‹ La fin du Moyen Empire egyptien; étude sur les monuments et l'histoire de la période comprise entre la 12e et la 18e dynastieChapitre 17 sur 113 · COMBINAISONS DE 2 ANS, AVEC DEUX CHIFFRES SEULEMENT · texte numérisé non relu

COMBINAISONS DE 2 ANS, AVEC DEUX CHIFFRES SEULEMENT

D'UNE SOURCR HIEROGLYPHIQUE.

EMPRUNTAS AUX SOURCES HIEROGLYPHIQUES.

Dynastie X.

6o Thébains.

Dynastie [B].

6 Pasteurs.

3 a Thébains.

a 59 ans.

Dynasties.

60 Thébains.

120 ans.

n . tr, (43 Pasteurs. ) .

Dynastie [C].j43Thébainsj. 5 1 ans.

Dynastiei/.

76 Xoïtes.. .

1 5 1 ans.

Dans le deuxième système, nous l'avons vu, les chiffres originaux sont ceux de Go rois et de i 5 t ans, et ils figurent tous deux dans le système des dynasties X, B, C, ce qui paraît indiquer qu'ils ont été pris dans un tableau déjà constitué de ces dynasties; le premier système serait, d'après cela, antérieur au deuxième. Il importe en tout cas de remarquer que les listes des deux théories, à l'origine, ne se superposent ni ne s'ajoutent; elles représentent deux manières de raconter l'histoire, deux manières point extrêmement différentes d'ailleurs, puisque d'un côté nous avons, au total, 18/j rois et

4io-f . . . années, et de l'autre, 1 36 rois et 271 ans. De part et d'autre on remarque un égal souci, qui décèle les sources égyptiennes authentiques, de présenter les Thébains et les Septentrionaux côte à côte, en situation pour ainsi dire équivalente.

Il était inévitable que les tableaux des deux systèmes vinssent en contact ensemble. Tout d'abord on se servit des données du premier pour enrichir le deuxième, en observant que les dynasties X et B comportaient, ensemble, 6o-{-32, soit 92 Thébains, et en introduisant ce chifïre dans la dynastie x, en place du chiffre simple 60, et toujours suivant le principe des règnes de 2 ans. Le système des combinaisons de 2 ans se présenta, dès lors, sous la forme suivante :

Dynaslie x. 92 Thébains (60+ 32). i84 ans (92x2). Dynastie y. 76 Xoïtes i5i ans.

Il arriva, ensuite, qu'on crut bien faire de prendre les deux tableaux jusqu'alors indépendants, et d'essayer de les fusionner. La superposition pure et simple aurait donné le résultat que voici:

Dynastie x. 92 Thébains i84 ans.

Dynastie y. 76 Xoïtes i5i ans.

Dynastie X. 60 Thébains ?

^ 6 Pasteurs.

, 43 Pasteurs ,

Dynastie [C]. i5

Dynastie [ j ^ mhàm.\] ^9 ans.

43 Pasteurs.

43 Thébains.

On semble s'être rendu compte, cependant, que des doubles emplois s'introduiraient dans la liste ainsi formée , et on fit ce qu'il fallait pour les supprimer. Le chiffre de 1 5 1 ans, trop évidemment répété, fut ôté à la dynastie y, qui reçut en échange

la durée de i 86 ans appartenant à la dynastie x; celte mutilation de la dynastie x était d'autant plus facile et plus indiquée que son nombre de rois, 92 Thébains, faisait double emploi avec celui des Thébains figurant, plus bas, aux dynasties X et B (6o-|-32), de sorte qu'il apparaissait que ces Thébains de x étaient à supprimer, et que la dynastie disparaissait en totalité. Ces diverses corrections produisirent le tableau suivant :

Dynastie y.

Dynastie X.

Dynastie [B].

Dynastie [C].<

76 Xoïtes 18& ans.

60 Thébains ?

6 Pasteurs ) r

32 Thébains ) ^ *™'

43 Pasteurs.

A3 Thébains.

i5i ans.

A partir de ce stade, il ne se produit plus que les altérations grossissantes que nous avons depuis longtemps élucidées. La dynastie B se dédouble, 6 Pasteurs avec leur durée correcte de 2 5 9 ans d'un côté, pendant qu'il apparaît de l'autre une dynastie de 32 rois [Thébains, puis Pasteurs) d'une durée de 5 1 8 ans, double de 209 : ce seront les dynasties XV et XVI du numérotage d'Africain. La dynastie y reste intacte, elle deviendra la XIVe d'Africain. De même reste intacte la dynastie C, qui sera la XVIIe d'Africain, mais son chiffre de 1 5 1 ans, en même temps, est triplé en 653 ans, durée qu'on jugea propos d'attribuer à la dynastie X, laquelle, traitée de cette manière, figurera dans la liste africaine sous le n° XIII. Pour achever de définir la constitution des dynasties XIII à XVII de la liste africaine, il suffira de rappeler encore que, chez Africain, la XVe dynastie n'a plus son total correct de 269 ans; les chiffres partiels qui donnent ce total ne subsistent que dans le fragment authentique de Manéthon que nous avons le bonheur de posséder, tandis que le tableau détaillé de la même dynastie qui

est parvenu à Africain , dérivé de celui de Manéthon mais défiguré par une succession d'altérations et de réparations d'analyse facile (1), se totalise en 28/1 ans(2). Ce détail est un de ceux qui montrent le plus clairement qu'Africain n'avait pas en mains la liste manéthonienne véritable, car s'il l'avait eue, il l'eût simplement reproduite en ce qui concerne la XVe dynastie, au lieu d'une liste bouleversée. Gomment s'étonner de cette pénurie documentaire, lorsqu'on sait qu'au Ier siècle Josèphe lui-même, nous l'avons constaté, ne connaissait Manéthon que par les extraits d'un compilateur des versions grecques de l'Exode? En réalité, de Manéthon à Africain, et pour ne parler que de la liste royale, il y a eu des intermédiaires, des transmissions multiples, avec toutes les combinaisons possibles, toutes les interférences de traditions chronologiques et historiques dissemblables. Il résulte de là des situations curieuses. Qu'on se rappelle seulement le fait typique du début de la XVIIIe dynastie, bouleversé dans le fragment manéthonien que nous possédons — nous savons comment et pourquoi , — tandis que, chez Africain , ce début de dynastie est arrivé correct et historiquement véridique : la source d'Africain, à cette place, était meilleure que l'histoire manéthonienne.

Dans des conditions pareilles, on ne peut guère essayer de préciser ce qu'il v a de positivement manéthonien dans la liste royale qu'Africain nous a transmise. Grâce à cette vertu qu'ont les nombres, d'être en quelque sorte rigides et indéformables, et de conserver une identité reconnaissable sous le voile des combinaisons arithmétiques, uous avons pu déceler les grossissements artificiels par doublement, triplement et superposition,

M Voir, chez nous, Hyksâs, Introduclion, S i.

W On voit que ce serait une erreur de croire que la conversion du total authentique de a5p, ans en un chiffre de a84 a été causée par l'influence du chiffre voisin de i8ft ans, durée de la dynastie précédente dans la liste africaine. Aucune influence de cet ordre ne s'est exercée.

qui ont enflé des tableaux anciens jusqu'aux chiffres que la liste africaine nous présente; nous avons remonté, de la liste africaine, à ses antécédents de plus en plus lointains, et sommes arrivés, finalement, à des formes réduites et simples qu'il nous faut bien considérer comme primitives. La formation de la liste grecque tardive est donc expliquée, en ce sens que nous connaissons la succession et l'enchaînement de ses formes antérieures depuis les plus anciennes; mais, ceci une fois obtenu, ce qui reste tout à fait obscur est la date des différents stades d'évolution. De quelle époque est la forme la plus primitive, à quels moments sont intervenues les combinaisons suivantes?

On a peut-être un moyen d'apercevoir à quel degré de développement était arrivée la liste, vers le début de l'ère chrétienne. La chose ressort du texte de Josèphe, qui rapporte l'histoire des Hyksôs-Juifs et des rois d'Egypte de leur époque, d'après un excerpteur qui mêlait, aux fragments de Manéthon, divers fragments de provenance moins ancienne. Toute mention de la période immédiatement consécutive à la XIIe dynastie fait défaut; Josèphe nous présente d'abord le récit authentiquement manéthonien de l'invasion, survenue au temps d'un certain roi Toutimaios, et de la domination des 6 Pasteurs dont le groupe devait devenir la XVe dynastie de la liste africaine; il continue par une citation de l'excerpteur, qui commence ainsi qu'il suit : « Il dit que les 6 rois Pasteurs dont il a été question, et leurs successeurs, régnèrent en Egypte 5i î ans. Puis, que les rois de la Thébaïde et du reste de l'Egypte se soulevèrent contre les Pasteurs, et leur firent une guerre longue et acharnée. Puis, qu'un roi nommé Misphragmouthôsis les vainquit définitivement. . . » Quelles données historiques trouve-t-on dans les fragments ainsi recueillis? L'indication de trois périodes, celle des premiers Pasteurs ou de la «XVe dynastiew, celle de r leurs successeurs r> Pasteurs comme eux, — ces deux périodes sont dites, par l'excerpteur, remplir

une durée de 5 1 1 ans, — enfin celle de la guerre de délivrance qui aboutit à la fondation du Nouvel Empire. La durée de cette troisième période n'est pas donnée, et il manquait sans nul doute aussi, chez ce compilateur inconnu, toute indication sur l'intervalle de temps séparant le moment de l'invasion de la fin de la XIIe dynastie. Ne considérons, cependant, que ce qu'il nous apporte, et cherchons à voir à quel stade d'évolution de la liste grecque les données de l'excerpteur se trouvent le mieux en concordance avec elle.

La question est visiblement délicate, et l'on pourrait y répondre de manière très diverse en prenant plus ou moins à la lettre, chez le compilateur inconnu, son indication de deux dynasties de Pasteurs successives, et cette indication plus générale de trois dynasties, entre le moment de l'invasion et le début du Nouvel Empire. Si l'on ne juge pas que ces définitions dynastiques, dans le texte de l'écrivain, sont formelles et inévitables, ses notions sur la royauté des Pasteurs pourront se retrouver de manière satisfaisante dans la plus ancienne forme de liste grecque que nous avons rétablie ci-;ivant, avec les dynasties B et G qui la terminent : B — les 6 Pasteurs et les -2 5 g ans du récit manéthonien authentique — étant incontestablement la dynastie de l'invasion, et G, dynastie mixte de Pasteurs et de Thébainsen nombre égal, remplissant i5 î ans, pouvant correspondre à la fois aux «successeurs» des premiers Pasteurs et à la période de la guerre de délivrance. On remarque, toutefois, que les dynasties B et G de cette liste primitive ne remplissent, au total, qu'une durée de Zno ans, tandis que l'excerpteur de Manéthon en connaît 5 î t rien que pour les Pasteurs, sans compter le temps de la guerre finale. On croit voir, par là , que la chronologie de l'excerpteur est fondée sur des chiffres déjà plus gros que ceux de notre liste grecque primitive. Mais si l'on veut qu'il mentionne, effectivement, deux dynasties de Pasteurs et une dynastie finale, l'analogue

— «.( 636 >«— [11/iJ

ne se trouvera, dans l'histoire de l'évolution de la liste grecque, que tout à la fin de son développement, chez Africain même, dont les dynasties XV, \\ I et XV II comprennent respectivement 6 Pasteurs (c'est la dynastie de Manéthon, quelque peu déformée), 3a Pasteurs, et, pour la dernière, un nombre égal de Pasteurs et de Thébains (c'est la dynastie C de la forme primitive). En remplaçant, dans le tableau d'Africain, le total altéré de la XV" dynastie par le chiffre manéthonien véritable, les trois dynasties considérées se présentent, comme on sait, ainsi qu'il suit :

Dynastie XV. 6 Pasteurs 25o ans.

Dynastie XVI. 3 s Pasteurs 5i8 ans.

„ . ..... ( h 3 Pasteurs )

Dynastie Mil. { , 0 m, ,• • \ loi ans.

J (ad Inebains )

Les dynasties XV et XVI sont celles dont le total, d'après l'excerpteur de Manéthon, devrait donner 5 1 1 ans, et l'on voit que les chiffres de la liste tardive sont beaucoup plus forts. Mais nous savons depuis longtemps que la dynastie XVI est née d'un dédoublement illusoire de la précédente, en admettant, d'abord, à la suite des 6" Pasteurs remplissant «5q ans, 3;? Pasteurs de la même durée totale, puis en totalisant un jour, par erreur, les deux durées, ^5o,-(-25c)= 5i 8, pour attribuer ce dernier chiffre à la dynastie des 3a rois. 11 y a donc eu un moment, antérieurement à la liste africaine, où le tableau comprenait les éléments suivants :

Dynastie [XV]. 6 Pasteurs a5g ans.

Dynastie [XVI]. 32 Pasteurs aôo ans.

. r%/,,„, A3 Pasteurs

Dynastie [X VII . ... ,.,. .. . i5i

J i [ !\6 lliebains )

ans.

A ce moment précis, la somme des durées des dynasties XV

et XVI donne 5 18, et l'on peut admettre qu'il y a concordance avec les 5 1 1 ans connus de l'excerpteur de Manéthon pour l'ensemble des Pasteurs antérieurs à la guerre finale.

On voit en somme que, suivant les conditions qu'on impose au raisonnement, la documentation de l'excerpteur peut être considérée comme contemporaine de la plus ancienne forme de liste grecque à laquelle nous avons pu remonter, ou comme contemporaine d'une forme beaucoup plus tardive, quelque peu antérieure seulement à celle qu'Africain a recueillie. Ceci peut s'exprimer en disant que notre plus ancienne forme grecque peut être de la même époque que l'excerpteur, mais qu'elle peut aussi remonter à une époque de beaucoup antérieure. Et comme on peut considérer que cet excerpteur judéogrec, source de Josèphe, se place aux alentours de l'ère chrétienne ou peu auparavant, on voit finalement que cette forme de la liste grecque que nous avons appelée primitive, comprenant les dynasties X, B et C, remonte à une date qu'il est impossible de préciser, du 111e au ie siècle avant notre ère.

Cette forme dite primitive pourrait-elle être celle de Manéthon lui-même? Le vieil historien connaissait la dynastie B. avec ses 6 Pasteurs et ses 269 ans, et bien que toute trace de sa relation nous manque pour la période antérieure à l'invasion, il est certain que cette période était mentionnée chez lui: on en a un indice par la conservation du nom de ce roi Toutimaios, au temps duquel il sait que l'invasion s'est produite. On trouvait donc forcément, dans l'histoire* manéthonienne, une fois passée la XIIe dynastie, des groupes royaux antérieurs à la dynastie des G Pasteurs, et dont les 60 Thébains de cette dynastie X, aux trois quarts oblitérée elqu'on remet en place à grand'peine, peuvent être considérés comme une sorte de représentation. Cet ancien chiffre de 60 Thébains pourrait être manéthonien. De même, après la dynastie des 6 Pasteurs, la relation manéthonienne continuait forcément par l'histoire des Pasteurs

klx.

combattus, vaincus et expulsés, et de cette dernière période, la dynastie (1 de notre liste grecque ancienne constitue une image assez bonne; mais quant aux chiffres el à la forme exacte, il est peu probable qu'on trouvai chez Manéthon ces Pasteurs et Thébains en nombre égal, disposés avec une symétrie intentionnelle; car ou temps de Manéthon, ou de ses sources immédiates, on en était encore à établir ces listes royales d'après des documents égyptiens authentiques, dont le papyrus de Turin nous donne une idée, et auxquels ces intentions de représentations symboliques, par règnes parallèles et simultanés, ou par règnes réguliers de a ans, étaient absolument étrangères. On aperçoit ainsi que, dans la forme grecque la plus ancienne à laquelle nous sommes arrivés à remonter. il y a déjà, sans doute, des éléments post-manéthonieiis. L'image la plus probable que nous puissions nous faire de la documentation manéthonienne s'obtiendra, cependant, en prenant la très certaine dynastie B, avec ses 6 Pasteurs et ses 269 ans, et en la supposant encadrée, en avant et en arrière, de groupes de rois tout à fait perdus, mais dont nos dynasties X et G tiennent la place et indiquent sommairement le rôle.

Retenons, comme un des résultats de celte analyse, la constatation accentuée de l'énorme distance qui sépare la liste d'Africain de celle que .Manéthon avait eue entre les mains à son époque. Ayant suivi jusqu'au bout les fils conducteurs qui permettent de remonter, du tableau d'Africain, à ses antécédents de plus en plus éloignés, étant arrivés ainsi à une forme simple et d'apparence toute fait irréductible, que sommes-nous conduits à trouver en lin de compte? Que cette forme liés ancienne est déjà trop entachée (le combinaison artificielle pour qu'on puisse croire que Manéthon l'ait connue. De telle sorte que de la liste manéthonienne nous continuons à n'avoir absolument rien, en dehors de celte précieuse dynastie de

6 Pasteurs dont le détail authentiquemcnt manéthonien nous est transmis par la voie deJosèphe.

L'histoire de l'évolution de la liste grecque et de l'élaboration du document d'Africain, si elle ne jette finalement aucune lumière sur les conditions de la liste manéthonien ne, garde son importance au point de vue du tableau même d'Africain, dont nous comprenons mieux, maintenant, les origines et la nature. La liste africaine ainsi expliquée, il nous reste à la prendre comme point de départ de la dernière période dont nous avons encore à résumer l'histoire, celle des chronographies chrétiennes qui se succèdent à partir du mc siècle.

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