakeb-el ou lakch-her, un Semhcn , un Anl-her et un Khian nommé comme le roi Sousirenre; ces trois derniers se qualifient de /<//• khasitou " chef des terres étrangères». Les scarabées de tout le groupe, d'un type très caractéristique, sont inséparables de ceux d'Aousirre et de Sousirenre, et la conteniporanéité qui en résulte, nécessaire d'ailleurs en raison de la présence du nom de Khian dans le groupe pharaonique, est encore confirmée par la rencontre des Sémites Ahd et Nehemen au temps de INibkhopeshre Apopi.
Bien que la différence entre les rois véritables et les étrangers de ces scarabées pseudo-pharaoniques soit sensible, il y a de nombreux points de contact entre les personnages des deux groupes. Outre le nom si particulier de Khian de part et d'autre, on remarque que le plus caractérisé des petits princes sémites, lakeb-el, croit devoir prendre un nom solaire, Merousirre, ce qui donne beaucoup de force à l'idée de fonctions princières exercées, par lui et ses congénères pseudo-royaux, dans des conditions de très grande indépendance. Leurs dominations s'étendaient peut-être à grande dislance dans le Sud. lies scarabées très nombreux du type caractéristique de ceux des Apopi ont été trouvés à Kahun^^^, et d'autres, beaucoup plus haut, dans la région d'Abydos et de Koptos; parmi ces derniers, plusieurs des chefs Iakeb-el et Aura eux-mêmes : les indications qui en résultent confirment ce qu'on sait, par ailleurs, de la présence d'Aousirre et de Sousirenre encore
(') Petbie, Kahnn, Gurob and Hawara, pi. X, et lllahun, Kahun and Gttrob, pi. VIII. Cf., pour la Moypnnc-Kgyple, les scarabées contomporains trouves en dernier lieu par G. Mollcr à Abousir cI-Melek; voir, plus haul , scarabées do Khian et de Maabrc, notes.
pius haut dans la vallée. (îe m<îme Anra s'appelle quelquefois Roi du l^ord sur ses scaralx'es. au lieu de Roi du Sud et du Nord, et il est remarquable que la même singularité s'observe siu' certains scarabées d'Aousirre, dont la domination dans la Haute-Egypte est cependant certaine. Il semble que le titre Roi du Nord était porté par les princes de la famille des Apopi antérieurement à l'extension de leur pouvoir dans le Sud, et qu'il leur fut emprunté par les étrangers avec tout le reste de l'attirail pharaonique.
L'entrée en Egypte de ces Asiatiques et leur installation dans le pays, sous l'étiquette royale, comme chefs de principautés autonomes, supposent qu'il n'y avait plus alors en Egypte aucune organisation nationale. Les bonnes relations des nouveaux venus avec les Apopi indigènes de Tanis et de Bubaste, dont la présence d'un Khinn sur le trône pharaonique est à un moment donné le témoignage, indiquent que cette arrivée ne fut pas à proprement parler une conquête, mais probablement une immigration, une installation de tribus asiatiques sur des terres concédées par le roi qui commandait en Basse-Egypte; et l'empressement des chefs des immigrés à consacrer leur nouvelle seigneurie par l'emploi de formes égyptiennes, montre qu'ils se gardaient bien de manifester aucune hostilité aux choses d'Egypte. Quand on pense à la pénétration des Apopi, leurs patrons et alliés, jusqu'aux limites méridionales de la ïhébaïde, on est tenté de croire que les Iakeb-el et les Anra dont on retrouve les noms en Haute- Egypte prirent une part active à la conquête du Sud , et l'idée se présente alors que lorsque les tribus étrangères entrèrent dans le Delta, ce fut par échange de services avec le roi de Tanis, comme mercenaires, et pour apporter à la monarchie trop faible de la Basse-Egypte les ressources des bandes bédouines, énergiques et pauvres, qui devaient être payées en terres.
A quelle époque ces événements se placent-ils? 11 est extrê-
mement certain que les Apopi, qui usurpent les monuments de la XII" dynastie, sont intermédiaires entre celle-ci et la XVIII"; mais pour les situer avec précision par rapport à ces deux limites, il faudrait avoir mieux que les très rares renseignements que nous possédons sur l'histoire du Delta dans l'intervalie. On arrive à se rendre compte, cependant, qu'ils ne peuvent être venus immédiatement après la XIP dynastie, à laquelle succèdent, comme nous verrons par la suite de celte étude, l'usurpateur Sekhemre-Khoutaoui, qui possède l'Egypte entière, puis Sekhemkare au moins dans la Basse-Egypte; on retrouve ensuite la trace d'autres souverains rattachés à la même famille ou au même groupe, et parmi lesquels nous ne citerons ici, comme ayant certainement régné dans le Delta, que le Smenkhkare Mirmashaou qui usurpe des statues de la XI r dynastie avant que Aknenre Apopi y grave ses noms à son tour. Après Mirmashaou, le champ resterait libre en Basse- Egypte pour placer les Apopi à distance quelconque de la XVlIi'" dynastie, en quelque sorte dans l'indéterminé, si l'on ne savait, par plusieurs stalucs de khanofirre Sebekholep trouvées à Tanis et à Bubaste, (jue la domination thébaine s'est étendue sur ces capitales du Delta à une certaine époque; on est alors obhgé de se demander si les Apopi sont antérieurs ou postérieurs aux Sebekhotep, et si l'on a, pour placer les Apopi en dernier comme on le fait généralement, des raisons solides.
Or, l'étude des monuments ne fait ressortir aucune indication dans ce sens"', et l'on remarque même qu'il serciit extrê-
('^ On serait trop heureux s'il élciit vrai, comme le croit Ployte {Sur quelques monuments relatifs au dieu Sel, i863, p. lo, et La reliffion des préisraélitet, i865, p. 89), que la grande statue de Khanofirre Sebekholep, au Louvre, qui provient de la Basse-Egypte, portât le nom d'Apophis gravé postérieurement ; mais il n'y a là qu'un malentendu, causé chez l'Ieyto par la lecture de Mariette, Lettre à M. Alf. Maury, dans Rev. arch., a' série, III (18G1), p. 339, où Mariette suppose par analogie que cette statue royale pourrait avoir
mement tentant de considérer l'héjjémonie des Apopi comme antérieure à la reconquête lliébaifie des Scbekhotep, premiers artisans d'une restauration dont l'action ne se serait plus arrêtée jusqu'à l'avènement du Nouvel Empire. On observe en sens contraire, à vrai dire, que les Sebekbotep ne sont pas les ascendants directs des fondateurs de la XVI 11" dynastie, puisque le grand'pèrc — paternel et maternel — d'Amosis n'avait pas la qualité royale; mais ce ne serait pas un obstacle à la supposition d'une continuité dynastique. S'il faut se décider, en tin de compte, à rejeter les Sebekbotep un peu plus haut dans la série des événements, pour conserver aux Apopi la place que leur ont toujours assignée les historiens, c'est uniquement parce que les écrivains du Nouvel-Empire savaient que Apopi et Skeuenre ont été en ipierrc ensemble. C'est la première fois (|ue nous faisons intervenir la tradition ultérieure dans la détermination des faits historiques, et l'on se rend compte de la grande sécurité dont nous trouvons le bénéfice, maintenant, pour avoir débarrassé cette histoire d'Apopi et Skenenre, au prix d'une longue analyse, des amalgames que la forme primitive eut à supporter et notamment des éléments de l'histoire d'Avaris qui y furent introduits de bonne heure; car nous avons appris ainsi que la guerre d'Apopi et de Skenenre est un élément narratif d'ordre premier, non altéré encore ni combiné, et qui a ainsi les plus grandes chances de représenter, dans l'ensemble, la vérité historique. Il semble que sur cette base on puisse admettre que les Apopi furent contemporains des prédécesseurs d'Amosis et qu'Ainosis lui-même, dans sa conquête du Delta, détruisit ce qui restait de leur puissance; mais on n'en a pas d'autre preuve que ce témoignage thébain de date inconnue, postérieur aux événements , et l'historien ne doit pas perdre de vue l'espèce d'incertitude qui en résulte encore.
élé usurpée comme les sphinx de Taiiis, et demande que ia chose soit examinée. En réalité, on n'en a jamais remarqué d'indice.
Certains indices de contemporancité, cependant, résident dans plusieurs analogies onomasliques, tout d'abord dans la simililiide de constitution du nom do S-oiisr-n-rc Kliian avec le nom de S-kcn-n-re Tiouà et ceux de plusieurs rois, précédemment cités, du même groupe, S-nahht-n-rc , S-ouah-n-re , S~ouaz-n-re : on se rappelle que nous avons également rencontré un S-kha-n-re dont les scarabées déterminent la place à côté de Khian. Une analogie tout à fait du même ordre est celle des noms solaires XA-hen-n-re Apopi et Je S-ken-n-re Tiouà ; elle a été souvent remarquée'*. L'argument historique à tirer de là consisterait à supposer qu'à une époque déterminée, des noms solaires semblablement composés se rencontraient au Delta et dans la Haute-Egypte, au sein de deux familles royales que les circonstances devaient rendre ennemies mais auxquelles il était arrivé de vivre en bons termes. Cette situation de division «amiable» de l'Egypte en royaumes indépendants n'a rien d'invraisemblable entre la XiP dynastie et la XVIIP, et l'on a conniiissance, par les monuments, de quelques faits qui portent à croire que les choses étaient effectivement organisées de la sorte.
Une fois admis que les Apopi et leur groupe précèdent immédiatement la reconstitution de l'Egypte par les Thébains de la famille d'Amosis, il en résulte d'intéressantes conséquences
(') Voir par exemple Maspero, Ilist., II, p. 76, n. 3, et Ed. Meyer, Gesrh. d. Ah., I, II (1909), p. 998. W. M. Miilior va beaucoup plus loin dans l'analyse de ceUe analogie nominale, il fixe son attculion sur la forme Tiouâ-ken du nom Tiouà qu'on trouve quelquefois — commet d'ailleurs l'erreur de lire Ti-d-kiien, alors que le deuxième n, dans ce nom, ne se trouve nulle part — et pense que le nom ainsi écrit signifie «celui qui appartient à A-Knen:», c'està-dire le vassal d'Aknenre Apop: inlerprélalion qui prend sa source dans cette idée historiquement injustifiée et probablement fausse, que les rois de Thèbes étaient soumis aux pHyksôsn de Tanis jusqu'au jour où commença la guerre de restauration. Signalons au passage, à la même place du mémoire de W. M. Mùller, la jolie explication de i'Apaliliiias ou PaLhnan qui voisine avec Apophis dans la XV' dynastie de la liste grecque : Al;ni'n[re] = Ilf/^pav ou Awo;^t»aî, avec l'article, ou bien /l/j[ojnJ Akiien[i-e] = A7ra;^vav (W. M. MClleb, Die Uyk$6$ etc., 1898, p. 17-18).
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cil ce qui concerne l'histoire de la domination de la famille tanite. Puisque Skeneiire TiouA, pn'ducesseur d'Aniosis, avait déjà assuré son autorité sur toute la IIaute-Egy|jte depuis la ré|fion d'Abydos jusques et y compris la principauté d'Elkab, et qu'il est aussi bien (|ue certain (|ue 1rs progrès de la monarchie thébaine ne s'arrêtèrent plus ensuite, on voit qu'Aousirre Apopi et Sousirenre Khian, qui commandent à Gebelein, sont forcément de date antérieure. A leur époque, ia puissance des Thébains était anéantie, et c'est seulement ensuite qu'une renaissance thébaine lit rentrer dans les limites de la Basse ou de la Moyenne Egypte d'autres Apopi avec qui Skenenre fut en lutte. Aousirre Apopi et Khian représentent donc l'apogée de la puissance tanite que les Méridionaux devaient bientôt détruire. C'est d'eux particulièrement, d'après les analogies des scarabées, que sont contemporains les Iakeb-el et les Anra dont les noms se rencontrent dans la région abydénienne, et cela confirme ce que nous avons induit un peu plus haut de la participation active de ces Asiatiques à la conquête du Sud. D'autre part, la date qu'on vient d'assigner aux événements quelque temps avant la XVIIP dynastie, c'est-à-dire vers i65o ou 1620'^', est susceptible d'éclairer le dilïicile problème de l'origine de ces étrangers et des circonstances qui les conduisirent en Egypte, si l'on observe, avec Is. Lévy'-', que cette date peut coïncider avec celle d'un grand mouvement de peuples dirigé de l'est à l'ouest, et qui vers cette époque recouvrit le plateau égyptosyrien d'un flot de population nouvelle.
11 s'agit de l'arrivée des r^ Hébreux w dans cette zone, et particuhèrement de l'installation des Edomites dans le Seir, qui est
(') L'avènement d'Amosis eut lieu en i58o, et Ton n'est certainement pas loin de la vérité en plaçant l'apogée de la puissance des Apopi une cinquantaine d'années auparavant.
W Is Lévt, Les Horiles, Edom el Jacob etc., dans Rev. des El. iuives, LI, (1906), p. 32-5i.
le grand steppe compris entre le 0. Arabah, la mer Morte et la frontière égyptienne, et dont la population antérieure n'était pas t^ hébraïque w. Les documents égyptiens du Moyen Empire où des Asiatiques sont nommés, relations d'expéditions, inscriptions des mines sinaïtiques, histoire de Sinouhit, montrent qu'il n'y a encore dans la région égypto- syrienne, à celte époque, que ces «Horites, fils de Seir» aborigènes sur lesquels nous sommes renseignés par les listes ethnographiques de la Genèse; et comme d'autre partie nom des Edomiles paraît dans un document égyptien de l'époque ramesside (règne de Séti II )^'^ on voit que l'invasion a forcément eu lieu après la XIP dynastie et un temps plus ou moins long avant la date de iq5o : les limites chronologiques ainsi obtenues sont très larges ou relativement étroites suivant qu'on adopte la chronologie courte, qui place la fin de la XIP dynastie en 1788, ou la chronologie longue, qui la met un millier d'années plus haut. Nous voulons, pour l'instant, laisser complètement de côté cette difficile question de chronologie égyptienne, qui d'ailleurs serait sans influence, même résolue, sur la détermination de la date de l'invasion édomite. Le peu qu'on arrive à induire à ce sujet résulte, en effet, de la relation de la Genèse, où l'on trouve, à la suite du tableau des clans horites qui existaient en Seir à l'origine "^^ une liste des chefs édomites qui régnèrent dans le pays avant les rois d'Israël'^*, c'est-à-dire sans doute avant David; et comme la liste comprend huit noms, on peut admettre que le plus ancien des rois édomites désignés appartient au xni'' siècle, c'est-à-dire au temps même où quelques Edomites sont signalés sur la frontière égyptienne par les officiers de Séti II. On retrouve donc ainsi la limite chronologique inférieure déjà rencontrée. Quant à la limite supérieure déter-
(') Anaslasi 6 , vi, i/i.
(') Gen,, XXXVI, 20-28.
('> Gen. y XXXVI, 3 1-89.
minée par la fin de la XIP dynastie, — plus exactement par la rédaction un peu plus tardive de l'histoire de Sinouhit, — elle s'évanouit, pratiquement, comme trop éloignée et évidemment inutile, car qu'il s'agisse des quinze siècles de la chronoloipe longue ou des cinq de la chronohfçie courte ainsi délimités en amont du plus ancien roi édomite, même la plus petite de ces deux durées est beaucoup trop longue pour qu'on puisse supposer que la période de l'Edom antérieur à la royauté l'a remplie. En réalité, deux ou trois siècles de formation nationale durent suflire, ce qui conduit à placer l'installation édomite en Seir aux alentours du xvi" siècle. C'est ici qu'intervient l'hypothèse d'Is. Lévy, qui croit pouvoir préciser la date de l'événenement en le considérant comme en relation avec l'entrée des Iakeb-el et des Khian en Egypte au xvif siècle : non pas assurément que ces chefs de tribu et leurs gens fussent Edomites, mais, qu'on les suppose apparentés aux Chananéens de Palestine ou aux anciens Horites du Seir, ils étaient poussés en avant par la montée des Edomites qui surgissaient du ouadi Arabah. Il faudrait encore, de plus, rattacher au même mouvement de peuples l'installation sur la frontière d'Egypte, en Gosen'^^, des ancêtres d'Israël, parents très proches des Edomites*'^', en ayant soin de distinguer soigneusement ce Jacob- Joseph israélite de l'autre Jacob qui, placé en avant-garde, entrait résolument en Egypte, s'y faisait une place et très probablement n'en devait jamais revenir.
Cette théorie extrêmement séduisante a le double avantage de préciser la chronologie de l'invasion hébraïque en fixant au ivii" siècle la survenue des Edomites en Seir, et d'expliquer la pénétration des Asiatiques dans l'Egypte désorganisée de cette
(') Pour l'historicité possible du séjour en GoSen, se reporter à ce qui est dit au précédent chapitre, à propos des Iakeb-her, etc. et de leurs monuments.
(*' Une tradition ancienne place l'établissement des Edomites en Seir au temps d'Esaù, fils de Jacob {Gen., xxxii, /i ; xxxiii, 16; Josué, xxiv, ti).
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époque, en la rattachant aux mouvements dont l'impulsion venait du fond de l'horizon oriental. On aurait peine, cependant, à se représenter sous une même figure les Barbares incultes qui surgissaient de la grande Arabie, et les immigrés en Egypte dont les chefs, si fièrement, devaient s'y déclarer princes souverains; ces Iakeb-her, khian, Aura, Ant-her, Ghananéens par leurs noms et certainement voisins de l'Egypte avant le début du mouvement, avaient subi l'influence égyptienne pendant de longs siècles, et c'est chez eux, dans le steppe égypto-syrien sans doute et non en Palestine, que les rois de la XIP dynastie avaient parfois porté la guerre''^. Ces nomades, arrivés peut-être à un certain degré d'organisation nationale, poussés par l'afflux des populations nouvelles sur leurs pâturages, encouragés par la faiblesse des rois de Tanis ou de Bubaste qui toléraient leur infiltration, résolurent un jour de se transporter en masse en Egypte pour y vivre à la manière égyptienne : de même les Israélites de Kadesh, un peu plus lard, devaient aller conquérir en Palestine leur installation sédentaire. Ceux qui passaient l'isthme, cependant, ne songeaient point à la folle entreprise d'une conquête; leur installation fut probablement consentie par le roi de la Basse-Egypte, exactement comme les concessions de terres que les Barbares obtenaient des Romains du ni' siècle, et à charge pour les nouveaux venus de barrer la frontière qu'on venait de leur ouvrir. Dès le premier jour, à ce qu'il semble, les chefs étrangers eurent ie pouvoir de s'arroger des droits souverains sur les territoires concédés, et cette situation privilégiée fut de nature à grandement faciliter le cours inévitable que prennent les événements dans des circonstances semblables. Les Asiatiques alliés furent employés à la garde du roi, à la police du terri-
('^ Senousrit III, d'après l'ioscription connue d'Abydos, Garstang, El-Arabah, pi. IV, V; cf. Weill, dans Sphinx, VIII, p. i et suiv.
toire, iis arrivèrent aux fonctions dminontes, cl un jour les Apopi indigènes furent à tel point dans leurs mains (ju'ini élranijer devint roi, ou que le fds d'un roi reçut le nom d'un chef des étrangers. C'est sous leur influence, peut-être, et en tout cas avec leur concours matériel, que les Tanilos s'emparèrent de la Thébaïde; et il n'est pas douteux quelles princes asiatiques surent tirer un bon parti pour eux-mêmes de la conquête.
Deux au moins des rois du Nord, Sousirenre Khian et Aousirre Apopi, régnèrent ainsi sur l'Egypte entière. Leur domination était-elle beaucoup plus que nominale, à côté des étrangers qui jouaient les Pharaons dans les principautés antiques? Aousirre, qui bâtit à Gebelein , s'appelle «roi du Nord -n sur certains scarabées, et se rabaisse ainsi jusqu'à être l'égal d'Anra. Dans le désordre et l'extrême morcellement politique que l'on devine, il se peut que la royauté thébaine soit arrivée à se maintenir et à garder une petite place, jusqu'au jour où les Méridionaux, s'étant ressaisis, engagèrent contre les Tanites et leurs alliés étrangers une lutte qui devait rapidement devenir victorieuse. Nous ne savons si elle était déjà commencée lorsque arriva sur le trône de Thcbes Skenenre Tiouâ, dont les guerres avec les Apopi ne nous sont connues que par l'écho d'une tradition romanesque du Nouvel Empire, mais qui régna certainement avec bonheur, puisqu'à son époque la Thébaïde était déjà reprise jusqu'en aval d'Abydos, et puisque son (ils Amosis eut les moyens, dès son avènement, de poursuivre la lutte. Eut-il encore affaire avec les Apopi? La relation d'Ahmès d'Elkab, qui raconte avec un certain luxe de détails la campagne d'Avaris et la prise de la ville, garde le plus discret silence sur les ennemis exécrés qui étaient dans ses murs, de sorte qu'on ne sait si elle fut le dernier refuge de la monarchie légitime de la Basse-Egypte, ou simplement l'une des dernières places où quelque baron, indigène ou asiatique, défendit son
indt?pendance seigneuriale. On croit seulement apercevoir que parmi les défenseurs que les Méridionaux réduisirent en esclavage, il y avait des Asiatiques; ie même Ahmès d'Elkab, qui eut pour sa part de butin un homme et trois femmes, nous donne dans son tombeau l'état nominatif complet des 19 esclaves des deux sexes qu'il obtint au cours des campagnes diverses auxquelles il avait pris part, et dans cette liste, ainsi que l'a reconnu W. M. MûUer'^', on distingue sous les n°' 16, i5 et 16 trois femmes aux noms sémitiques ou demi-égyptianisés qui ont toutes chances d'être les trois Avarites. Le fait n'a évidemment pas une grande signification en ce qui concerne la situation politique d'Avaris au moment du siège. Tout à fait indépendamment de cela, d'ailleurs, il est certain que la ville était importante, — on rencontre son nom sur des monuments de Tell-Mokdara, au centre du Delta, et de ïanis, et l'on arrive à induire qu'elle pourrait être Héliopolis même'-^'; — sa prise marqua la fin des opérations sur le territoire égyptien , puisque aussitôt après Amosis put les pousser au delà de l'isthme.
A part le siège et la prise d'Avaris on ne sait rien de plus, en somme, sur la conquête du Nord par Amosis et ses ancêtres, que sur la conquête du Sud par les Apopi qui avait eu lieu un certain temps auparavant, ou que sur cette première conquête du Delta qu'avaient menée à bien les Sebekhotep de Thèbes. Par ce qu'on entrevoit de la situation chaotique de l'Egypte, au temps du triomplio des Apopi, on comprend que les victoires ainsi remportées par les rois du Nord ou du Sud fussent éphémères, et l'on admire davantage Amosis d'avoir fait œuvre durable. Le mérite, d'ailleurs, n'en appartient pas à
(') W. M. MùLLEB, Die Ilyksôs etc. (1898), p. 8-10.
C Voir ce qui est dit à ce sujet plus haut, même section, chap. 11 , à propos de Ha-ouarit sur un monument d'Aknenre Apopi, et auparavant, section I, chap. iT, S IV.
[fil] -—*-».( 209 )<-• — i
lui seul, et la reconstitution de l'Egypte entre ses mains n'est que l'aboutissement d'un long effort qui ne s'était jamais interrompu, à Thèl)es, depuis le iendeniiiin du jour où les débdes successeurs de la Xll" dynastie avaient laissé se briser l'unité égyptienne. On rencontrera, à l'étude attentive des monuments et des faits qu'ils nous apportent, de nombreux indices de ce sage et patient travail de reconstruction nationale. Pour le moment, nous avons encore le devoir de fixer notre attention sur l'Egypte restaurée, acheminée vers tous les triomphes sous l'autorité des descendants d'Amosis, pour comprendre comment les hommes du Nouvel Empire se représentèrent la période antérieure, et dans quels termes ils racontèrent l'histoire de leurs adversaires malheureux.
Il importe de ne pas perdre de vue que cette histoire, dans la seule forme où nous la connaissons par les lambeaux qui nous sont parvenus, fut élaborée à Thèbes, dans un milieu où la défaite par les Septentrionaux et l'éphémère, mais humiliante domination des Tanites et de leurs auxiliaires asiatiques, ne pouvaient avoir laissé qu'un de ces souvenirs dont l'évocation appelle des paroles d'exécration obligatoires. Bien que grandie encore par l'éloignement, la catastrophe ne fut pas cependant racontée d'une manière très différente de la vérité historique. On savait que les Asiatiques avaient dominé en Basse-Egypte, on les traitait de Barbares, ce qui était exact, et de dévastateurs impies, calomnie excusable de la part de gens qui avaient souffert d'une occupation militaire et de ses inévitables rudesses. On se rappelait très vivement, d'ailleurs, le dernier épisode de la grande guerre , Avaris prise et Amosis libérateur, dont le souvenir tendait à rejeter dans l'ombre les événements qui avaient précédé, les Septentrionaux maîtres de Thèbes, les premiers efforts pour l'affranchissement, peut-être même les Apopi qui à l'époque du siège d'Avaris avaient disparu ou ne jouaient plus qu'un rôle secondaire : ainsi sortaient en lumière.
au moins dans l'une des histoires qui avaient cours, les yisialiniies et Avnns, ies deux éléments principaux de l'épopée d'Amosis telle ({u'cUc était dite aux premiers temps du Nouvel Empire. Rappelons encore que nous ne possédons de cette histoire originale que des lambeaux, défigurés, hachés, transposés plus tard à la gloire d'Hatshopsitou, de Mineptah, de Sitnekht, ou utilisés dans un autre récit des origines de la monarchie, celui de la guerre d'Apopi et de Skenenre.
11 n'est pas douteux que les guerres des Apopi avec les prédécesseurs d'Amosis se racontaient en même temps que la lutte victorieuse d'Amosis contre Avaris, et dès le début de la XVIIP dynastie trouvaient place dans un m.éme cycle épique. Toutefois, dans la forme la plus ancienne que nous arrivons à extraire de la combinaison de Sallier i, et que nous sommes bien forcés jusqu'à nouvel ordre de considéror comme sa forme primitive, l'histoire d'Apopi et de Skenenre est de composition notablement postérieure à celle des Asiatiques et d'Avaris, comme on le voit par ceci, que dans l'histoire d'Apopi, cet ennemi du roi de Thèbcs est sétJnen, abominable et dangereux parce que séthien, et qu'ainsi il apparaît que la narration fut organisée sous l'influence des idées qui régnaient au temps où le culte de Sit était proscrit, et le dieu poursuivi jusque dans les cartouches rovaux de la XIX' dynastie oti figurait son image. C'est sous la XX" dynastie, vraisemblablement, que cette persécution de Sit eut lieu. Il semble qu'à la même époque l'histoire d'Apopi et de Skenenre, de toute évidence plus ancienne, fut rédigée à nouveau, avec une explication nouvelle de la détestable altitude du roi du Nord, qui dans la narration antérieure n'était problement l'ennemi des dieux de l'Egypte que parce qu'il était l'ennemi des Thébains, et de la même manière que les Asiatiques de l'histoire d'Avaris étaient des destructeurs de temples; le rédacteur de la XX"" dynastie aggrava cela d'une intention malveillante plus précise, en déci-
dant que c'est comme lidèle du dieu abominable qu'Apopi était entré en lutte avec le roi de Th(M)es,
On remarque, d'ailleurs, que dans cette accusation de sôtlmme il n'y avait rien que de conforme à l'exacte vérit«^ historique. A l'époque des Apopi, Sit était un des grands dieux de la Basse-Egypte, comme il ressort des monuments d'Aknenre et de Nehsi à Tanis et à Tell-Mokdam, où le nom du dieu fut martelé par les mêmes réformateurs, sans doute, qui le détruisaient et mutilaient les cartouches du roi Seti dans tout le reste de l'Egypte. De la part des scribes de la XX" dynastie, il n'y eut donc pas calomnie véritable, mais seulement contresens historique, assez analogue à celui que commettent les historiens d'aujourd'hui lorsqu'ils supposent que Sit était un dieu des Asiatiques et que son culte pénétra dans le Delta avec l'invasion ^'l Il est bien probable au contraire, d'après ce que nous sommes arrivés à comprendre de ces étrangers et de la manière dont leur entrée en Egypte fut consentie et effectuée, qu'ils n'avaient pas le moins du monde l'ambition d'enrichir le pantbéon égyptien; tout au plus pourrait-on supposer, comme on l'a fait quelquefois, que dans le Sit égyptien ils crurent reconnaître quelqu'une de leurs divinités guerrières. Sit, on le sait bien, est aussi vieux que les plus vieilles idées religieuses de l'Egypte, et l'origine étrangère du dieu, à Tanis, est une hypothèse que ne justifie pas suffisamment l'absence de son nom sur les monuments de la XIP dynastie dans cette ville. Cette idée de Sit étranger est d'ailleurs une conséquence de la traditionnelle confusion des Apopi avec les immigrés asiatiques, et elle disparaît aussitôt qu'on restitue aux Apopi, adorateurs de Sit, leur vrai caractère de Pharaons indigènes.
Cette confusion est d'ailleurs d'époque ancienne, et l'on se
(') Voir en dernier lieu Ed. Meïer, Gesch. d. Alt., I, ii (1909), p. a8a-a83, 393-293.
demande si au temps même de la XX* dynastie elle n'était pas en train de s'accomplir, lorsqu'on voit, au papyrus Sallier i, des fragments de l'Jiistoire des Asiatiques et d'Avaris être utilisés pour le début de l'histoire d'Apopi et de Skenenre, créant une localisation à'Apopi dam Avarit que la tradition antérieure ne connaissait pas. Ainsi, de plus en plus, Avaris devenait le théâtre de tous les épisodes de la grande guerre dont le souvenir subsistait, la capitale des ennemis du Nord depuis l'origine; et en joignant à cela qu'Apopi était en passe de se confondre avec l'envahisseur asiatique, dont la réputation de brûleur de temples et de villes était bien étabhe, on voit qu'à la lin de la période tliébaine on avait déjà tous les éléments de l'histoire de l'invasion telle que la tradition grecque, plus tard, devait la recueilHr. Des détails que possède en plus la tradition grecque, le plus caractéristique consiste dans un nom, celui des Hylcsôs, qui était certainement de provenance hiéroglyphique et désignait les Asiatiques dans quelque récit, perdu pour nous, de l'histoire d'Avaris ou d'un autre épisode de la grande guerre; il est probable, comme nous avons vu, que Ityksôs est la transcription grecque du titre hik khasitou qui désignait les chefs étrangers et dont ils aimaient à se parer sur leurs scarabées hiéroglyphiques. La conservation du mot n'est, cependant, que remarquable et curieuse. Une circonstance infiniment plus importante est que la tradition grecque sait très bien que les Septentrionaux, — des Hyksôs asiatiques, croit-on alors, et dont les Apopi sont supposés les rois, — ont été à un moment donné les maîtres de l'Egypte entière; et comme ce fait historique, démontré par les monuments d'Aousirre et de Sousirenre à Gebelein, n'a pu arriver à la connaissance des Alexandrins que par le canal des traditions d'époque thébaine, on voit qu'il devait s'être constitué au temps du Nouvel Empire, non seulement une collection de récits épiques sur la Restauration et les restaurateurs, mais aussi une véritable his-
toire de la catastrophe qui avait pr($c(5dé la revanche de ThèbeSc
C'est une singulière destinée que celle des traditions thébaines sur les Asiatiques envahisseurs, leur séjour en Egypte et leur expulsion. Elles passent, sous diverses formes, chez les Alexandrins KJudéologues 5) qui y retrouvent avec bonheur le témoignage du séjour d'Israël en Egypte, et les transposent en récits «philosémites» ou «antisémites» de l'Exode; ces combinaisons judéo-alexandrines, sans lesquelles nous ne saurions seulement pas qu'il y a eu des «Hyksôs» en Egypte, sont recueillies ensuite par l'Egyptien Manéthon, qui écrit l'histoire de son pays sans nul souci des choses d'Israël, et de qui nous ne connaîtrions pas une ligne de narration si le Juif Joséphe, qui discute l'histoire d'Israël en Egypte, ne le citait longuement en même temps que les autres dépositaires des histoires alexandrines de l'Exode. Ainsi l'écho de l'antique tradition thébaine a été sauvé pour nous, deux fois, par l'ardeur polémistique des apologistes d'Israël et de leurs adversaires. On se demande s'il faut s'en féliciter, lorsqu'on songe aux néfastes et indéracinables malentendus que les Hyksôs de Manéthon ont introduits dans l'histoire moderne; et l'on est tenté de croire qu'il eût mieux valu que la tradition grecque, en cet endroit, eût péri tout entière, laissant leur liberté aux égyptologues pour reconstruire l'histoire des rois de Tanis et des Asiatiques, lentement et sainement, d'après les monuments contemporains et les traditions du Nouvel Empire.
Remarquons, cependant, que la tradition grecque n'est coupable par elle-même que d'un très petit nombre d'erreurs nouvelles. Si nous revenons pour un instant à la meilleure de ses formes anciennes qu'on arrive à extraire du texte de Manéthon et des Alexandrins, c'est-à-dire à l'histoire des Hyksôs débarrassée de l'histoire de l'Exode à laquelle elle fut cousue par le Grec judaïsant chez qui Manéthon la trouva, nous ver-
M. R. WEILL, l5
rons que beaucoup des circonstances du récit ainsi dégagé sont historiquement exactes : présence et domination des Asiatiques en Egypte, soumission des indigènes (les Thébains seulement, en réalité, subirent cette défaite), revanche et victoire finale des Egyptiens; et nous n'aurons à signaler à côté, comme erreurs très grosses, que l'irruption violente des Asiatiques, qui, en réahté, entrèrent sans doute comme concessionnaires, mercenaires et alliés des rois de la Basse-Egypte , la relégation dans leurs rangs des Apopi, qui sont en réalité des Pharaons indigènes, enfin les accusations de dévastation et d'impiété portées contre les étrangers, qui eurent en réalité le seul tort de marcher en armes contre Thèbes. Mais la thèse des Asiatiques dévastateurs triomphait déjà , nous l'avons vu , sous la XVIII* dynastie, et la confusion des Apopi avec les Asiatiques était tout près d'être accomplie à la fin de la XX*; quant au récit de l'invasion et de la conquête, il n'est pas interdit de croire qu'il avait déjà pris forme au début du Nouvel Empire, et qu'il provenait simplement d'une extension injustifiée à l'Egypte entière de ce qui s'était réellement passé dans la Thébaïde.
Si la tradition dite manéthonienne a entraîné les fâcheux résultats qu'on sait, ce n'est donc pas que l'histoire, de la XX' dynastie à l'époque grecque, fût devenue essentiellement plus mauvaise; elle était seulement plus nocive pour les modernes parce que toutes les erreurs déjà développées ou encore en germe dans les relations du Nouvel Empire, se trouvaient, dans la rédaction grecque, coordonnées, bien mises en place et comme cristallisées dans un récit d'apparence homogène, qui recevait une sorte de confirmation de ses concordances avec des faits historiques certains, les Apopi des monuments, la prise d'Avaris de l'inscription d'Elkab. Les témoignages thébains, dans l'état de défiguration et d'extrême misère où ils nous sont parvenus, n'auraient jamais exercé une action fallacieuse comparable à celle de cette relation suivie, dont l'influence sur
i'égyptologie du xix' siècie fut si forte que les meilleurs des historiens ont persisté, jusqu'à cette heure, à accepter ses erreurs fondamentales, et qu'il s'impose à notre patience, aujourd'hui, de déblayer les malentendus amoncelés par les Égyptiens antiques et leurs historiens modernes, pour arriver à une restitution plus exacte des choses.
ETUDES ET NOTES GOMPLEMEISTAmES.