SUR L'HISTOIRE DES ETRANGERS DANS AVARIS ET DU ROI SAUVEUR
A. Le texte d' Hatshopsitou.
Au début de l'analyse que nous avons faite, précédemment (section I, chap. n), des textes du Nouvel Empire dans lesquels un Pharaon s'attribue le mérite d'avoir expulsé d'Avaris les Asiatiques et rétabli l'ordre dans l'Egypte en ruine, nous avons cité quelques phrases de l'inscription d'Hatshopsitou à Stabl-Antar. Nous avons traduit : c^J'ai restauré ce qui était en ruine, en menant à bien ce qui était inachevé (?) depuis le séjour des Asiatiques qui étaient dans le Pays du Nord et dans Ha-ouarit, avec les Sliemaou parmi eux, occupés à détruire; ils s'étaient donné un roi, dans l'ignorance de Re, et il n'agissait pas selon les ordres du dieu, jusqu'à ce que vînt Ma Majesté, w Cette traduction, on l'a observé de divers côtés, présente des difficultés au point de vue grammatical, en ce qui concerne le passage : jP ^-^s^-^^^i
ÎJLPrri^'l"-;^— ^' etc. Il est peu probable que ant-ou liik n sen puisse signifier, comme nous l'avons dit : rHs
M. R. WEILL. l()
s'étaient donné un roi», et sans doute a-l-on une interprétation plus exacte en laissant aril-ou pour complément à la phrase précédente, de manière ù com[)rendre, comme on l'a jjénéraleraent fait jusqu'ici : wLes Asiatiques. . . occupés à détruire les choses qui existaient; ils gouvernaient dans l'ignorance de Re, et il n'y avait personne qui agissait («n ar-fj selon les ordres du dieu, jusqu'à ce que vînt Ma Majesté, t)
Cette rectification philologique ne change rien, comme on voit, au sens de la déclaration de la reine, qui veut nous faire entendre que l'impiété ne cessa de régner en Egypte, jusqu'au jour où «vint Sa Majesté 55. Cela est important à constater, parce que le fait du mensonge d'Hatshopsitou a été, non certainement la hase, mais le point de départ des ohservations au cours desquelles nous avons constaté, chez nomhre de rois de la période thébaine, la pratique courante de la même imposture; de telle manière qu'une traduction inexacte ou conteslahle, au seuil de cette analyse, serait de nature à troubler le lecteur et à lui inspirer quelques doutes sur la valeur des analogies relevées ensuite. C'est pourquoi il nous a paru nécessaire de montrer qu'une interprétation grammaticalement plus probable laissait intacte,- chez Hatshopsitou, la circonstance du mensonge triomphal , de la prétention à avoir, à son avènement , rétabli l'ordre dans le pays troublé.
B. Vhistoire d'Avaris hostile au temps d'un roi Kamès.
Nous avons dit un mot, précédemment — voir surtout seclion II, chap. I, à propos des monuments de Ouazkhopirre Kamès — du remarquable objet trouvé dans les fouilles Carnarvon dans la nécropole thébaine, une tablette de bois couvert de stuc et inscrit à l'encre, dont une des faces porto un récit dont faction est placée eu l'an 3 d'un certain Pharaon
Kamès. D'abord révélé au public par (pieiqucs mots de Maspero'^', puis noté par Gauthier en ce qui concerne la titulature royale^^', le document a été publié, en 1912, dans le compte rendu d'ensemble des fouilles '*', mais de manière un peu sommaire, sous la seule forme d'une reproduction pbotojjraphique'^', qu'accompagne un bref et très incomplet essai de traduction de Grillith*"'. Peu de mois après Maspero confirmait, à propos de cette publication''"', son impression première sur le document, «conte à demi historiques dont l'historien ne doit faire usage qu'avec beaucoup de prudence.
L'hiératique de la tablette, de cette écriture difficile qui caractérise les premiers temps du Nouvel Empire, l'encre en partie effacée, en outre, ou estompée par endroits sur le stuc, est plus difficile encore à lire sur une planche photographique, et l'on regrette que Griffith n'ait pas adjoint une transcription hiéroglyphique, tout au moins, à son bref commentaire. Telle quelle, la publication nous permet de nous rendre compte de la nature générale du document et de nombre de circonstances intéressantes. Voici d'abord, à la ligne 1 de l'inscription, la titulature du roi, qui n'est pas absolument celle qu'a enregistrée Gauthier [Rois, II, p. iGcj). Le nom d'Horus est bien KIta-her-nesit-f, le nom de nibti est bien Ouahm-mennou-f, les deux noms de cartouches sont bien . . .hhopir^rê\ et KdrnvH, mais le nom d'Horus d'Or, qui d'après Gauthier serait P ^ !. S-har-laoui, ne peut guère être lu ainsi ; on croit voir, sur la photographie, P"î''^"CO/\' Sankh-taoui. Il reste, en
(') Maspero, L'ostracon Carnarvnn et le papyrus Prisse, dans Rec. de travaux, XXXI (1909), p. iliC).
(') Gauthier, Livre des Rois, 11, p. 169.
^'^ Carhabvon et Carter, Five years' explorations at Thebes, 1912.
<*) Carnahvon et CAUiEii, ibid., pi. XXVIII.
(*) Ibid.,f. 36-37.
'*) Maspero, dans Revue critique du ih septembre 1912.
tout cas , ([lie ce Kamès réel ou romanesque n'est pas identique au OiurJ.hopirre Kamès, Horus Sezcfa-taoui , dont l'cvistence est connue depuis longtemps. Que dit, maintenant, l'Iiistoire placée en l'an 3 du nouveau Pharaon?
La transcription intégrale, nous l'avons dit, est difficile à obtenir. Après la litulature élogieuse du roi, qui remplit le reste de la ligne i et les trois premiers quarts de la ligne 2 , on lit que Sa Majesté était dans son palais, au milieu de ses courtisans (1. 2-3), et qu'il exposait l'état de misère et de division où se trouvait l'Egypte (avant son avènement, nous le
comprendrons tout à l'heure) : /^ji^fln^S^^'!!^
^' I ] (ULi (1. 3) r^Un prince est dans Avaris, un autre en
Nubie! » Immédiatement après (1. 3) : ^ ^ j^ ^ . . . «Est
avili. . . V Un peu plus loin (1. 3 -A) : .... [— '] | ^(?)
z.\\^^ :ijb;;«~-^5---
«Chaque homme dérobe les biens de son prochain.... L'Egypte est partagée ; le pays . . . Memphis , de l'Egypte ...»
Alanndclaligne4:|^f---PrâJLOT^m^^ ^^Q «Il y avait division (?); mon cœur^^' se portait (?)
vers l'Egypte ... ». A partir du deuxième quart de la ligne 5 , et la ligne fi : ^-Vûlflk'i I \r^(?)?4^k^ WP
''^ Lire ^ *^ft à ceUe placo et non t^, ('Usac, comme il semble que l'ait fait GrifTilli (loc. cil.). Par une itizarre rencontre graphique, les deux ({roupes se ressemblent extrêmement sur la pbmriielte, et Ion est exposé plusieurs lois à li's confondre. Mais le nom de Cusae ne parait, en réalité, que dans la phrase suivante, ligues 5 et 6 du texte.
^|«k|(5 , . . pf^^*^ t Les Asiatiques (?) s'étaient avancés (?)
jusque Cusœ, ils avaient. . . leurs langues, pour dire : Nous sommes agrandis, nous sommes élargis avec notre Egypte, notre puissance est ferme (?); le faible de cœur(?) est avec nous, jusque Cusœ. Sont labourés pour nous ses territoires, et ses ors sont réunis à nous, car nous nous en sommes emparés.» Cette citation du propos des ennemis se poursuit jusqu'à la fin de la ligne 6 et encore au long de la ligne 7.
Nous avons là, comme on voit, un tableau de lUsolation des plus caractérisés, développé de très intéressante manière. Sans nous y arrêter, poursuivons la lecture. Après la grande lacune du milieu de la planchette, qui mange presque entièrement deux lignes, on constate que le discours a enchaîné ses termes successifs selon les lois ordinaires du genre. C'est toujours le roi qui parle, et dans sa bouche, aux images de ruine et de domination étrangère succède le récit d'une guerre victorieuse contre les étrangers et de leur expulsion. La lecture et l'interprétation deviennent un peu plus certaines.
Les dieux m'appelèrent sur le trône — commençait sans doute le roi — moi, le Pharaon ^[\. 10) Kamès, protecteur de l'Egypte. Je naviguai vers le Nord, en puissance, pour repousser. . .''^, suivant l'ordre d'Amon. Les desseins de l'ar-
O F.e nom de radvorsaire est on lacune; «llie Asialicsn, de rinterprélation de Grillith, est su[iposé.
mée. . . (1. Il) (levant ma face, comme une flamme de feu. Les troupes des Mazaiou étaient. . . à exterminer ies Saltou et détruire ieurs places. L'Orient et l'Occident. . . (1. la) Les soldats. . . toutes choses étaient en bon ordre; je fis avancer les vaillantes troupes des Mazaiou. La planète Hor-oup-shat . . . mon astre. . . (?)^^'. • . (1. i3). . . la ville de Nofrous^'^K . . J'ai repoussé (?) les Amou, j'illumine ■•'^ l'Egypte. . . les Amou'^''K . . (1. i/j) Lorsque je suis dans ma barque, mon cœur joyeux, la terre s'éclaire comme à l'apparition du Faucon (le soleil levant). S'il arrive que quelqu'un. . . je le chasse, je détruis son mur, je brûle. . . J'envoyai (l. i 5) . . . mes soldats, comme des lions avec leurs proies (?), avec des hommes, des bestiaux, ... du miel, se partageant ces choses; leurs cœurs. . . v
Le sens de tout ceci est parfaitement clair. Le document est, au premier coup d'œil, une t proclamation triomphales assez analogue à celles dont Hatshopsitou, Toutankhamon, Mineptah et Ramsès 111 nous ont laissé les divers exemples précédemment étudiés. A l'avènement du roi, quel qu'il soit, tout allait à la dérive dans le pays ruiné, en désordre, en proie aux Asiatiques; c'est lui, le roi triomphateur, qui a remédié au mal, chassé les étrangers, remis en place toutes choses. Dans le document au nom de kamès qui nous occupe, il n'y a essentiellement rien d'autre; mais on ne peut éviter do remarquer, d'autre part, que ce document, à certains endroits, prend nettement l'allure narrative. Il y a la marche à l'ennemi «vers le Nord??, la mention répétée des mercenaires nubiens
(î) T Ç ^ I © . Je décliidre mal le contexte, et, en tout cas, n arrive absolument pas à voir où Griflilli a pu lire : trTeta the son of Pepa in Nefrus. . .-n.
'*' Le nom reparaît, très clair, à la fin do la lif;ne, après la pnlilc lacnne.
[bH] --«.( 223 ).«^
employés contre les Asiaticjucs, une citation, devenue énigmalique mais qui sans iloute avait Irait à un lait précis, de la ville de Nolii'ous. De même, dans le tableau de désolation qui sert de préambule, comme d'habitude, au récit de la restauration, on trouve des traits d'une précision anormale et tn'-s remarquable, notamment 1 indication de CusiP, comme marquant la limite jusqu'à laquelle la conquête asiatique s'était avancée. Un pareil détail est d'autant plus frappant que le tableau, dans son ensemble, est exactement inspiré des éléments qui ont servi à composer les tableaux similaires; on reconnaît, au passafje, le morcellement du territoire, la profanation des choses, l'anarchie et le brigandage : rapprocher particulièrement, de la phrase de l'homme qui dérobe son voisin (citée plus haut, 1. 3 du texte), le passage presque identique qui paraît deux fois au Lebeusmiide, lignes io5-io6 et 112-11 3, par exemple, lignes io5-io6 : 5^ -- ? T. Irn 1 T > :^ " YT- '^^ même l'insolent discours placé, par le roi, dans la bouche des Barbares triomphants, maîtres du sol et des trésors dé l'Egypte, n'est que le développement de certaines phrases que nous connaissons pour les avoir rencontrées aux Admonitions, notamment celle de XIV, i/i de ce dernier texte : -^ | ^ ^ ^ (2J jdbj ^<2 j^l ^âBii^Q r Les Nubiens se gaudissent avec l'Egypte 55.
Il semble résulter de là que le texte de Kamès est du genre conventionnel et littéraire auquel appartiennent les «proclamations triomphales -5 connues chez les rois postérieurs, et ceci, nonobstant les tendances apparemment historiques f[ui se manifestent dans le nouveau texte. Mais ces tendances, est-il possible de les définir exactement, et, parla même opération, de voir si le récit de kamès correspond à quehjue fait historique véritable?
Une question importante à ce point de vue, et qu'il est assez facile de résoudre, est celle de la date de la rédaction.
-^^>{ ^2^1 Ve^~- [542]
I/écriliirp do la planchette a dft toUes aflinités avec celle des domments de l'('po([ue antérieure au Nouvel Empire, qu'on esl très tenté d'attribuer le manuscrit, comme fait GrifFith, à une date «postérieure de peu d'années aux événements rapportés dans le textes?. Mais si les caractères paléographiques de cet ordre doivent être pris en considération, ils ne sauraient, dans le cas actuel, prévaloir contre un fait pour ainsi dire immédiat, et qui ressort avec évidence de la seule lecture du document, à savoir, qu'il fut composé postérieurement à la victoire définitive des Thébains sur les Septentrionaux. Cette proclamation triomphale, en effet, n'est pas un bulletin militaire ou politique, un compte rendu d'opérations en cours d'accomplissement; c'est une œuvre du temps de paix, une composition à coup sûr très vivante, très pleine des souvenirs où se plaisait l'orgueil des Thébains victorieux, mais en même temps exclusivement littéraire, rétrospective, destinée à être lue pour le seul plaisir. A défaut de toute autre preuve, ces derniers caractères ressortiraient de l'utilisation du texte sur la planchette funéraire où nous le trouvons : inscrite à cette place pour le divertissement du défunt, cette histoire est un morceau littéraire, une sorte de ^r roman historique 55, et l'on remarque immédiatement, dès lors, à l'appui de la situation chronologique indiquée ci-dessus, qu'un roman est toujours postérieur d'un plus ou moins long temps aux faits réels dont il emprunte la substance. Précisons bien les termes de la déduction. L'histoire de Kamès et des Asiatiques est postérieure au règne du Pharaon nommé, parce que cette histoire est un roman, et elle est postérieure à la victoire définitive des Thébains, c'est-à-dire au début de la XVIIP dynastie, parce qu'elle est un morceau de littérature du genre triomphal. Cette constatation nous permet de classer le document avec plus de précision que nous n'avons fait jusqu'ici. Il n'est point, en réalité, de l'espèce des proclamations triomphales des soi-
(lisant restaurateurs que nous connaissons bien, Ilalsliopsitou, Toutankliamon, Mineptali, Ramsès III, dont chacun, (le son vivant, s'arrogeait le m(5ritc d'avoir chasse^ les Asiali(|ues; po.sténeure à Kamès, et romanesque, l'histoire de Kamès et des Asiatiques se manifeste conime apparentée avec un autre roman du Nouvel Empire, l'histoire bien connue d'Apopi et de Skenenre, composée, elle aussi, postérieurement au règne des personnages dont on prétend rapporter les actes. Comme dans l'histoire de Kamès, on voit paraître dans l'histoire de Skenenre la mention d^Avaris, comme résidence de l'ennemi septentrional. A raisonner comme le fait Grilïilh , il faudrait étendre à l'histoire de Skenenre ce qu'il dit du récit du document nouveau, à savoir, que «considérant qu'Ahmès, le successeur de Kamès, a parachevé l'expulsion des Hyksôs parla prise d'Avaris dans les premiers temps de son règne, on peut supposer que le texte comporte le tableau de cette période de la lutte contre les Hyksôs où ces derniers, refoulés par la puissance thébaine et rejelés hors de la Moyenne-Egypte, résistaient encore en Basse-Egypte». Mais nous savons, par la longue analyse précédemment faite de tous les textes triomphaux analogues au temps du Nouvel Empire, combien les raisonnements de cette forme sont abusifs et illusoires. Si Avaris paraît inévitablement dans ces histoires, c'est seulement parce que les souvenirs de la guerre d'Ahmès étaient restés très vivants à Thèbes et dans la littérature thébaine, et que les noms des forteresses des Septentrionaux réellement prises à cette époque, Avaris et Sharouhen , étaient devenues, en quelque sorte, des représentations symboliques de l'ennemi abominable et de son domaine. C'est pourquoi, toutes les fois qu'un roi du Nouvel Empire se vante d'avoir expulsé les Asiatiques, ou toutes les fois qu'un roman du Nouvel Empire raconte une histoire du même ordre en l'honneur d'un Thébain des temps passés, on met l'ennemi, par principe, à
— ^>.( 220 ).«— [:yfl^]
Avaris, a moins qu'on ne préfère lui assigner Sharouheu pour résidence ''l
On voit par là, très nettement, que l'histoire de Kamès et des Asiatiques dans Avaris n'est ni plus ni moins historique que l'histoire, connue depuis longtemps, de Skenenre et d'Apopi dans Avaris : celle de Kamès est un autre roman du Nouvel Empire, et les deux contes doivent être envisagés inséparablement et jugés de la même manière. Au point de vue proprement historique il ne faut sans doute retenir, de l'une et de l'autre histoire, que le souvenir de la guerre où les prédécesseurs d'Ahmès à ThM)es étaient engagés contre les puissances de la Basse-Egypte, les princes asiatiques du Delta et les Apopi de Tanis. Le fait de cette guerre n'a rien qui puisse surprendre, lorsqu'on se rappelle que quelque temps avant Kamès et Skenenre, les Tanites Aousirre Apopi et Sousirenre Khian pénétraient jusqu'au fond de la Thébaïde; pour les refouler, en attendant la complète victoire de l'époque d'Ahmès, il est évident que ses prédécesseurs eurent à livrer une dure bataille.
QUELQUES MONUMENTS ET TITULATURES ROYALES. ADDITIONS BIBLIOGRAPHIQUES ET DOCUMENTAIRES.
A. Un scarabée du roi Khian.
Nous avons, précédemment^^', dressé le tableau des formules protocolaires que portent les scarabées royaux de Sousirenre
f'' On a choisi Sharouheu pour le curieux tableau de désolation qui sert de préambule aui Annales de Thoutmès III; nous l'avons éludié précédemment avec les textes similaires.
'-' Section II, chap. n, S Sousirenre Khian.
Khian. La plus fréquemment rencontrée est ^ (© ^ ^ ^ ' — ' • Voici un scarabée (te plus qui porte la même inscription; il est monté en or, dans le chaton tournant d'une belle bai^ue en or qui se trouve au musée de Leyde'^^
B. Un nouveau monument d'Aknenre Apopi.
Les monuments qui portent les noms d'Aknenre Apopi (ciavant, Hijhsôs, section II, chap. ii, Ahnenre Apopi) sont très rares; les statues colossales usurpées à Tanis, la table d'offrandes de Bubaste, sont tout ce qui lui appartient certainement, car les sphinx de Tanis, aux inscriptions martelées, sont seulement supposés avoir reçu ses légendes. C'est pourquoi il est intéressant de noter l'existence d'une mention supplémentaire du roi, qu'on trouve sur un fragment de grand vase en granité rouge, au musée de Berlin f^' :
L'inscription, tournée face à droite, est disposée dans un cadre rectangulaire dont le côté supérieur est formé par le signe du ciel.
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c. La palette du scnbe Atou, ojjîcier (ïAousirre Apopi.
Nous avons, précédemment (/oc. cit., Aousirre Apopi), noté ce qu'on connaissait des fragments de palettes de scribe, en
('' BoKSER, Bpxchyp.ihung etc., II Abt. , p. lo fit pi. XIX, (jf). '-' Berlin n" 2o3GG. Aeg. Inschriflen aus Jen Kon. Mitseen , I ( ^i' fasc, 1918), p. 9G9.
l)ois, que possf'do le musée de Berlin, et sur lesquels figurent le nom du j)roj)ri(Maln\ le scribo Atou, et le nom du donateur, le roi Aousirrc. Des publications fragmentaires, jointes à quelques descriptions trop sommaires, ne permettaient même pas de savoir s'il existait deux palettes, ou une seulement. Or une publication intégrale des inscriptions vient d'être faite'", d'où il résulte que le musée de Berlin possède deux morceaux, plus précisément les deux extrémités, d'une palette en forme de grosse règle à section carrée, inscrite sur les quatre faces. Celle qu'on peut appeler la face supérieure porte deux longues lignes d'inscription dont la première est une titulature d'Aousirre Apopi : là se trouve le fragment de texte publié par Eisenlohr en 1 88 1 . ha face inférieure est occupée par une inscription disposée en une seule colonne, en caractères plus larges : le texte ne commence que vers le milieu de l'objet, couvre, par conséquent, la moitié inférieure de la surface, et c'est le fragment donné par Maspero en iSgy'^l Quant aux deux faces latérales, chacune porte une ligne d'inscription continue, disposée horizontalement.
D. Le roi SouaJienre Senbmaiou.
Nous avons inscrit, dans le groupe des rois 5-[yl']-«-r<? apparentés par cette forme du nom solaire avec Skenenre Tiouâ
(section II, chap. i), un roi f ®P|^] SouaJienre figurant
sur la table de Karnak, connu, en outre, par un scarabée'"*', et dont jusqu'à ces derniers temps on ne savait pas autre chose. Or, Naville a trouvé à Deir El-Bahri un petit naos en
''' Aeg. Insch. aus den Kon. Museen, I ( i' fasc, igiS), p. aôû-afiô. ('' Le fragment avec la mention du don royal et le nom du scribe. Dans noire copie de l'inscription donnée antérieurement , corriger n 1 -^-^ en I 1 ^=-^ (d'après Aeg. Insch., loc. cit.). (') WiEDEHANN, Aeg. Geschxchle , p. 277.
calcaire consacré par co roi, commij le montre l'inscription en une colonne verticale qui d«''Core un des côtés'" :
On apprend, par ce monument, ([ue Souahenre est le nom solaire du roi Senbmaiou que Ton connaissait (h'jà par la mention d'un fragment de stèle'-' : ^ ( P'j^ 2 ^ ^ 1- Ce roi tint sans doute une très petite place dans l'histoire; son nom personnel est celui d'un simple particulier et rappelle, par la singularité de sa forme, celui du roi Ihnpou dont le cartouche voisine avec un cartouche solaire Sounzenre sur le socle de la statuette d'Harpocrate examinée plus haut : Souazenre et Souahenre sont évidemment en relation de voisinage ensemble.
Remarquons, à ce propos, que les titulatures qui figurent sur la statuette en question peuvent être interprétées avec plus de précision que nous ne l'avons fait précédemment. Sur les quatre faces du socle, disposés symétriquement, sont deux noms solaires, Souazenre et JSofirkare, précédés chacun de l'épithèle 1 1, et deux noms personnels dans le cartouche sans accompagnement de titres, BInpou et Alimès. Il est tout à fait clair que ces quatre noms appartiennent à deux personnages seulement, les rois Souazenre Binpou et Nojirkare Ahmès, ou bien Souazenre Altmès et Nojirkare Binpou, la disposition des inscriptions ne permettant pas de choisir entre les deux combinaisons.
E. Les noms de deuxième cartouche de Ouazkhopirre.
Nous avons vu plus haut (section II, chap. i) que le roi Ouazkhopirre Kamès, dans l'inscription que porte une arme
''J Navili.k, Thi: Mtlt. DijnasUj Temple elc, Il (lyio), p!. X, C et p. la. Cf. BmciiAnDT cl I'ikper, Uamlhucli d. aeij. Koni(rsiMinen , I (lyia), p. 52. '-^ llec.de travaux, XX, p. 72.
en bronze de la coHeclion J. Evans, déclare : «Je suis le régent puissant, ^, ^J tllî" ^^^^ ^^ Soleil, fdsdu dieu Lune, né de Thut, etc. w; et nous nous sommes demundé si cette qualification liik ken n'avait pars suggéré la titulature d'une tête de liache de Ouazkhopirre dont Budge signalait l'existence au Hritish Muséum, et sur laquelle les deux cartouches du roi sont
(®îi^- ]*^M^?^^"^J- Les deux monuments existent bien eilectivemeiit l'un etl'autre; Hudge, dès 190/1, les notait dans un de ses catalogues*^^; ce sont deux haches de bronze, une au British Muséum, n" 86772, et une dans la collection Evans, dont un moulage est au British Muséum, sous le n" 36810.
Le nom personnel de l'objet du British Muséum, Pn-hik-ken, se retrouve , bien que sous une forme un peu différente , sur un autre monument publié depuis 1906, une petite plaquette de fondation en forme de cartouche, provenant de Tlièbes et maintenant à University Collège; les deux faces portent'^*, respectivement :
et
11 ne fait pas de doute que ce Ouazkhopirre Pa-hik-à soit identique au Ounzkhopirre Pa-liik-ken de la hache de Londres. Maintenant, ce Pa-hik-â ou Pn-hik-ken est-il la même personne que le Ouazkhopirre Knmès des monuments précédemment examinés? On ne saurait le dire; ie choix d'un même nom solaire, chez deux rois voisins, serait difficile à com-
^'J Budge, A Guide io ihe Third and Fourlk Ef^yptian rooms, 190A, p. 6. '') Newbebby, Scarabs, XXV], 2 et p. i56.
prendre, mais ce sérail un non moins élranjfe phénomène que l'indétermination du nom de deuxième cartouche, le phis personnel ordinairement de tous les noms de la titulature royale.
F. Le cercueil du roi Kumrs au musée du Caire.
Daressy, qui a signalé, en i(jo8, l'existence du cercueil de Kamès, avec le nom du roi, au musée du Caire ^^^ vient de reprendre la question ''^^ en cherchant à identifier l'objet avec quelqu'un des cercueils trouvés par Mariette, à Drah abou'l Neggah, en 1860, dans des conditions sur lesquelles on est renseigné de manière si malheureusement incomplète. Daressy relève les renseignements donnés, de deux côtés, par A. Matthey et par L. Vassalli, sur le cercueil de Gournali, trouvé intact, dont la momie avait sur elle les bijoux bien connus au nom du roi Ahmès, notamment le poignard et le diadème, et il observe que cette momie ne peut absolument pas être celle d'Ahniès lui-même, dont le corps a été retrouvé, en 1881, avec les autres momies royales de la cachette de Deir-el-Bahri. A qui donc le corps et le cercueil de Gournah? Daressy pense que ce pourrait être, justement, le cercueil au nom de Kamès qui existe au Caire; le roi Kamès aurait reçu, lors de sa mise au tombeau, des bijoux au nom d'Ahniès, circonstance nullement invraisemblable ni même particulièrement singulière.
On remarque que cette théorie, si on l'adopte, fournit une raison nouvelle de considérer Kamès comme contemporain du règne d'Ahmès (cf. ce que nous avons dit à ce sujet précédemment, Hylisôs, section II, chap. i).
^" Daressï, Le ceixueil du roi Kamès, dans Annales du Service, IX (1908), p. 6 1-63.
''' Darkssy, Les cercueils royaux de Gournali, dans Annales du Service, XII (191a), p. 66-68.
G. Monuments de la reine Tetishera.
A la bibliographie des monuments de cette princesse, grand'mère paternelle et maternelle d'Ahmès et de sa femme, telle qu'elle est donnée précédemment (section II, chap. i), ajouter :
Pour la stèle d'Abydos : Gapart, L'((rt rgypticn, a' série, pi. l 'yB.
Pour la statue du Brilish Muséum : Budge, A Guide lo tfie Third and Fourlh Egyptian roonis, lyo^, p. 96.
H. Monuments de Skenenre Twuâ.
A la liste, précédemment établie (section II, chap. i), des objets qui portent le nom du roi sous sa forme simple Tiouâ, il faut ajouter un peigne en bois d'acacia gravé au nom
de ^ ( j=^ ^ J ; ce peigne a été trouvé dans la tombe de
Aqhor à Drah abou'l Neggah, en même temps que le boomerang du prince Touaou, qui porte exactement la même légende royale. Voir Bknédite, Objets de toilette (dans Cal. général Caire), I, p. 7 et pi. IV (Caire, n" /i/iSiy), et cf. Gautiiikr, Livre des Rois, II, p. kob.
D'autre part, à la collection des monuments où la mention du roi paraît sous la forme du nom solaire Shejienre, il faut joindre une petite liste de noms royaux, analogue aux listes des tombeaux de Khabekhit et d'Anhourkliaoui à Deir El- Medineh, dans un autre tombeau de la XX" dynastie à Sheikli Abd El-Gournab, celui de J^ ^ ^* J; on trouve, dans cette
liste, le cartouche ( ®^ ^ , -, de lecture un peu douteuse.
VoirL. Z)., Tea;^, III, p. 2 5 5, et cf. Gauthier, /?o/s. Il, p. 1G2.
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